Les détails de la proposition de la Coordination nationale du patronat (CNP) pour redynamiser le secteur de l’automobile en Algérie tout en préservant les réserves de change ont été présentés, hier, par son chef de file, la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), qui a révélé que trois constructeurs mondiaux auxquels a été présentée ladite proposition, dont Suzuki, ont manifesté leur intérêt.

PAR T. Gacem
Après avoir fait un état des lieux du secteur de l’automobile et des avantages et inconvénients ayant prévalu avant sa mise en berne, les préconisations pour sa relance ont été présentées devant un parterre de nombreux concessionnaires pour les faire participer au débat et recueillir leurs avis. «La proposition est axée sur l’idée de faire évoluer des constructeurs automobiles au niveau local, en utilisant les avantages comparatifs dont dispose l’Algérie sur le plan régional, notamment par le bénéfice d’accords dans le cadre des zones de libre-échange Gzale et Zlecaf, ainsi que sur les investissements réalisés ou à réaliser», a déclaré Daoudi Bassi Scander, expert auprès de la CAPC.
«Tout ce qui est monté en Algérie peut être exporté sans droits de douane dans ces zones. C’est pourquoi, il est intéressant pour le constructeur international de passer par l’Algérie pour répondre à leurs demandes et faire profiter, également, l’assembleur local de cette marge», a-t-il expliqué. Ceci représente la première phase à réaliser à court terme, tandis que deux autres sont prévues pour le moyen et long termes. «A travers l’exportation de véhicules acquis dans le cadre de crédits fournisseurs, montés en Algérie sous le régime douanier du perfectionnement actif, il s’agit de procéder au montage pour l’exportation avec un changement de position tarifaire à même de permettre une algérianisation du produit et le bénéfice des dispositions des différents accords», a indiqué le conférencier.
La marge bénéficiaire en devises sera justement utilisée par l’assembleur national et son fournisseur pour alimenter le marché local avec les autres modèles non montés en Algérie», a-t-il ajouté. Ainsi, «le parc national est renouvelé progressivement sans affecter les devises détenues localement tout en fructifiant les infrastructures existantes et en exploitant la main-d’œuvre déjà formée», selon M. Daoudi, qui a précisé que l’étude et la simulation ont été présentées aux constructeurs qui ont accepté l’idée. «Des fournisseurs se sont engagés à fournir leurs assembleurs en kits en leur permettant de les écouler sur les marchés internationaux environnants et de leur fournir des véhicules pour le marché local au prorata des bénéfices tirés», est-il noté dans un document remis à la presse.

L’enjeu capital des réserves de change
Le but de la démarche préconisée pour «le court terme est de préserver les réserves de change», a déclaré le président de la CAPC, Samy Agli, estimant que «nous devons tous agir avec responsabilité». Insistant qu’il s’agit de tirer profit des avantages comparatifs qu’offre l’Algérie, pays à l’effet de booster l’industrie mécanique et l’exportation, il a soutenu que cela permet également de «satisfaire crescendo la demande nationale par l’intermédiaire de financements des constructeurs automobiles au lieu et place du Trésor public».
L’exercice à travers cette étude est «d’examiner les pistes opérationnelles pour pouvoir relancer l’industrie automobile sans affecter la balance commerciale (préservation des devises) et sans exacerber la pression sur les devises du marché parallèle», a-t-il ajouté.
Invité à la rencontre, le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et son environnement (Apoce), Mustapha Zebdi, a plaidé également pour la préservation des réserves de change, affirmant qu’il y a «des priorités». «Il nous faut choisir entre acheter du blé, des médicaments, du lait, ou importer des véhicules», a-t-il dit, même s’il reconnaît le droit aux citoyens d’en avoir un. La conjoncture actuelle de crise économique mondiale impose la réflexion pour toute dépense. «Il n’est pas possible d’agir comme si l’Algérie avait des réserves de change élevées», a-t-il tenu à souligner. «L’avenir de l’économie nationale est de la responsabilité de tous. La nôtre, aujourd’hui, est de rapprocher les points de vue et de créer une synergie des forces vives des organisations patronales par la mutualisation de leurs moyens humains et matériels», a appuyé Samy Agli. En somme, la préservation des réserves de change a été le point commun sur lequel il y a eu un consensus sans faille entre tous les intervenants, y compris les patrons des autres organisations patronales et les concessionnaires présents. «Doit-on ouvrir les importations de véhicules et dépenser toutes nos réserves de change ?», s’est demandé l’un d’eux. L’étude a démontré que «la facture serait selon la fourchette basse à plus de 15 milliards de dollars», considérant que la moyenne des besoins du marché est estimée à plus de 350 000 voitures/an sur trois ans rien que pour atteindre l’équilibre du marché local. «En d’autres termes, un million de voitures serait nécessaire pour atteindre cet équilibre, soit plus de 10 milliards de dollars (calculé sur la base de la valeur de voiture la plus basse soit 10 000 dollars/voiture). A cette facture s’ajoute celle de la consommation en carburant de près de 3 milliards de dollars (calculé sur la base d’une consommation moyenne annuelle de carburant entre 2 000 et 3 000 litres) et ce, sans prendre en compte la pièce de rechange devant connaître un accroissement en quantités et ce, proportionnellement à la vétusté du parc automobile et le fret qui connaît un accroissement exponentiel en termes de coûts», est-il noté dans le document de l’étude. Les intervenants ont, par ailleurs, appelé à revoir le taux d’intégration exigé actuellement pour les véhicules particuliers, de même que le président de la CAPC a plaidé pour l’allègement de la bureaucratie.

Les agréments «bientôt» délivrés aux concessionnaires automobiles
Les concessionnaires automobiles qui sont dans l’attente de pouvoir exercer auront bientôt leur agrément, selon le Directeur général du développement industriel au ministère de l’Industrie, ayant pris part à la rencontre organisée par la CAPC. «Les concessionnaires seront bientôt libérés», a-t-il fait savoir, indiquant qu’il est prévu de leur «délivrer les agréments bientôt». S’étant abstenu de donner une date précise et de livrer le nombre de concessionnaires retenus, il a ajouté, par ailleurs, qu’«il y aura un cahier des charges pour chaque véhicule», ce qui permettra d’éviter, selon lui, l’obligation de revoir tout le décret à cause d’un seul véhicule quand ce cas de figure se présente.T. G.