Le véritable démarrage des méga projets de Gara Djebilet et de Tébessa est suspendu à une étude de faisabilité et à une solution technique. A l’évidence, si l’Algérie parvient à lever ces obstacles et à réaliser ces projets dans les délais, elle pourrait se classer parmi les dix premiers producteurs de phosphate et les dix premiers exportateurs de minerai de fer dans le monde à l’horizon 2027-2030. Sans oublier le coup de pouce à une augmentation significative de la production d’acier et d’engrais phosphatés.

Par Khaled Remouche
L’enjeu est très important. Le lancement du méga projet intégré de production de phosphate de Tébessa, d’une capacité de 6 millions de tonnes/an, dépend de l’étude de faisabilité technique et commerciale.
C’est ce qu’a indiqué le conseiller du PDG du groupe Manal au cours de la rencontre mines et carrières, organisés mercredi et jeudi derniers par la Chambre algéro-française de commerce et d’industrie. « L’étude de faisabilité technique et financière a été faite. Il faut aujourd’hui la réactualiser en fonction de la conjoncture actuelle. Les Chinois qui sont partenaires du Groupe Manal et Asmidal dans ce projet ne vont pas injecter 6 ou 7 milliards de dollars dans ce projet sans être sûrs qu’il soit rentable», a-t-il indiqué.
Ce projet prévoit des installations de production d’acide phosphorique et au final des engrais phosphatés. « Ces engrais phosphatés sont destinés à l’exportation car le marché local n’est pas trop demandeur de ces engrais. L’objectif d’augmenter de façon sensible la production nationale de phosphate, de la porter à 10 millions de tonnes/an, en 2029, contre 1,8 million de tonnes actuellement est donc suspendu à cette étude technique et financière. Le restant, 4 millions de tonnes/, devra être assuré par Somiphos, la filiale du groupe Manal, grâce à un plan de développement prévoyant la rénovation des équipements et la réalisation de nouvelles installations. Les autorités du secteur, eux, sont optimistes. Somiphos produit actuellement 1,8 million de tonnes de phosphate. Au constat selon lequel Somiphos, qui exploite les mines de Djebel Onk, est dépassé en termes de production et d’exportation par rapport à ses concurrents marocain et tunisien, un responsable de Somiphos a répondu que l’accélération des travaux inhérents à ce plan de développement dépend du marché. Autrement dit, Somiphos ne va pas investir très rapidement alors que se pose un problème de marché. Pour les 2 millions de tonnes de production supplémentaire de phosphate attendus en 2029, Somiphos devra attendre que les installations de production d’acide phosphorique soient prêtes en 2029 pour que le phosphate de Djebel Onk soit transformé localement. Pour ce responsable, le véritable concurrent de Somiphos en Afrique est un concurrent égyptien. Le phosphate extrait en Egypte est de meilleure qualité, a-t-il expliqué. Ainsi, si ce méga projet est réalisé avec l’augmentation de production des mines de Djebel Onk, l’Algérie deviendrait parmi les dix premiers producteurs de phosphate dans le monde.
Quant à Gara Djebilet , le gisement a commencé à produire du minerai de fer mais pas en grandes quantités. La montée en cadence est attendue en 2027. Le problème des mines de fer de Gara Djebilet est, rappelons-le, la présence de phosphore dans le minerai. « La solution technique pour déphosphoriser le minerai de fer a été trouvée mais elle est à l’essai dans les laboratoires», a indiqué un responsable du groupe Manal.
Il faut savoir que déphosphoriser le minerai de fer, c’est rendre sa valeur commerciale plus importante et donc pouvoir l’exporter en grandes quantités. Si la solution technique est appliquée avec succès sur le minerai de fer de Gara Djebilet et si les objectifs qui sont assignés à ce projet sont atteints et dans les délais, l’Algérie pourrait devenir parmi les dix premiers exportateurs de minerai de fer dans le monde.

Le secteur du BTPH reste en crise en Algérie
Quant aux carrières, un segment du secteur des mines, leurs équipementiers se plaignent de l’absence de projets dans le secteur du BTPH. Tel est le constat rapporté par des représentants de sociétés européennes qui ont participé à cette rencontre mines et carrières.
«Le secteur du BTPH est en crise. Nous n’arrivons plus à vendre de nouvelles unités complètes de concassage comme auparavant, c’est-à-dire avant la crise sanitaire», affirme le responsable Maghreb de la société italienne MEM. Même topo chez un représentant d’une filiale française d’une société allemande. « Les perspectives du marché du BTPH restent sombres». Mais l’optimisme n’est pas absent dans le groupe de représentants de sociétés françaises. Pour certains d’entre eux, les perspectives du marché algérien sont prometteuses. Une société française a même conclu un contrat de vente au cours de la rencontre. Fruit de sa ténacité. Un accord qu’elle a arraché après des années de discussions avec une société algérienne. <