Durant ce sommet d’Abidjan il a été décidé le rapatriement d’urgence de quelque 3 800 migrants africains en Libye. Le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a souligné que le chiffre global de migrants en Libye se situait « entre 400 000 et 700 000 ».

Les 3 800 migrants, majoritairement de l’Afrique de l’Ouest, ont été recensés dans un camp près de Tripoli, vivant dans des « conditions inhumaines », a affirmé Moussa Faki Mahamat. Les dirigeants de neuf pays européens et africains, dont la Libye, ainsi que de l’ONU, l’Union européenne et l’Union africaine, ont décidé de mener des « opérations d’évacuation d’urgence dans les prochains jours ou semaines ». Une opération qui pourrait s’avérer compliquée, les migrants étant difficiles à recenser. Le président du Conseil présidentiel du gouvernement d’union libyen, Fayez Sarraj, a donné son accord pour qu’un accès puisse être assuré. Il a en outre été décidé par l’UE, l’UA et les Nations unies un soutien accru à l’OIM (Office international des migrations) pour aider au retour des Africains qui le souhaitent vers leur pays d’origine. Cet objectif reste particulièrement complexe à mettre en place dans un pays en proie à l’anarchie depuis l’intervention de l’Otan ouvrant la voie aux réseaux organisés de trafiquants d’êtres humains.
« Une action humanitaire doit être menée rapidement » en Libye, « les réseaux de passeurs doivent être mis hors d’état de nuire » et « une enquête internationale » doit être « menée », a déclaré le président ivoirien Alassane Ouattara lors de la séance de clôture du sommet d’Abidjan. Son homologue guinéen Alpha Condé, qui est également président en exercice de l’Union africaine (UA), a demandé que la commission d’enquête soit dirigée par la commission des droits de l’Homme de l’UA. Il a également demandé que des « forces spéciales » soient mises en place « contre les trafiquants d’êtres humains ». Auparavant, le président français Emmanuel Macron, à l’issue d’une réunion d’urgence restreinte sur la question, avait évoqué, pour l’évacuation d’urgence des Africains désirant quitter la Libye, la constitution d’une « task force » policière et de renseignement, ainsi qu’une campagne de communication pour dissuader les jeunes de tenter l’exode. Dans les faits, une évacuation des migrants de Libye reste « très compliquée », selon les déclarations d’un chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Selon Matthieu Tardis, « d’un point de vue opérationnel et logistique, ces évacuations paraissent très compliquées. Le président de la commission de l’Union africaine a parlé d’évacuer en urgence 3.800 migrants. Or, l’évacuation de 25 personnes par le Haut-commissariat aux réfugiés, début novembre, avait déjà été très lourde, alors que c’étaient des gens qui se trouvaient dans des centres officiels en Libye ». L’expert ajoute que « faire cela à plus grande échelle pose la question de la coopération des autorités libyennes et de leur autorité sur l’ensemble du territoire. De plus, on voit mal comment aller dans des camps ou des lieux non officiels, particulièrement ceux qui sont tenus par des trafiquants, pour évacuer des migrants ». « Cette annonce est sans doute une étape (…) et on peut penser que le Niger sera mis à contribution pour accueillir les personnes évacuées ». Ce pays, explique-t-il, « va se retrouver en première ligne, cela peut être un peu compliqué. Il faut les infrastructures d’accueil, et aussi l’accord des autorités nigériennes, qui sont déjà conciliantes. La question va se poser de l’acceptabilité de ces évacuations, et ensuite du retour vers les pays d’origine.
Selon le chercheur de l’IFRI, les Européens sont pour la mise en place de nouvelles politiques d’immigration et d’asile, « qui se caractérisent par une place de plus en plus importante de la relation avec les pays tiers. Il y a une externalisation de la gestion des questions migratoires », dit-il avant de conclure qu’« il ne faudrait pas qu’avec nos projets on déstabilise encore plus cette région fragile, qu’on isole le Niger qui est le pays un peu stable au Sahel. Le Niger ne connaît pas encore les mêmes difficultés que le Mali, mais si on déstabilise toute la région, les effets seront pires pour le pays, et pour nous aussi ».