Par Milina Kouaci
La menace de grève plane à nouveau sur le secteur de la santé et l’accalmie, observée depuis le dernier débrayage du 7 avril, risque de partir en éclats dans la mesure où l’Intersyndicale du secteur n’écarte pas le retour à la contestation. A l’avis de colère de l’Intersyndicale est venue se greffer des contestations émanant
des anesthésistes et des sages-femmes dans un contexte de crise sanitaire.
Composée du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP), du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP) et du Syndicat national des enseignants chercheurs et hospitalo-universitaires (Snechu), l’Intersyndicale ne cache pas sa «déception» de l’attitude de la tutelle. «Nous ne voulons plus des promesses. Nous exigeons des engagements concrets et de cesser la politique de bricolage», nous dit Ghachi Lounès, président du SAP.
Le personnel de la santé demande en particulier de sortir de la Fonction publique.
«Il nous faut une fonction publique hospitalière pour régler nos problèmes dans les meilleurs délais», argue le président du SAP.

Il se dit particulièrement préoccupé de la situation qui prévaut dans le secteur. Un secteur qui n’est pas au bord de l’explosion, «mais qui y est déjà».
C’est pour cela, d’ailleurs, que ces trois syndicats avaient organisé une action de grève nationale, début avril, mais leurs revendications demeurent toujours en suspens. Pour ces raisons, «le recours à la contestation est inéluctable pour faire entendre notre voix», poursuit notre interlocuteur qui dénonce «un retard dans le versement des salaires».
L’Intersyndicale de la santé dénonce la non-concrétisation des mesures annoncées par le Président portant sur la restructuration totale du système national de santé et l’amélioration des conditions de travail du personnel de santé. Il n’omet pas de revenir sur la réaction du Premier ministre par rapport aux protestations que connaît le front social ces derniers jours. «Quand la tutelle garde le silence envers une organisation syndicale, qui exprime clairement ses préoccupations et problèmes socioprofessionnels, il est tout à fait normal que les travailleurs recourent à la protestation», dit le président du SAP.
La grève, pour lui, est un moyen de se faire entendre. Et si l’action syndicale dérange autant, «ils n’ont qu’à abroger le droit à la grève dans la Constitution et retirer l’agrément aux syndicats autonomes», clame Ghachi Lounès, qui rejette tout discours en défaveur d’une lutte sociale pacifique.
Les anesthésistes pour leur part brandissent la menace de la grève. Dans une correspondance à sa tutelle, le Syndicat national autonome des auxiliaires médicaux en anesthésie-réanimation (Snaamarsp) dénonce l’attitude du ministère de la Santé envers son partenaire social. Le syndicat dénonce, en effet, son exclusion et sa non-association à des réunions de dialogue et de concertations comme les autres syndicats du secteur qu’il qualifie de «privilégiés».
Il dénonce une «politique de deux poids, deux mesures et le favoritisme d’une organisation syndicale sur une autre», rappelant que le Snaamarsp ne fait pas partie de la commission paritaire du ministère et de la commission censée préparer un projet de loi sur les anesthésistes. En colère, le syndicat annonce une réunion du bureau national du syndicat pour arrêter une date pour un débrayage durant le mois courant.
Depuis 2011, les anesthésistes réclament une couverture juridique, ainsi que la promulgation d’un statut particulier 11-235. Le Snaamarsp exige d’établir une nomenclature des actes pour définir «clairement» les tâches et rôles que cette corporation doit accomplir ainsi que l’installation d’un Conseil de l’ordre des anesthésistes pour contribuer à la promotion de la santé publique. S’agissant des sages-femmes, qui ont décidé de surseoir à leur action de grève qui devait avoir lieu les 26 et 27 avril dernier, elles n’écartent toutefois pas la possibilité de recourir à la protestation si leur dossier ne connaît pas une évolution. Le syndicat national des sages-femmes, affilié à l’UGTA, explique qu’il n’a fait que reporter son action de grève et non l’annuler. Ces dernières réclament une meilleure protection ainsi que la révision de la nomenclature des actes. <