A l’issue de la présentation du bilan du gouvernement pour l’année 2020, le chef de l’Etat a livré son appréciation sur les résultats enregistrés par 11 secteurs. Concernant le secteur financier, il a observé que le point noir qui entache ce secteur consiste en le système bancaire qu’il convient de revoir par un travail d’inspection au niveau de toutes les banques, notamment en ce qui concerne la transparence dans l’octroi des crédits.
Le Président de la République par cette instruction pointe du doigt la distribution opaque des crédits avant 2020. Il fait allusion également au non-remboursement des prêts, en particulier, par les oligarques. Il faut savoir que plusieurs milliards de dollars de crédits ont été octroyés essentiellement par les banques publique à une poignée d’hommes d’affaires générant un effet d’éviction pour de nombreux entrepreneurs sérieux, ayant des projets d’investissement solides et qui n’ont pu obtenir de crédits en raison de cette distribution irrégulière des crédits ; en clair, une allocation de prêts en violation des ratios de division des risques imposés par la Banque centrale.
Cette nouvelle interpellation du gouvernement par le premier magistrat du pays, qui intervient quelques jours après la reprise de son activité présidentielle après deux mois d’hospitalisation en Allemagne, s’inscrit dans la foulée de son intervention devant les walis où il avait indiqué que les crédits non remboursés représente 1 200 milliards de dinars, soit environ 10 milliards de dollars et qu’ils étaient le fait principalement d’hommes d’affaires qui avait les faveurs des gouvernements qui se sont succédé entre 2015 et 2019.
Il est étonnant que le chef de l’Etat soit poussé à pointer du doigt cet argent, alors qu’en principe, c’est la commission bancaire de la Banque d’Algérie et l’Inspection générale de cette institution qui auraient dû mener ce travail et livrer les résultats de ce chantier à l’opinion publique par souci de transparence. «C’est leur boulot», commente un spécialiste financier. Le ministère des Finances ou la Banque d’Algérie seront sans doute appelés à faire un travail qui aurait dû être déjà effectué. Seconde observation, cette instruction nous renvoie à l’engagement du Président de la République relatif à la récupération de l’argent à saisir auprès des oligarques et qui n’est pas entré dans les caisses de l’Etat. Cette action semble freinée par le délai long pris par la justice à trancher définitivement la culpabilité de ces hommes d’affaires (procès définitifs). Cette situation exerce des pressions sur les banques qui sont pour plusieurs en manque de liquidité. Ce montant de créances non performantes, dites douteuses ou non récupérables, oblige les banques à consacrer une partie de leurs avoirs aux provisions. «Les dotations au titre des provisions ont atteint 175 milliards de dinars en 2019», lance un autre spécialiste financier. «Un montant énorme qui aurait pu être réservé à financer des investissements rentables, notamment dans le renforcement de la production nationale. Ces provisions réduisent la rentabilité des banques publiques. Ces prêts non remboursés n’épargnent pas les banques privées dont certaines ont été mises dans la difficulté à cause de ces créances non performantes», ajoutent le même spécialiste financier. Mais les griefs du chef de l’Etat restent limités à cet aspect, transparence dans la distribution des crédits, non-remboursement des crédits, allocation irrégulière ou injuste des crédits bancaires. Le secteur bancaire constitue un point noir pour le secteur financier, également, pour d’autres raisons. Il ne parvient pas à jouer son rôle de catalyseur de la dynamique économique. Le secteur bancaire peine à se moderniser faute de la mise en oeuvre de la réforme bancaire. Là, le secteur des finances pèche par son immobilisme. Près d’un an après la constitution du gouvernement, le contenu précis de la réforme bancaire n’est pas connu, du moins le véritable chantier concernant cette réforme n’est pas encore lancé avec ses actions à très court terme, moyen terme et sa campagne de communication pour mobiliser la profession et sensibiliser l’opinion publique.
Enfin, le Président Tebboune a également ordonné l’accélération de la numérisation de la douane afin de lutter contre la surfacturation et d’absorber les fonds circulant dans le marché parallèle.