A deux mois du rendez-vous crucial de l’élection présidentielle devant se dérouler le 12 décembre prochain, la visibilité est encore floue, ambigüe. Les différents paramètres dont le baromètre permet de jauger la situation tantôt se calment et tantôt s’enflamment, évoluant en dents de scie et rendant ainsi difficile l’affirmation d’un quelconque pronostic.

La mise en marche du processus électoral a eu ses partisans comme elle a eu ses opposants, chacun y allant de ses propres arguments pour expliquer et faire valoir sa position. Le nombre de postulants à la candidature à la présidence de la République a augmenté sensiblement depuis le lancement de l’opération de retrait des formulaires de souscription des signatures individuelles, jusqu’à atteindre 139 candidats en 22 jours. Ce qui dénote l’intérêt accordé au scrutin à venir, mais qui, pourtant, n’est pas tout à fait en adéquation avec la réalité du terrain à laquelle se sont heurtés les prétendants au fauteuil présidentiel, si l’on considère que bon nombre d’entre eux semble avoir trébuché à la première marche, celle de la collecte des 50 000 signatures exigées dans la constitution du dossier de candidature, et ce, même si la loi amendée portant régime électoral a révisé ce nombre à la baisse
(60 000 auparavant) pour donner plus de chance aux postulants.
Mais à bien regarder, il n’est pas étonnant que la collecte des signatures se révèle être un obstacle pour entrer dans la course à la présidentielle, puisque la grande majorité des postulants est représentée par de parfaits inconnus auprès du grand public. Quelques-uns seulement disposent d’une base militante qui peut leur assurer les signatures exigées. C’est le cas, par exemple, d’Ali Benflis, président de Talaie El Hourriyet, ou encore, à un degré moindre, d’Abdelaziz Belaïd, président du Front El Moustaqbal. On peut également citer parmi les candidats connus l’ancien Premier ministre Abdelmadjid Tebboune.
La collecte des fameuses 50 000 signatures est tellement difficile que les postulants n’ont pas manqué de faire appel à l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE). Une interpellation à laquelle l’ANIE a tenté de répondre du mieux qu’elle pouvait, si ce n’est qu’elle, aussi, a ses propres problèmes qu’elle doit solutionner, avec sa mise à mal au niveau de certaines wilayas où elle a rencontré des difficultés pour installer ses délégations.
A cela s’ajoute le fait que le mouvement populaire, qui rejette les élections et qui ne cesse de le faire savoir à travers les marches des vendredis et mardis, ne s’essouffle pas et continue de revendiquer le changement du système et le départ de tous ses symboles. Un mouvement populaire qui, faut-il le noter, garde un œil avisé sur tout ce qui se passe dans le pays. Preuve en est, en ce dernier vendredi, il a fortement crié sa désapprobation sur les deux projets de loi controversés, à savoir le projet de loi sur les hydrocarbures et le projet de loi de finances pour 2020. Ainsi, après une relative accalmie durant la période estivale, synonyme de grandes vacances, les manifestations ont repris, notamment ces derniers temps, avec les masses populaires d’avant et tout en préservant leur caractère pacifique.
Les opposants au processus électoral font également entendre leur voix en participant aux marches populaires. Pour eux, seul un processus transitionnel est à même de rompre avec le système décrié et, par conséquent, assurer l’édification d’une Algérie nouvelle.
Ainsi, il semble que les conditions qui prévalent en cette période préélectorale ne sont pas complètement réunies pour aboutir au jour J. Des conditions imprégnées par un climat tendu au regard des mesures prises en termes d’interpellations et d’arrestations, selon de nombreux observateurs politiques, ce qui contribue à accentuer la suspicion envers tout ce qui a trait au rendez-vous hivernal, censé être le rendez-vous de l’histoire, venant en couronnement de la révolte populaire du 22 février 2019.

Charfi : «Le peuple doit assumer ses responsabilités»
Loin de se verser dans le défaitisme, le président de l’Autorité nationale indépendante des élections, Mohamed Charfi, a déclaré, hier, depuis Tamanrasset où il se trouvait pour l’installation de la délégation de l’ANIE au niveau de cette wilaya, que «l’échéance électorale du 12 décembre prochain devra contribuer à sortir le pays de sa crise actuelle».
«Le projet de l’ANIE s’inspire de la volonté du peuple et tend à organiser des élections libres en vue de choisir un président capable d’assumer cette responsabilité», a-t-il ajouté, en présence des représentants de la société civile et des notables de cette importante région, auxquels il a souligné que «superviser, personnellement, l’installation de la délégation de l’ANIE de la wilaya de Tamanrasset, traduit l’importance grandiose qu’accorde l’Etat, en toutes ses institutions et structures, à cette région dans le grand sud du pays».
M. Charfi a poursuivi que l’Autorité qu’il préside jouit d’une «totale indépendance» et intervient dans une conjoncture particulière que traverse le pays, ce qui oblige, a-t-il dit, cité par l’APS, «le peuple à assumer ses responsabilités».
Croyant dur comme fer en la cause qu’il défend, M. Charfi avait déclaré, peu après son installation à la tête de l’ANIE, que réussir à assurer des élections transparentes et honnêtes était le projet de sa vie.