La réforme du secteur public marchand est en marche. Les premières démarches ont été d’ores et déjà entreprises, axées essentiellement sur l’audit des groupes publics, l’évaluation de la situation financière des entreprises et la relance de certaines unités qui étaient jusqu’ici à l’arrêt.

Par Hakim Ould Mohamed
C’est du moins ce qui ressort des propos du ministre de l’Industrie, Ahmed Zaghdar, auditionné, lundi, par la Commission des affaires économiques, de l’industrie, du commerce et de la planification de l’Assemblée populaire nationale (APN). Ahmed Zaghdar, qui présentait devant ladite Commission le bilan de son secteur, a indiqué qu’un audit global a été lancé afin d’évaluer la gouvernance et le niveau de performance dans tous les groupes industriels et les holdings. Cette action, explique le ministre de l’Industrie, participe à l’élaboration d’un diagnostic minutieux de chaque entreprise, faisant savoir qu’une évaluation a été réalisée au niveau de 9 groupes sur 10, placés sous le portefeuille du ministère de l’Industrie.
Le ministre a fait état également du recensement et de l’évaluation de 29 entreprises confrontées à des difficultés financières. Un problème récurrent.
Le renflouement des caisses des entreprises publiques expose le Trésor à d’importants engagements sans qu’il y ait forcément un quelconque retour sur investissement. Le concours financier de l’Etat propriétaire s’est soldé, en 2021, par la mobilisation de plus de 15 milliards de dollars sous forme d’un programme massif de rachat des dettes des entreprises publiques, selon la Banque mondiale, qui avait souligné lors d’un de ses derniers rapports de suivi de l’économie algérienne qu’il s’était agi de l’un des plus importants programmes de rachat de dettes des EPE ces dernières années.
Ce programme a été présenté alors comme un pas précédant un important plan de réforme et de restructuration du secteur public marchand. L’évaluation de la situation financière des entreprises publiques a débouché sur la présentation de trois dossiers devant le Conseil des participations de l’Etat (CPE) en vue de leur sauvetage. Il s’agit, selon le ministre de l’Industrie, du dossier de la relance du complexe de cycles, motocycles et applications (Cycma), du dossier du redressement et de la relance des activités des filiales relevant de la société holding Getex ainsi que du dossier de redressement de l’Entreprise nationale des industries de l’électroménager (Eniem). Une énième opération de sauvetage dont bénéficie Eniem. Un exemple on ne peut plus concret des dépenses faramineuses injectées annuellement dans d’interminables programmes de rachat de dettes des EPE. Le ministre de l’Industrie a plaidé en faveur du partenariat qui serait, selon lui, l’une des clefs de voûte pouvant aider les entreprises publiques à sortir la tête de l’eau, citant certains partenariats réussis grâce auxquels des EPE ont pu se réinventer et se redéployer, à l’instar du projet de partenariat entre l’Entreprise nationale de l’industrie électronique (ENIE) et le partenaire italien Fimer pour la fabrication d’onduleurs photovoltaïques, des unités de transformation des stations d’énergie solaire et des instruments de contrôle pour l’industrie de l’énergie photovoltaïque, nécessitant un investissement de 3,2 milliards de dinars. Le ministre a cité en outre le projet de partenariat entre les sociétés publiques de holding Madar et Agrodiv, en vue de la relance de l’unité des jus, Jucta (Jijel), pour un montant d’investissement de 2,3 milliards de dinars.
Entre autres actions inscrites au programme du sauvetage des EPE, Ahmed Zaghdar a fait état de la relance de l’activité de 17 entreprises publiques sur un total de 51 EPE recensées, outre la programmation de la relance des 34 EPE restantes durant 2023. Il sera question également de la relance de l’activité des entreprises confisquées dont les biens et les actifs ont été transférés au profit du secteur public marchand.
Cependant, dans la présentation du ministre de l’Industrie devant les membres de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée, il est beaucoup plus question d’un programme de sauvetage des entreprises publiques que d’un plan de restructuration et de réforme de la gouvernance du secteur public marchand. La Cour des comptes en a d’ailleurs fait une de ses enquêtes publiées dans son rapport annuel 2022. Les magistrats financiers n’ont pas lésiné sur les mots pour pointer un «secteur public marchand dont la consistance et l’étendue ne sont pas déterminées d’une manière exhaustive et officielle» et qui «présente de faibles performances économiques et financières en dépit du soutien financier conséquent de l’Etat à travers les assainissements financiers».
La Cour des comptes a mis les pieds dans le plat pour rappeler l’urgence d’un plan de restructuration et de réforme afin d’affranchir le Trésor public des sempiternels programmes de rachat des dettes des EPE, aussi coûteux qu’inopérants. n