Un mouvement de changement et de permutation vient de toucher les PDG des compagnies publiques d’assurance et de réassurance, Caat, Caar, SAA, CCR et Cagex.

C’est un mouvement qui obéit à une quête d’amélioration de la gouvernance des institutions financières ainsi qu’à une nouvelle approche managériale, lit-on dans un communiqué, diffusé par le ministère des Finances mardi.
«Suite à la tenue des Assemblées générales extraordinaires des compagnies publiques d’assurance et de réassurance, il a été procédé à un mouvement des cinq principaux responsables de ces sociétés», annonce le ministère des Finances dans son communiqué, même si le mouvement remonte à plus d’une semaine. En effet, les PDG concernés par ce mouvement ont été notifiés des changements voici près de dix jours et la place locale de la finance en a eu aussitôt vent. C’est ainsi que Youcef Benmicia passe de la Caat à la Société nationale d’assurance (SAA), tandis que Nacer Sais quitte son poste de PDG de la SAA pour rejoindre celui de la Compagnie algérienne des assurances (Caat). Youcef Benmicia est également président de l’Union algérienne des compagnies d’assurance et de réassurance et, depuis peu, président de l’Union arabe des assurances, désigné à l’issue de la 33e conférence du GAIF, tenue début juin à Oran. Ces changements, que l’on qualifie d’anodins et dont l’objectif serait d’instaurer une tradition de mobilité des cadres dans le secteur des assurances, ont également touché Hadj Mohamed Seba, nommé en qualité de PDG de la doyenne des compagnies d’assurance en Algérie, à savoir la Compagnie algérienne d’assurance et de réassurance (Caar). Son remplaçant à la tête de la Compagnie centrale de réassurance (CCR) s’appelle Abdellah Benseidi. Quant à Zohir Laiche, ce dernier quitte la Caar, où il assurait les fonctions de PDG, pour prendre la direction de la Compagnie algérienne d’assurance et de garantie des exportations (Cagex).
Pour tenter une explication à ce mouvement, qui, en réalité, n’est qu’une opération de permutation de PDG, exception faite de la seule promotion de Abdellah Benseidi, le ministère des Finances explique qu’il «s’inscrit dans le cadre de la poursuite du processus d’amélioration de la gouvernance des institutions financières en vue de la mise en œuvre de la nouvelle approche managériale qui vise notamment à instaurer la tradition de la mobilité dans le processus de désignation des principaux responsables du secteur».

Les vrais enjeux sont ailleurs

L’objectif de ce remaniement demeure «la poursuite et l’accélération du rythme de réalisation des actions de modernisation initiées dans le cadre du processus de transformation digitale et d’intégration de nouveaux outils numériques, d’élargissement de l’offre assurantielle avec son corollaire, l’innovation produits et services, et de diversification des canaux de distribution», à en croire le ministère des Finances, dont l’intérim d’Abderrahmane Raouya, remercié depuis peu, est assuré actuellement par Brahim Kassali, issu du secteur des assurances où il assurait les fonctions de PDG de la Caar et de président de l’UAR. Ces changements permettront, par ailleurs, de «renforcer la synergie entre les principaux responsables du secteur en vue d’améliorer davantage la qualité de services et les performances des compagnies publiques d’assurance et de réassurance», a fait savoir le ministère des Finances. Ils interviennent dans une conjoncture post-Covid pour le moins complexe, qui se caractérise, essentiellement, par la multiplication des défis et l’apparition des risques nouveaux, dont les risques pandémiques, les changements climatiques et les risques cybernétiques, imposant aux compagnies d’assurances de faire preuve d’ingéniosité dans les couvertures d’assurances, de renforcer leurs résiliences et de mutualiser leurs efforts aussi bien en assurance qu’en réassurance pour faire face à ces risques émergents, nous explique une source du secteur des assurances. Selon notre source, les grands défis sont ailleurs, au-delà de ces permutations, dont la nécessité d’introduire des réformes structurelles dans le secteur des assurances afin de permettre au marché d’améliorer son taux de pénétration qui n’excède pas le 1% actuellement.
Ce taux, rapporté au PIB, est l’un des plus faibles de la région, ne permettant pas au secteur de jouer pleinement son rôle dans le développement et le financement de l’économie. Les assureurs attendent également une réforme de la réglementation pour permettre l’introduction de nouveaux produits tant en matière de couvertures d’assurance qu’en produits financiers, dont ceux d’épargne, de retraite complémentaire et de e-assurance. Des produits qui sont de haute valeur ajoutée pour l’économie, car participant aux efforts d’inclusion financière et de digitalisation de l’économie. Les vrais enjeux sont là, s’accordent à dire certains assureurs.