Par Bouzid Chalabi
Les entreprises du BTPH, de plus en plus en manque d’activité, poussent des centaines d’entre elles à déposer leur bilan faute de perspective de marché public, seul à même de les sauver.
Alors qu’à fin mai 2021, l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA) annonçait que le secteur du bâtiment et des travaux publics et hydrauliques (BTPH) était au plus mal, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Fadhil, a indiqué tout récemment que ce dernier a enregistré une croissance au premier et au second trimestre 2021. Atteignant, «les 13,7% contre -20% auparavant», a-t-il précisé. Deux sons de cloche qui, pour le moins, suscitent interrogation.
Du côté de la Banque d’Algérie, approché hier par Reporters, pas d’éléments d’information sur cette contradiction. Par contre, le président de l’AGEA, Mourad Khelloufi, contacté par nos soins, persiste à dire que «le secteur du BTPH est au bord de l’agonie depuis plus d’une année». Toutefois, il rejoint le taux inférieur d’inactivité dans le secteur enregistré, en 2020, comme l’a rapporté le gouverneur lors de sa dernière sortie médiatique. Cependant, en ce qui concerne le taux de croissance, le président de l’AGEA estime qu’«il y a eu erreur non pas dans le chiffre, mais dans le signe supérieur (+). Et de préciser dans ce sens : «Notre secteur a enregistré une décroissance de 13,7%. En clair, -13,7% et non pas +13,7 %.»
A propos de cette précision, le patron de l’organisation confie que «c’est peut-être une omission involontaire du gouverneur ou bien voulait-il annoncer que les -20% de décroissance sont passés à -13,7%, ce qui est en soit une progression, si tant soi peu, le recul de l’inactivité a été moins important durant le 1er semestre 2021 par rapport à l’année 2020».
Cela dit, il importe de rappeler que l’Association des entrepreneurs avait informé, dans une correspondance adressée au chef de l’Etat, à l’issue de l’assemblée générale de l’association, de la fermeture ou de la disparition d’un nombre important d’entreprises du BTPH, gravement impactées par la crise sanitaire notamment. Une lettre a été lue, où il est fait état de la fermeture ou de la disparition d’un nombre important d’entreprises pour des raisons multiples. Devant les représentants des médias, le conférencier avait martelé avec insistance que «le secteur du BTPH s’enfonce dans la crise». Précisant dans la foulée, «une situation qui a engendré la fermeture de centaines d’entreprises du secteur et par ricochet la perte de 150 000 emplois».
Sur ce dernier point, il a argué que «les entreprises se sont retrouvées face à de grave problèmes financiers, faute notamment d’un plan de charge et les retards de paiement des exercices 2018 et 2020. Ajoutant à cela le retard de versement des avenants de la même période, alors que d’autres se sont dirigés vers la résiliation du contrat pour ne pas subir les pénalités de retards de réalisation», a encore expliqué Kheloufi. Rappelant en outre que son organisation comptait 960 entreprises en 2019 «et, qu’aujourd’hui, plus du tiers a disparu», a-t-il déploré. «La cause étant due à l’absence de programmes de construction dans le pays et le gel de plusieurs autres qui sont derrière la diminution, voire l’inexistence d’un plan de charge des projets». Poursuivant dans ce sillage, «le plan de logements signé avec les autorités remonte à 2015, et il a été validé dans le cadre de l’accord de partenariat entre le public et le privé (PPP)». A propos de ladite correspondance adressée au chef de l’Etat, il a tenu à souligner que le but recherché «étant de lancer un appel aux hautes autorités pour prendre des mesures urgentes afin de permettre de sauver l’année 2022, cette année est déjà considérée comme une année blanche pour le secteur du bâtiment», avait-il encore indiqué.