Après le complexe sidérurgique d’El Hadjar, qui vient de bénéficier d’un énième plan de sauvetage de l’Etat propriétaire, c’est au tour d’autres groupes publics de tourner leurs satellites du côté de la tutelle, guettant la moindre décision quant à leur devenir.

Par Hakim Ould Mohamed
La décision de remettre sur rails les entreprises publiques et/ou entités en difficulté ou à l’arrêt a redonné des couleurs à certaines d’entre elles, pariant sur un ultime plan de sauvetage, au nom de la mise en œuvre du plan d’action du gouvernement. C’est le cas du Holding Algeria Chemical Specialities ACS/Spa qui vient de décrocher le précieux sésame en vue d’un plan de développement stratégique. Celui-ci sera très prochainement soumis à son assemblée générale en prévision de son approbation, avant sa mise en application, a indiqué le P-DG dudit holding, Abdelghani Benbetka.
Le plan stratégique en question vise à renforcer et mettre à niveau l’outil de production pour booster la productivité et promouvoir la production nationale des filiales d’ACS et augmenter leurs parts de marché, a expliqué le P-DG du holding. Il vise également l’intégration économique avec le lancement, chaque année, de nouveaux produits de substitution à l’importation, en commençant par les industries les plus simples «pour aboutir à une production industrielle diversifiée». Il est question également de doter certaines de ses filiales des outils nécessaires aux fins de leur développement à l’international, en quête de relais de croissance par l’exportation.
Cela concerne notamment Tonic Industrie, Socothyd, Enap et ENPC. Certaines entreprises affiliées au holding ont été sauvées de la faillite grâce à un plan de restructuration et de développement, mais aussi à des contrats de sous-traitance conclus avec d’autres entreprises. C’est le cas de l’entreprise Africaver, filiale du groupe Enava, relevant du holding Algeria Chemical Specialities (ACS Spa), spécialisée dans la fabrication de différents types de verre et de silicate de soude solide et liquide, qui a été «sauvée» de la faillite en réhabilitant son four à fusion grâce à la collaboration humaine et matérielle des groupes algériens Ferroviale et Sider El Hadjar, a indiqué le P-DG d’ACS, Abdelghani Benbetka.

Des partenariats inter entreprises
Retrouvant désormais le chemin de la croissance, Africaver est en perspective de produire les vitrages pour les trains Corodia, en cours d’homologation par la société SNTF, mais aussi le verre pour les équipements électroménagers (cuisinières, chauffages, fours, plaques chauffantes et autres) déjà homologués par le Groupe Condor, et en cours d’homologation par les sociétés Sonaric et Eniem.
Outre Africaver, deux autres plans de sauvetage sont actuellement en préparation au bénéfice de Tonic Industrie et le Groupe Enad Sour El Ghozlane, deux entreprises qui «se heurtent à des difficultés de trésorerie qui freinent la relance de leur activité».
Pour ce qui est de l’Enad, le P-DG de l’ACS a annoncé, hier, à l’APS, que sa holding a reçu deux lettres d’intention pour l’acquisition d’actifs et/ou le développement de projets de partenariat au niveau du complexe de Sour El Ghozlane.
Quant à Tonic-Industrie, empêtrée dans une situation financière «déséquilibrée», nécessite «une restructuration profonde et un soutien fort de l’actionnaire».
Pour ainsi dire, les groupes publics valsent désormais au rythme des annonces de nouvelles opérations de restructuration-sauvetage, certaines balisant la voie à des plans de développement, d’autres à des cessions d’actifs et/ou à des partenariats. Certainement, les poids lourds du secteur public marchand, dotés d’un appareil de production et d’importants actifs, nécessiteront une restructuration et un renforcement de leurs capacités de production, alors que d’autres entreprises en difficulté bénéficieront d’opérations d’audit, d’évaluation des actifs et d’apurement des passifs comptables en vue d’une ouverture de leur capital. Toutes les options sont désormais sur la table. Dans son plan de relance, le gouvernement avait annoncé «une nouvelle approche» en matière de gestion du secteur public marchand, privilégiant plusieurs options, dont la restructuration et la privatisation.
Tout le monde ne sera pas à la même enseigne
En matière d’amélioration de la gouvernance des entreprises publiques, le gouvernement s’est engagé, rappelons-le, à auditer et évaluer les capitaux du secteur public marchand, notamment le management des Groupes/ Holdings Industriels et les entreprises publiques économiques, à engager une restructuration du secteur public marchand à la lumière des audits engagés et ouverture du capital des entreprises, à réviser et mettre à jour le cadre juridique régissant les participations de l’Etat, de l’entreprise publique et du partenariat pour l’adapter aux nouvelles exigences que commande la politique de renouveau économique et à encourager l’initiative des dirigeants des entreprises publiques, notamment à travers la révision du statut des organes de gestion, la dépénalisation de l’acte de gestion et l’instauration de contrats de performances et obligation de résultats à l’égard de ces gestionnaires. Peu après l’examen et l’adoption du plan d’action du gouvernement, le ministre de l’Industrie s’est empressé à réunir les gestionnaires des actifs publics, leur annonçant la volonté de l’Etat de voler au secours de l’ensemble des entreprises en difficulté et/ou à l’arrêt. Cette option figure également dans le plan d’action de l’Exécutif. Il s’agit de «relancer les activités des entreprises publiques économiques et/ou les unités à l’arrêt et développer une démarche de valorisation de leurs actifs inexploités par un partenariat intergroupes/inter holdings ou public-privé national ou étranger.
La liste des entreprises publiques concernées par le énième plan de sauvetage risque ainsi de s’avérer longue compte tenu de la situation dans laquelle se débat le secteur public marchand. Toutes ne seront pas bien évidemment logées à la même enseigne. Entre opérations d’assainissement financier, de plans de redressement et de développement, de privatisation, les entreprises, dont certaines sont d’ores et déjà en audit, guettent la moindre décision les concernant.