Parfois, on aimerait refaire l’histoire et voir ce que cela aurait donné. Avec un «si seulement», le conditionnel vient à la rescousse du présent quand la gloire se conjugue à l’imparfait. On se retrouve à remodeler le scénario en cherchant le tournant réel d’un changement de la trajectoire. L’instant «T» où le destin, du fabuleux au cruel, a basculé. Pour l’équipe nationale, c’était, peut-être, cette faillite à s’attacher le rôle d’Hervé Renard qui jouera, ce soir, le quart de finale de la Coupe d’Afrique des nations avec le Maroc. Flashback et fiction…


«C’est un honneur pour moi de venir aujourd’hui, auprès de vous, dans la peau du sélectionneur d’Algérie. Ici, je ne me sens pas dépaysé. Je suis plus proche de l’Europe qu’auparavant. J’ai coaché l’USM Alger et j’ai ma petite idée sur la mentalité du footballeur en Algérie. Je pense qu’on va faire du bon boulot», nous sommes le 19 juillet 2014, dans un monde parallèle, Hervé Renard, sourire habituel au coin de la bouche qui ponctue chacune de ses phrases, s’adresse aux nombreux journalistes présents dans la salle de l’OCO Mohamed Boudiaf. Le technicien français est nommé nouveau driver de l’équipe nationale en succession à Vahid Halilhodzic après la folle Coupe du Monde 2014. Le Président de la Fédération algérienne de football (FAF), Mohamed Raouraoua, offre un contrat courant jusqu’au Mondial 2018 à Renard pour une mensualité de 60 000 euros (la même que percevait Christian Gourcuff en réalité). «Je pense qu’il y a de belles choses à faire avec cette équipe. On a un énorme potentiel et une notoriété à défendre maintenant. La CAN 2015 est dans pas longtemps. On a six mois pour tout mettre en place. Je compte déjà un sacre avec la Zambie en 2012. On essayera de rester sur la lancée de mon prédécesseur qui a fait un excellent boulot tout en redistribuant les cartes. Rien n’est acquis», le malicieux qu’il est, Renard savait qu’il a une réputation à défendre et un public algérien à se mettre dans la poche. Le billet validé pour la messe continentale en Guinée-Equatoriale, les Verts s’envolent avec une grande ambition dans les bagages. Après avoir franchi le premier tour, les «Fennecs» retrouvent la Côte d’Ivoire en quarts et s’imposent sur le score de 2 buts à 1 pour rallier le carré d’as. En demies, «El-Khadra» se heurte au jeu très «africanisé» de la République Démocratique du Congo et pèche dans la finition. A l’issue de la fatidique série des tirs au but, l’Algérie est éliminée et se contentera de jouer, comme en 2010, la petite finale contre la Guinée-Equatoriale nation organisatrice. Très disciplinée mais maladroite devant les buts, l’EN est secourue par Hilal Soudani, incorporé à 20 minutes de la fin à la place de Brahimi. Coaching gagnant, l’ancien Chélifien offre la médaille de bronze au «Club Algérie». Renard ne sera pas champion pour la 2e fois de sa carrière mais restera en poste après que l’équipe ait séduit dans le contenu.

À 10 000 euros près on aurait rêvé
Dans la foulée, y a les «qualifiers» de l’édition 2017 au Gabon. Islam Slimani et consorts survolent la campagne qualificative pour le tournoi et terminent premiers de leur poule. Viennent alors les éliminatoires pour la Coupe du Monde 2018 en Russie. Les «Guerriers du Sahara» confirment leur notoriété à Tchaker et battent le Cameroun 2 buts à 0. Un mois plus tard, c’est le voyage à Uyo au Nigéria. Riyad Mahrez & cie contraignent les «Super Eagles» au nul et prennent les commandes du groupe «B» avec 4 unités. La préparation idéale pour l’épreuve continentale. Tout baigne et la stabilité et les certitudes sont là. Les Dz ont grandi et mûri. Renard était la bonne pioche. Parallèlement et concrètement, l’Algérie venait de consommer deux entraîneurs (Gourcuff et Rajevac) et de rater le début de son périple russe. Retour à l’imaginaire, à «Bongoland», l’Algérie s’assume et confirme son statut de ténor africain. Une victoire contre le Zimbabwe (2-0), un succès au détriment de la Tunisie (1-0) et un nul face au Sénégal autre grand favori pour le sacre, les Mondialistes terminent 1er de la poule et valident le ticket en quarts. Hop hop hop ! C’est l’heure du réveil. Tout ceci n’est que chimère. Le présent est tout autre. Rien de cela n’est vrai. Aujourd’hui, la réputation a volé en éclat après un casting de drivers raté. Le temps n’a jamais joué en la faveur de ceux qui ont remplacé Coach Vahid sur le banc. Et dire qu’Hervé Renard a filé chez le voisin marocain parce qu’on n’a pas voulu satisfaire ses légitimes exigences financières (la FAF lui avait proposé 50 000 eu lieu de 60 000 euros/mois). Il n’est aucunement certifié qu’il aurait réussi. Mais entretemps, il été couronné avec les Ivoiriens en 2015 et il est toujours en lice avec les «Lions de l’Atlas» qui ont retrouvé les quarts après six éditions. De quoi s’en mordre les doigts et vivre dans les remords.n