Hier, mercredi, le pape François s’est exprimé sur le voyage historique de trois jours qu’il a effectué en Irak. Cette visite a commencé symboliquement le vendredi 5 mars et s’est terminée le lundi 8 mars. Elle est la première à être effectuée par un souverain pontife dans ce pays clé du Moyen-Orient en proie à des guerres et des affrontements communautaires nourris par les enjeux géopolitiques colossaux qu’il représente à l’échelle régionale et au-delà.

D’où son importance et les conséquences qu’elles devraient avoir sur les plans politique et religieux. Politique, parce que le pape est allé en Irak pour plaider une réconciliation et l’union entre des parties irakiennes en conflit face à des défis importants tels la recherche d’une stabilité pouvant doter leur pays d’un leadership rassembleur. Religieux, parce que le chef de l’église catholique, outre le soutien qu’il a apporté à la minorité chrétienne qui reste la cible des horreurs djihadistes dont celles de l’Etat islamique (Daech) et son plaidoyer pour qu’elle ne disparaisse pas du paysage humain irakien, n’a pas cessé d’appeler à la nécessité pour les Irakiens, toutes confessions confondues, à retrouver la culture de l’acceptation des différences et du vivre-ensemble.
En guise de première impression, plutôt positive, le pape François, qui a commenté son voyage hier lors de son audience générale hebdomadaire, s’est dit « plein de gratitude envers tous ceux qui ont rendu possible » sa visite. Il a rendu hommage aussi bien aux autorités politiques que religieuses irakiennes, évoquant une rencontre « inoubliable » avec ayatollah Al-Sistani. Avec ce haut dignitaire chiite, le pape a décrit une rencontre qui lui a fait « du bien à l’âme » et un tête-à-tête avec « un homme humble et sage » auprès duquel il s’est senti « honoré », a-t-il dit. « Il ne se lève jamais pour saluer un visiteur, mais il s’est levé pour me saluer par deux fois », a-t-il raconté lors d’une conférence de presse à bord de l’avion qui le ramenait à Rome. « Je crois que cela a été un message universel », a-t-il estimé en indiquant qu’il y aurait « d’autres pas » dans le dialogue avec les musulmans. Citant ayatollah Sistani, il a dit que « les hommes sont ou frères par religion, ou égaux par création ». En 2019, le pape avait signé un « document sur la fraternité humaine » avec le grand imam sunnite de l’université égyptienne d’Al-Azhar.
Le souverain pontife e a balayé les critiques formulées par ses détracteurs: « Il y a quelques critiques, disant que le pape n’est pas courageux, est inconscient, qu’il fait des pas hors de la doctrine catholique, qu’il est à un pas de l’hérésie. Ce sont des risques. Ces décisions se prennent toujours par la prière, dans le dialogue, en demandant conseil. C’est une réflexion, pas un caprice ». « Le peuple irakien a le droit de vivre en paix, il a le droit de retrouver la dignité qui lui appartient. Ses racines religieuses et culturelles sont millénaires: la Mésopotamie est le berceau de la civilisation », a-t-il poursuivi. Et tout ce patrimoine a été détruit par la guerre, a regretté le souverain pontife, dénonçant les ventes d’armes dans le monde. « C’est toujours la guerre, ce monstre qui avec le changement des époques se transforme et continue de dévorer l’humanité », a déploré François, invitant à « ne pas répondre aux armes par d’autres armes ». « La réponse est la fraternité », a-t-il assuré.
Pour rappel, le chef de l’église catholique a sillonné l’Irak en allant à Bagdad, Mossoul et Qaraqosh, dans le Nord supplicié par les jihadistes. Il a porté la cause de l’une des communautés chrétiennes les plus anciennes, mais aussi l’une des plus dispersées dans le monde ; Il a également participé à une prière œcuménique avec les différentes fois présentes en Irak depuis des millénaires à Ur, ville natale du patriarche Abraham, père des monothéismes. Il a aussi tendu la main aux Chiites et encouragé le dialogue interreligieux.
Il a mis six ans avant de concrétiser son projet de visiter ce pays. En 2014, alors que Daech envahissait le nord du pays et multipliait les massacres sur son passage, le souverain pontife a fait savoir qu’il voulait aller soutenir les Chrétiens contraints de fuir la plaine de Ninive et de s’exiler plus à l’est à Erbil chez les Kurdes irakiens. Cette communauté représente aujourd’hui moins de 1% de la population irakienne contre 6% il y a vingt ans. n