Le groupe Sonatrach garde son contrat de livraison de fuel au Liban, malgré le scandale du fuel défectueux qui fait grand dam dans ce pays. La décision de maintenir ce contrat a été prise par le Conseil des ministres libanais. Selon la presse libanaise, le président Michel Aoun a en outre insisté sur les investigations et poursuites judiciaires engagées. « Ces démarches devraient déboucher sur des résultats concrets. D’autant que l’opinion publique attend des actes sur ce plan », a-t-il dit. Pour rappel, la justice libanaise s’est saisie de l’affaire du fuel non conforme, livré à Electricité du Liban (EDL) par Sonatrach Petroleum Corporation (SPC), filiale de Sonatrach, à travers des intermédiaires. L’enquête a débouché sur l’émission de mandats d’arrêt, notamment contre Tarek Faoual, représentant de Sonatrach au Liban. Selon le quotidien libanais l’Orient-le Jour, « dans les faits, l’Etat libanais avait conclu, en 2005, un contrat avec l’entreprise publique algérienne Sonatrach pour livrer du fuel aux centrales électriques de Jiyeh (Chouf) et de Zouk (Kesrouan). La société algérienne avait alors conclu, tour à tour, des accords avec la société Hypco, présidée par Bachir Bassatni, et le groupe ZR Energy, dirigé par Teddy Rahmé, pour acheminer le carburant qui, une fois arrivé au Liban, était contrôlé par des sociétés d’inspection, dont PST. Lorsqu’en mars dernier, Electricité du Liban (EDL) avait pris livraison d’une nouvelle cargaison affrétée par le navire « Baltic », le Directeur des opérations de la société MEP en charge du fonctionnement des centrales électriques, Yehia Maouloud, a constaté que ce fuel endommageait les équipements de production des nouvelles centrales construites en 2017 à Jiyeh et Zouk ». Le 11 mai des mandats d’arrêt dans le cadre de la même affaire ont été lancés contre Teddy Rahmé, PDG de ZR Energy, la compagnie chargée de l’acheminement des carburants, et contre Ibrahim Zouk, directeur exécutif de la même compagnie. L’affaire vire au scandale au Liban et certains médias comme Al-Akhbar s’interrogeaient sur le maintien du contrat entre le Liban et Sonatrach y voyant un substrat politique.
« Problème
libano-libanais »
Selon L’Orient-le Jour, le gouvernement libanais a pris cette décision pour éviter une pénurie de fuel qui causerait une réduction de la production du courant électrique pendant les six prochains mois. Arguant que « la résiliation d’un contrat exige des raisons valables et des motifs bien précis, assurant qu’aucune des deux parties n’a intérêt à opter pour ce choix à l’heure actuelle ». De son côté, le ministre libanais de l’Energie Raymond Ghajar a révélé avoir reçu une communication de la Sonatrach portant sur la nécessité pour le Liban de respecter le contrat conclu en acceptant de son côté de remplacer le fuel jugé défectueux par un autre de bonne qualité, rapporte l’Orient-le jour. Selon ce journal, le chef de la diplomatie libanaise Nassif Hitti et la ministre libanaise de la Justice Marie-Claude Najm « se sont vu chargés de mener des contacts avec les autorités algériennes pour suivre les développements de l’affaire. Mme Najm entend entrer en contact avec son homologue algérien et Hitti, a rencontré l’ambassadeur d’Algérie à Beyrouth, Abdelkrim Rekaïbi ». Pour rappel, Sonatrach Petroleum Corporation (SPC), filiale de la compagnie nationale d’hydrocarbures, a « totalement réfuté » les informations selon lesquelles un haut cadre de Sonatrach serait impliqué dans ce différend. La filiale de Sonatrach rappelle, en outre, qu’elle a toujours respecté ses engagements contractuels d’approvisionnement vis-à-vis de son partenaire libanais. La SPC s’est dite extrêmement confiante et sereine quant à l’issue de cette affaire afin que « les deux parties parviennent à un accord qui préserve leurs intérêts mutuels et consolide l’excellente relation commerciale qui les lie depuis 15 ans ». Mercredi dernier, le porte-parole de la Présidence de la République a indiqué que le président Abdelmadjid Tebboune avait ordonné au ministre de la Justice d’ouvrir une enquête sur cette affaire. La Présidence a qualifié l’affaire de problème libano-libanais. n