Pour le président de l’Association générale des entrepreneurs algériens, Mouloud Khelouf, «la mortalité des entreprises impose des solutions urgentes».

Par Bouzid Chalabi
Sombre tableau du côté des entrepreneurs algériens. Ils sont, en effet, de plus en plus nombreux à changer carrément d’activité, voire même d’abandonner, dès lors où ils sont depuis quelques années en situation de fragilité permanente. Et donc pour le président de l’Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA) Mouloud Kheloufi, des solutions urgentes s’imposent avec en priorité la mise en place d’un observateur national des entreprises, à l’image de ceux créés récemment dans d’autres secteurs d’activité».
Le président de l’AGEA, qui animait hier en son siège une conférence de presse, n’a pas caché que si la situation reste en l’état «c’est tout un savoir-faire durement acquis qui va disparaître sans compter les impacts multiformes sur l’emploi», a-t-il averti avec beaucoup d’anxiété. Comme il a fait savoir que jusqu’ici toutes nos doléances n’ont pas connu de suite, en 2018, que ce soit celles adressées aux ministres de l’Industrie ou à celui des Finances. «Et encore moins nos appels au chef du gouvernement, en 2020, qui tout au mieux avait promis de se pencher sur la fâcheuse situation que traversent les entreprises. Allant même jusqu’à avancer de geler l’imposition et les intérêts sur les crédits qui leur ont été accordés par les banques publiques aux entreprises durement affectées par les mesures de confinement prises pour cause de pandémie de la covid-19», confie Mouloud Kheloufi. Mais ce qui l’étonne le plus, «c’est que les mesures prises n’ont pas été suivies d’effet sur le terrain». Non sans s’interroger dans ce sens : «C’est à croire que c’est la bureaucratie qui décide en ses lieu et place ?»
De cet affligeant constat, «l’AGEA, réunie en Assemblée générale le 26 mai dernier, a décidé d’adresser une lettre au Président de la République, qui lui a été remise le 29 mai», a-t-il révélé au parterre de journalistes, dont des copies leur ont été remises. Un document où il est retracé dans sa première partie l’état des lieux des entreprises du secteur industriel et du BTPH et des multiples entraves qu’elles rencontrent, alors que les textes de lois sont clairs. «Malheureusement, elles ne sont pas appliquées», s’indigne le président de l’AGEA. Dans la seconde partie de la lettre, des propositions répertoriées en 12 chapitres, dont 3 sont à prendre en compte rapidement, «car c’est l’avenir des entreprises qui est en jeu», a lâché le président de l’AGEA. A ce propos, le conférencier a évoqué que le gel de la majeure partie des projets non entamés et l’insuffisance des crédits de paiement pour les projets en cours de réalisation ont lourdement pénalisé les entreprises «notamment celles relevant du secteur du BTPH», a-t-il précisé. Sur ce dernier point, il a expliqué : «Le gel des projets non entamés et l’insuffisance des crédits de paiement pour les projets en cours ont percuté de front les entreprises de réalisation par les effets de l’allongement des retards de paiement et l’accumulation pour atteindre pour certaines entre 6 à 8 mois (on parle de 130 milliards DA d’impayés). Cette situation est de plus aggravée par les travaux supplémentaires réalisés par les entreprises exécutantes en attente de régularisation par voie d’avenants, et donc ne pouvant faire l’objet de facturation.
«Mais c’est surtout le tarissement de la commande depuis 2018 qui a impacté de façon criante nos entreprises», a soutenu le conférencier. Poursuivant dans ce même ordre d’idées : «Cette situation intenable a accentué la pression sur les entreprises, lesquelles avec le temps se sont vues dans l’incapacité de poursuivre leur activité, de payer les salaires, la sécurité sociale, les impôts, leurs nombreux fournisseurs et sous-traitants. Sur ce dernier point, Khelloufi rapporte que «près de 90% des prestataires de services dans le secteur des BTPH ont cessé toute activité». Toujours au chapitre des répercussions du tarissement de la commande publique, il a confié que cela a été «palpable au niveau de notre association. Pour preuve. Des 1 700 adhérents que comptait l’AGEA en 2018, ce nombre est passé à 960 en 2019 et fini à 25 adhérents en 2021, l’année 2020 n’ayant pas été comptabilisée pour cause de la crise sanitaire». Autre constat soulevé par le patron de l’AGEA, «1 500 de nos adhérents ont changé d’activité en 2020 comme le confirme le CNRC dans son bilan d’activité relatif à l’exercice de l’année précédente».
En définitive, devant cette situation marquée par un grand nombre de cessions d’activité de nos entreprises, le président de l’AGEA appelle les pouvoirs publics à prendre une décision forte «de nature tout au moins à freiner la principale cause de mortalité des entreprises». Et ce dernier de conclure : «Nous attendons du Président de la République des actions dans ce sens.»