Par Feriel Nourine
Face aux répercussions néfastes provoquées par la pandémie de Covid-19 dans plusieurs parties du monde et la guerre en Ukraine, l’Algérie appelle à un effort de la communauté internationale pour faire front commun contre l’insécurité alimentaire, devenue une menace pour l’humanité, notamment pour les pays vulnérables. L’appel a été lancé par le Gouverneur de la Banque d’Algérie, Rosthom Fadli, qui s’exprimait à l’occasion de la 45e réunion du Comité monétaire et financier international, tenue dans le cadre des réunions du printemps du Fonds monétaire international (FMI). «Une action internationale agile et proportionnée est nécessaire pour prévenir l’insécurité alimentaire devenue une crise humanitaire à part entière», a déclaré M. Fadli, dans une allocution qu’il a prononcée en sa qualité de représentant de la circonscription comptant huit pays, Algérie, Afghanistan, Ghana, Iran, Libye, Maroc, Pakistan et Tunisie.
La flambée historique des produits alimentaires et de l’énergie a été mise en avant par le gouverneur de la Banque d’Algérie, lequel a alerté sur l’impact de cette évolution sur l’équilibre social des populations affectées et sur la stabilité politique de leur pays, exposé systématiquement à des tensions sociales. «La famine en Afghanistan, au Yémen et dans certaines zones d’Afrique ne doit pas être oubliée. Nous constatons avec une profonde préoccupation que la hausse des prix des produits alimentaires et de l’énergie alimente les tensions sociales et menace la stabilité politique», a-t-il indiqué, après avoir salué la proposition d’action commune du FMI, la Banque mondiale, le Programme alimentaire mondial et l’Organisation mondiale du commerce pour «aider à assurer les approvisionnements alimentaires et le soutien financier aux pays vulnérables à travers les dons, le commerce sans entrave et l’investissement dans la production alimentaire durable».
Dans le même ordre d’idées, l’intervenant a affirmé que la guerre en Ukraine est en train de provoquer un choc que tous les pays de la circonscription vérifient à leurs dépens, à travers les coûts élevés des produits alimentaires qui «ont accru le niveau de pauvreté et exposé des parties de la classe moyenne à l’insécurité alimentaire, pendant que le resserrement des marchés financiers internationaux expose certains pays de notre groupe à un grave risque d’accès limité au financement extérieur», a-t-il souligné. Partant, «le Fonds doit être attentif aux arbitrages difficiles et aux défis concurrents auxquels nos autorités sont confrontées», appelle-t-il, estimant que «plus que jamais, le conseil de politique générale du Fonds doit être davantage pragmatique et spécifique à chaque pays, compte tenu du fragile équilibre sociopolitique dans de nombreux pays».
Evoquant la hausse des prix du pétrole et du gaz, M. Fadli reconnaîtra les effets positifs de cette tendance sur les pays exportateurs de la circonscription, dont l’Algérie, mais ne manquera pas de faire remarquer qu’il s’agit d’un «répit temporaire» face aux défis de la transition économique que ces pays doivent accomplir. «La hausse des prix du pétrole a assurément procuré un répit temporaire aux exportateurs de pétrole et de gaz de notre groupe. Il est toutefois important de garder à l’esprit que ces pays sont confrontés aussi à leurs propres défis d’une transition déjà coûteuse. Ils reconnaissent que leurs efforts à long terme vers la diversification économique ne doivent pas être compromis par un gain momentané et fortuit et que cette diversification est nécessaire pour éviter les cycles d’expansion et de récession du passé», a-t-il soutenu, notant que «comme toujours, ils continuent d’être attachés à la stabilité des marchés internationaux du pétrole et du gaz».
Poursuivant sa plaidoirie au profit des pays vulnérables, le même responsable ne manquera pas d’attirer l’attention sur les Pays à faible revenus (PFR) qui sont les plus touchés par le double choc pandémie-crise en Ukraine. Ces derniers «ont besoin d’une assistance financière internationale soutenue, avec des conditions préférentielles et des allègements de dettes généreux», a-t-il défendu, constatant que les PFR sont sortis de la pandémie avec «peu, ou dans certains cas, aucune marge d’action politique, des restrictions financières importantes, ainsi qu’un niveau d’endettement élevé, additionnés à leurs fragilités accrues par la pandémie et, plus récemment, par la crise en Europe».
Du coup, 60% des PFR sont déjà dans le surendettement ou bien exposés à un grand risque de surendettement, constate encore M. Fadli, considérant que pour ces pays, «ces énormes défis additionnés à des failles structurelles chroniques et des fragilités posent un énorme obstacle pour atteindre une stabilité financière et une croissance durable». n