Acculé par une mobilisation surprise contre la nouvelle loi sur les hydrocarbures, le gouvernement va devoir expliquer le pourquoi de ce soudain intérêt pour la refonte du cadre juridique régissant l’investissement dans les hydrocarbures, puisque les difficultés rencontrées par Sonatrach datent d’au moins 12 années. En effet, depuis 2007 déjà, la Banque d’Algérie n’a cessé d’alerter sur le déclin des quantités d’hydrocarbures exportées, signe d’une production primaire en nette baisse. « L’analyse du trend haussier des exportations des hydrocarbures exprimées en valeurs révèle, cependant, un effet de compression inhérent à la décroissance en volume de ces exportations en 2007, tout comme en 2006 », écrivait la Banque centrale dans sa note de conjoncture pour l’année 2007. Dès 2008, la crise qui touchait l’amont pétrolier et gazier allait s’aggraver avec l’échec des trois appels d’offres internationaux. Un signe qui ne trompe pas sur le manque d’attractivité du domaine minier national. Pendant ce temps-là, la production primaire des hydrocarbures poursuivait sa chue, passant de 162,03 millions de TEP (tonne équivalent pétrole) en 2008 à 143,20 TEP en 2014. Les volumes acheminés à destination des clients étrangers évoluaient également en tendance baissière, alors que la production en partenariat allait connaître ses pires années à compter de 2006. C’est dire que le mal était bien profond depuis maintenant une douzaine d’années au moins, ce qui a motivé les précédents gouvernements à tenter quelques correctifs apportés à la loi sur les hydrocarbures en 2013. Ces correctifs se sont avérés inefficaces et inopérants pour espérer un quelconque inversement de la tendance. « Les quantités d’hydrocarbures exportées, exprimées en tonnes équivalent pétrole (TEP), qui avaient augmenté de 11,04 % entre le premier et le second semestre de 2016, ont reculé à 55,43 millions de TEP au premier semestre de 2017 (-5,68 %) pour finir à 52,96 millions de TEP au second semestre de la même année, soit une diminution de 4,47 %. Pour toute l’année 2017, les exportations d’hydrocarbures ont baissé de 2,88% pour s’établir à 108,48 millions de TEP contre 111,69 millions de TEP en 2016. Ces diminutions des exportations en volume ont concerné beaucoup plus les hydrocarbures liquides (hors exportations de pétrole brut de l’entreprise nationale) que les hydrocarbures gazeux », alertait la banque centrale en 2017, soit dix ans après ses premières mises en garde. Début de l’année en cours, la Banque d’Algérie a indiqué que la baisse des quantités d’hydrocarbures exportées entamée au premier semestre de 2017, s’est poursuivie en 2018. Elles sont passées de 53,27 millions de TEP au second semestre 2017 à 52,15 millions de TEP au premier semestre de 2018 et à 47,7 millions de TEP, soit une diminution de 8,5 % par rapport au premier semestre de 2018. Pour l’ensemble de l’année 2018, les exportations d’hydrocarbures ont reculé à 99,9 millions de TEP, en baisse de 7,7 % par rapport à l’année 2017. Parallèlement aux alertes données par la Banque d’Algérie, l’Office national des statistiques n’a cessé de mettre en garde contre le trou d’air que traverse le secteur des hydrocarbures. Pendant ce temps-là, les responsables qui se sont succédé au gouvernail de Sonatrach affichaient un optimisme démesuré, faisant croire que la situation n’était pas si grave que ça. Le pouvoir politique se réveille en 2019, sur fond de tensions politiques, après plusieurs années d’hibernation et de navigation à vue pour dire qu’il y a urgence de réviser la loi sur les hydrocarbures afin d’améliorer l’attractivité du domaine minier national. Il y avait urgence certes, en témoignent les chiffres communiqués tantôt par la Banque centrale, tantôt par l’Office national des statistiques, mais le timing choisi pour l’examen d’un dossier aussi sensible et complexe fait croire qu’il y a véritablement anguille sous roche. <