En première ligne de la bataille contre la pandémie du coronavirus depuis son apparition en Algérie, le corps médical est en train d’engranger des points sur plusieurs fronts. Après donc avoir suscité l’admiration des populations reconnaissantes devant l’engagement de la famille de la santé à faire face à une pandémie sans pareille, ce sont les plus hautes autorités du pays, par la voix du chef de l’Etat, qui viennent redonner à ce métier ses lettres de noblesse. Une reconnaissance à considérer comme une réhabilitation du corps médical qui ne bénéficie pas, hélas, pour le moment de l’attention qui devrait être naturellement la sienne. Pourtant, les professionnels de la santé ne se sont jamais soumis à la fatalité, eux, qui n’ont pas cessé de dénoncer une gestion catastrophique du secteur jusqu’à créer auprès du citoyen un sentiment de méfiance à l’égard des établissements de la santé. L’on se rappelle ainsi de la forte mobilisation des médecins résidents, il y a trois ans, pour réclamer, au fond de la démarche, une révision dans la gestion du secteur qui ne cessait déjà de livrer des signes de son déphasage et de sa déliquescence. L’on se rappelle également du traitement inacceptable qui a été réservé à ces milliers de résidents par le gouvernement en place, qui a opposé la matraque et le mépris aux revendications légitimes et recevables des médecins résidents. En plus d’avoir été physiquement violentés jusqu’à causer des blessures pour certains, les médecins résidents ont été ballotés d’une tutelle à l’autre d’un gouvernement inapte à apporter les solutions qui s’imposent. Cet autisme du gouvernement de l’époque a fait que les représentants de ces médecins ne savaient pas à qui s’adresser entre le ministère de l’Enseignement supérieur et celui de la Santé, sans parler bien évidemment du rôle de «blocage» qui a été confié dans pareille situation à la direction de la Fonction publique. C’est dire que tout l’arsenal bureaucratique devant servir à renvoyer aux calendes grecques une réponse appropriée aux revendications du corps médical était déjà en place. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il aura fallu une grave crise sanitaire du nom de Covid-19, qui frappe tout le monde avec un bilan des plus macabres, pour voir les autorités nationales se rendre à l’évidence du grand mal qui a été fait à ce corps névralgique. D’aucuns diront qu’il s’agit manifestement d’une réponse tardive, visiblement en décalage chronologique de quelques années, que l’Exécutif vient d’apporter à une partie des défaillances du secteur de la santé. Les signes de satisfaction et les cris de joie lancés, lundi, par les médecins de l’hôpital de Beni Messous à l’annonce par M. Tebboune des décisions prises pour remédier aux carences du système de santé et notamment celles ayant trait à la source humaine et sa valorisation, sont révélateurs d’une grande attente. Car les annonces faites par le président de la République, de la question du service civil à celle des salaires et des conditions de travail convergent vers une revalorisation du personnel de la santé.
Ce qui est censé marquer une rupture avec ce qui était en vigueur alors que cette évolution ne marque pas moins une revanche du corps médical contre les gouvernements successifs.
Une revanche qui a malheureusement son coût dans la mesure où l’épisode des médecins résidents, qui a défrayé l’opinion pendant plusieurs mois, a corsé le sentiment de désespoir de centaines, voire de milliers, de médecins et d’étudiants qui ont préféré aller exercer ailleurs.