Tipasa n’a pas échappé à la série de sanctions contre les cadres dirigeants de la Société des eaux et d’assainissement d’Alger (Seaal), puisque son directeur de wilaya, Lescouet Serge, a été relevé de ses fonctions, laissant la gestion par intérim à Azibi Rachid, un enfant de la boîte. Nos tentatives d’entrer en contact avec le responsable chargé de l’intérim ont été vaines prétextant, au départ, la tenue d’une réunion avant de nous signifier qu’il fallait passer par Alger pour avoir un rendez-vous avec les responsables locaux…

Ces méthodes, d’un autre temps, sont incompréhensibles à moins, comme nous le dira un citoyen qui poireautait devant les agents de sécurité qui veillent au grain, qu’ils aient quelque chose à cacher et de surcroît considérées comme humiliantes et infantilisantes pour les gestionnaires locaux.
Reporters a été saisi par des citoyens pour signaler l’état d’abandon de la station de distribution située dans le centre-ville, jouxtant la cité des 200/Logements, camions en panne garés sur site, des herbes folles envahissant tous les espaces, et espéraient attirer l’attention des responsables sur la nécessité de nettoyer et de planter des arbres et des fleurs.
Les agents passent leurs journées à bailler aux corneilles au lieu de penser à désherber les lieux et réaliser un petit espace vert comme l’ont fait les citoyens vivant à proximité, d’autant que l’eau est disponible plutôt que de laver des véhicules. Les habitants avaient, maintes fois, obtenu la promesse que celle-ci ferait l’objet d’un aménagement en espace vert, ce qui devrait être le cas de toutes les stations laissant poindre un espoir avec l’arrivée de Seaal qui, hélas, n’a fait que reproduire les mêmes reflexes hérités de l’ADE.
La mission principale de la Seaal étant la gestion déléguée de l’eau (contrat signé en 2012 et reconduit depuis), elle se fait cahin-caha avec des perturbations quotidiennes dans la distribution de l’eau qui ne sont pas annoncées aux consommateurs pour prendre leurs dispositions.
Cet été, de nombreux résidants et vacanciers ont été surpris, en rentrant le soir chez eux, de découvrir des robinets à sec de 22h à 8H du matin. La communication à travers la radio locale, dont c’est la mission principale, a fait défaut ces derniers jours. La rationalisation de la distribution est une excellente chose étant donné que la ressource est en train de se raréfier, à l’exemple du barrage de Boukourdane dont le taux de remplissage est de 13% actuellement, d’où la nécessité d’une distribution selon la disponibilité en prenant la peine d’informer les abonnés. Cette baisse des eaux du barrage due à la consommation, la canicule et la raréfaction des pluies a été à l’origine de la mort de plusieurs tonnes de poissons, faute d’oxygène, qui a nécessité l’organisation, par le secteur de la pêche, de deux samedis successifs de récupération des poissons morts.
Pourtant durant les dernières années, les responsables de la Seaal avaient annoncé en grande pompe la généralisation du système d’AEP en H/24 à 20 communes de la wilaya de Tipasa à l’horizon 2020. Les responsables de l’exploitation de l’époque avaient annoncé que les 20 communes bénéficiaires de ce système sont situées à l’est et au centre de la wilaya, Sidi Ghilès, Cherchell, Sidi Amar, Hadjout, Sidi Rached, Aïn Tagourait, Fouka, Douaouda, Attatba, Koléa, Bou Ismaïl, Tipasa, Ahmer El Aïn, Bouharoun, Nador, entre autres. Les responsables avaient annoncé, aussi, la prise en charge de la gestion des réseaux AEP de 50 douars de différentes zones enclavées de la wilaya afin d’améliorer la distribution.

Bientôt une nouvelle SDEM à Fouka
Selon les responsables de l’hydraulique, la production totale d’eau au niveau de la wilaya est de 212 000 m3/j (station de traitement de Sidi Amar, eaux de surface, forages et Station de dessalement d’eau de mer-SDEM), alors que les besoins sont évalués à 300 000 m3/j d’où un déficit de 100 000 m3/j.
Pour remédier à ce déficit et en attendant la mise en service du barrage de Kef Eddir, dans trois ans, puisque l’installation des canalisations sera lancée prochainement par Cosider (qui a remplacé l’ETRHB de Ali Haddad incarcéré) qui en est au stade des procédures, les responsables annoncent la réalisation prochaine d’une nouvelle usine de dessalement d’eau de mer à Fouka. Actuellement, le barrage de Kef Eddir a atteint un taux de 80 millions de m3 (contre 125 millions de capacités théoriques) et les responsables du secteur sont obligés de faire des lâchers réguliers qui vont alimenter la nappe phréatique et les oueds qui profitent aux fellahs pour l’irrigation de leurs parcelles. La wilaya de Tipasa bénéficiera plus tard de 100 000 m3 d’eau quotidiennement pour les habitants de la partie ouest de la wilaya jusqu’au centre, tandis que le reste sera réparti entre les wilayas de Chlef et Aïn Defla.
En complément aux deux barrages, la nouvelle SDEM sera construite à proximité de celle déjà existante et aura une capacité de 300 000 m3/j qui seront destinés pour Alger et Blida, tandis que la production de l’actuelle usine de dessalement, avec une capacité de 120 000 m3/j, sera exclusivement réservée à la wilaya de Tipasa. Il faut rappeler que la Station de dessalement d’eau de mer (SDEM) de Fouka était l’un des 13 projets retenus au début des années 2000, qui faisait suite à 20 années de sècheresse.
C’est le 12 octobre 2003 que l’Algérie opte pour le dessalement d’eau de mer et, suite à cette décision, un grand programme est lancé avec la société Algerian Energie Company (AEC), créée en 2001.
Cette dernière lance un appel d’offre international dans le cadre d’un BOO (Build Own Operate) afin de sélectionner une entreprise ayant les compétences, dans le cadre d’une société de projet créée à cet effet, pour concevoir, réaliser, posséder, exploiter, maintenir et commercialiser l’eau produite, à savoir 120 000 m3/j d’eau potable destinée à l’ouest de la wilaya d’Alger et l’est de la celle de Tipasa.
Le marché est remporté en 2005 par le Groupement SNC Lavalin, Société d’ingénierie et de construction canadienne, présente depuis 20 ans en Algérie, et Acciona Agua, Société espagnole spécialisée dans le dessalement de l’eau de mer. L’usine de dessalement d’eau de mer de Fouka, mise en service en juillet 2011, est depuis gérée par Myah Tipasa spa, créée en 2007.
Pannes répétitives à la station
de dessalement
de Fouka
Les pannes répétitives et les arrêts réguliers programmés pour entretien – qualifiées dernièrement par le Premier ministre d’actes de sabotage – sont un problème récurrent dans cette station. Et selon des spécialistes que nous avons interrogés, cette situation est anormale et pourrait être due à un défaut dans la réalisation.
Concernant les prévisions relatives aux actions d’amélioration de la gestion des ressources en eau, inscrites dans le cadre du plan d’orientation 2035, il a été question de nombreux projets, dont celui du transfert des eaux à partir du barrage de Kef Eddir, situé dans la daïra de Damous, qui permettra de porter la production de 232 000 m3/j en 2017 à 400 000 m3/j à l’horizon 2020, puis 505 000 m3 en 2030. Malheureusement, la Seaal n’a pu tenir ses engagements basés sur un programme portant sur la mise en exploitation progressive de 27 forages pour porter la production quotidienne d’eau de 97 000 m3/j à 105 000 m3/j. La réalisation de ces forages, dont le nombre sera porté à 160, a été dotée d’une enveloppe de 20 millions de dinars.
Fuites et picages illicites, les points noirs
Le gros point noir reste la question des fuites et picages illicites d’eau qui atteignent jusqu’à 60% et de savoir si l’installation de 40 pompes intelligentes sur le réseau de distribution, annoncée par les mêmes responsables, destinées à la lutte contre les fuites d’eau, a été achevée tout en garantissant une distribution d’eau équitable au profit des abonnés. Selon certaines rumeurs, un appareil de détection des fuites et autres vols et picages illicites des eaux aurait été volé il y a plusieurs mois. Une information qu’il nous a été difficile de vérifier en raison du black-out imposé aux responsables locaux par la Direction générale à Alger.
Alors, les citoyens attendent patiemment le jour où l’eau coulera à flots 24H/24, comme annoncé le jour de la signature du contrat de gestion déléguée de l’eau confiée à Seaal. n