Les banques et les investisseurs l’attendent depuis plusieurs années, la réforme bancaire tant promise peine à voir le jour et à sortir le secteur de sa léthargie.

Par Hakim Ould Mohamed
Une réforme structurelle des banques et du secteur bancaire et financier a été maintes fois évoquée, sans que celle-ci ne soit réellement mise en branle, exception faite de quelques mesures prises, tantôt par le régulateur, tantôt par l’Exécutif, dans le but d’insuffler une nouvelle dynamique au financement de l’économie, à l’accompagnement de la nouvelle politique de diversification des exportations et, depuis peu, à titriser les dettes des entreprises.
Après plusieurs années de multiplication de mesures réglementaires, destinées, entre autres, à recadrer l’activité des banques, à créer de nouveaux métiers, à l’image des métiers de la finance islamique, et à améliorer la solvabilité des banques, le secteur bancaire continue d’espérer une refonte globale et structurelle à la hauteur des défis auxquels il est confronté. Bien qu’il soit solvable et rentable, le secteur bancaire algérien demeure dominé par le secteur public et une activité crédit orientée en grande partie vers les engagements à moyen terme. Selon une étude rendue publique, hier, par Finabi Conseil, le Produit net bancaire consolidé des banques en Algérie a été de 549 milliards de dinars en 2020. « Certes, la Covid et la situation politique, en 2019, ont baissé l’activité de 4% par rapport à 2018. Cependant, le résultat net dégagé en 2020 a été de 163 milliards de dinars représentant une profitabilité nette de 30% et une rentabilité financière moyenne de 10% », fait constater Finabi Conseil dans son étude qui, sur sa lancée, explique que malgré cette performance exceptionnelle, le secteur bancaire en Algérie « n’attire ni les investisseurs locaux ni étrangers ».
Preuves à l’appui, Finabi Conseil rappelle qu’aucune banque n’a, en effet, été agréée depuis 2008. La dernière à être autorisée à effectuer des opérations de banque a été Salama Banque, en 2008. « Le paysage bancaire ne compte plus que 6 banques publiques et 13 banques privées -la Banque d’Algérie a retiré l’agrément du Crédit agricole en 2021. La place bancaire est restée figée depuis 2008. Les causes sont multiples », souligne Finabi Conseil. Cela fait plus de deux années que le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a plaidé en faveur de l’investissement privé dans les banques et le transport aérien et maritime. Lors d’un discours prononcé à l’ouverture de la Conférence nationale sur le plan de relance, tenue en août 2020, le chef de l’Etat a assuré qu’il n’y avait « aucune objection » à la création de banques et de compagnies privées de transport aérien et maritime de marchandises et de voyageurs.

Exigence de capital social exagérée
Une année après, soit en août 2021, le Président de la République a appelé, également, lors d’un Conseil des ministres, à ouvrir le capital des sociétés publiques, y compris les banques, de trouver des solutions efficaces et de s’éloigner de la gestion administrative pour développer le secteur industriel. Pour Finabi Conseil, le capital social minimum exigé pour l’ouverture d’une banque est l’un des freins, et non des moindres, à l’investissement privé dans le secteur bancaire en Algérie. Comparé au capital social minimum exigé en France, en Suisse, en Tunisie et dans l’Union Monétaire de l’Ouest Africain, l’exigence réglementaire algérienne en la matière est la plus contraignante.
En effet, selon le cabinet d’expertise financière, le capital social minimum pour autoriser une banque en France est de 5 millions d’euros, en Suisse, de 10,417 millions d’euros, en Tunisie de 15,57 millions d’euros et de 15,24 millions d’euros dans l’Union Monétaire de l’Ouest Africain (L’UMOA), qui comprend actuellement, le Bénin, le Burkina, la Côte-d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. En Algérie, le capital social minimum exigé est de 20 milliards de dinars, soit l’équivalent de 142,39 millions d’euros, correspondant à neuf fois le capital exigé en Tunisie et dans l’UMOA et quatorze fois à celui exigé en Suisse. « Cette exigence d’un capital pléthorique permet d’avoir des ratios prudentiels confortables mais réduit l’intérêt d’investisseurs potentiels innovants qui pourraient changer le paradigme du secteur bancaire algérien », conclut Finabi Conseil. En outre, poursuivent les analystes de ce cabinet, le régulateur doit créer une « fenêtre » juridique pour s’adapter au contexte financier actuel. Quelles sont les fintechs locales ou étrangères qui seront capables ou prêtes à lever 142 millions d’euros pour être autorisées à réaliser des opérations bancaires? s’interrogent-ils. « Nous pensons qu’il est important de réduire cette exigence réglementaire pour les banques classiques et l’adapter pour les fintechs dans la nouvelle loi sur la monnaie et le crédit, estime Finabi Conseil.
Le capital social minimum exigé n’est pas le seul frein à la transformation structurelle des banques et du secteur bancaire algérien. Cette réforme, le gouvernement en a fait un des principaux axes de son précédent plan d’action. Le Gouvernement envisageait de mettre en œuvre une batterie de réformes pour moderniser le système bancaire et financier et accroître son attractivité et son efficacité afin d’améliorer sa participation dans la relance économique. L’objectif de ces réformes est de « disposer d’un secteur bancaire et financier performant, moderne et accessible, de sorte à améliorer son attractivité et accroître sa contribution au développement de l’économie nationale », lit-on dans le plan d’action du gouvernement défendu devant le Parlement, voici maintenant une année. n