SNVI, El Hadjar, ENIEM, ENIE, Saidal, Air Algérie… Les entreprises publiques, habituées au soutien financier de l’Etat, n’ont jamais été aussi fragiles, alors que la trésorerie publique connaît d’importantes difficultés.

L’Etat semble ne plus être en mesure de voler au secours de ses entreprises, même si, constate-t-on, certaines entreprises publiques continuent à être sous perfusion permanente, à l’image du complexe sidérurgique d’El Hadjar pour lequel un montant de 14 milliards de dinars lui a été versé début 2020, l’ENIEM pour laquelle une ligne de crédit vient d’être ouverte au niveau de la BEA, ENIE, dont l’activité a été maintenue grâce aux marchés publics qui lui ont été accordés de gré à gré… Pour ne citer que ces entreprises, auxquelles s’ajoutera Air Algérie, dont le soutien financier de l’Etat était érigé en tradition, le secteur public économique peine à sortir la tête de l’eau, en dépit des montants importants qui lui sont accordés annuellement. Il ne faut pas aller par trente six chemins pour deviner les raisons pour lesquelles ces entreprises sont en difficultés et hautement endettées. Mauvaise gouvernance, désignations politiques des managers, jeu malsain des syndicats, criminalisation de l’acte de gestion suspendue comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête des responsables, réglementation pénalisante, dont le code des marchés publics… Autant d’écueils auxquels font face les managers et les entreprises publiques et qui font que leur gestion devient une équation pour le moins complexe à résoudre. Face à cette situation, l’Etat n’avait de choix que d’injecter d’importantes ressources pour maintenir l’activité de ces entreprises, au détriment d’une stratégie de développement sur le moyen et long termes. Et c’est ainsi que les entreprises publiques sont devenues au fil des années d’importants gouffres financiers, sans qu’aucun retour sur l’investissement ne soit garanti.
Le dernier rapport d’appréciation de la Cour des comptes, analysant la loi sur le règlement budgétaire 2016, a fait état de 1 860,70 milliards de dinars en dettes d’assainissement au 31 décembre 2016. Il s’agit essentiellement de la dette d’assainissement des EPE dissoutes, le rachat de la dette des agriculteurs et les obligations de recapitalisation des banques publiques. Un rapport du FMI, mettant sous les feux de la rampe l’intervention de l’Etat au profit de ses entreprises, estimait à 1 517 milliards de dinars l’impact financier lié à l’engagement de l’État en faveur de ses entreprises. «Les liens financiers entre les entreprises publiques, d’autres entités du secteur public et les banques publiques sont multiples et constituent des canaux d’interaction systémique, l’administration centrale servant souvent d’intermédiaire», avait alerté le FMI qui, pour la même occasion, n’a pas manqué de mettre en garde sur «les liens macrofinanciers au sein du secteur public risquant d’exacerber l’impact des risques budgétaires ou de liquidités qui peuvent se manifester à n’importe quel niveau du secteur public». Ainsi, malgré les multiples alertes, provenant tantôt des institutions publiques de contrôle, dont la Cour des comptes et l’inspection générale des Finances (IGF), tantôt des institutions financières multilatérales, les pouvoirs publics perpétuaient le même modèle de gestion et renvoyait sine die les solutions de substitution. Il était ainsi évident que la crise du secteur public économique allait éclater tôt ou tard et celle-ci vient à peine ressurgir, poussée à la surface par une crise financière sournoise.
Cependant, la crise du secteur public ne fait que commencer et le pire serait à venir, tant il est vrai que nombre de ces entreprises publiques sont peu viables économiquement alors que le soutien financier de l’Etat va en diminuant sous l’effet du tarissement des ressources en dinars.