Dans un monde normal, tout devrait aller bien quand une équipe finit championne dans son pays et dispose d’une entreprise étatique avec une manne financière conséquente. Mais ce n’est pas le cas pour le CR Belouizdad qui a perdu son maître à jouer et son entraîneur en l’espace de quelques jours. La direction n’a pas pu renouveler le tandem. Des départs assez sensibles, alors qu’un décisif tour préliminaire de Ligue des Champions se profile. Après l’allégresse, les supporters grondent.

Par Mohamed Touileb
Dans le collimateur, il y a deux personnes et pas des moindres. Il s’agit de Hocine Yahi, directeur sportif, mais aussi Mohamed Abrouk, président du conseil d’administration (CA), qui sont deux légendes du club. Parachutés dans des postes assez importants pour ce qui est de la gestion de l’équipe, notamment pour le premier nommé, ils semblent être complètement dépassés par la situation que vit le club en cette fin de saison. Le sacre en Ligue 1 devait être synonyme de stabilité et un aboutissement pour un projet pérenne qu’était celui prôné par Madar Holding, actionnaire majoritaire du club. En l’espace de deux saisons et demie, les Belouizdadis ont réussi à retrouver leur superbe après avoir frôlé la relégation lors de l’exercice 2018-2019. Sur cette période, les « Rouge et Blanc » ont remporté une Coupe d’Algérie, une Supercoupe d’Algérie et deux boucliers de champion. Cela fait quatre trophées en deux ans et demi, une quête remarquable.

Notoriété sur terrain glissant
Sportivement, la réussite est là. Et c’est grâce à une solide ossature que les gars de Laâquiba ont pu asseoir leur domination sur le plan local. Parmi l’effectif, il y avait aussi un élément à l’apport certain. Il s’agit du dépositaire du jeu : Amir Sayoud. Bien qu’il soit un véritable « impact player », les responsables ont vu une modeste formation qui a été promue cette année en D1 d’Arabie saoudite le leur chiper. Certes, l’offre d’Al-Tae’e était conséquente avec un salaire équivalant à 900 millions de centimes mensuels, il faut reconnaître que Yahi a probablement mis beaucoup de temps et manqué de persuasion pour convaincre le numéro 10, auteur de 40 buts et 25 offrandes en 84 apparitions depuis qu’il a rejoint le « Chabab » le 02 janvier 2019, de rempiler. Et ce, même si le propriétaire était disposé à casser la tirelire pour que l’ancien usmiste reste. La même chose s’est passée avec le coach Zoran Manojlović qui a rejoint Sayoud chez le nouveau sociétaire de l’élite saoudienne.

Les vérités de Manojlović
Le technicien serbe n’a pas hésité à charger le board chababiste en déclarant que : « la direction du CRB n’est pas du tout professionnelle et sa gestion n’est pas en adéquation avec le statut sportif qu’a atteint le club.
Je me plaisais bien au Chabab et j’étais disposé à rester mais les responsables ne m’ont pas proposé de prolongation. Et puis, comment mettre autant de temps pour faire une offre sachant qu’on était leaders en comptant une large avance sur les concurrents ?» Le constat de Manojlović révèle un bricolage avéré dans l’aspect managérial. Plus loin encore, le désormais ex-driver déplorera le fait qu’il s’est « senti abandonné » lorsqu’il était hospitalisé pour une contamination à la COVID-19 : « J’étais malade et on ne m’a même pas versé mes salaires de juin, juillet et août ni les primes. Al-Tae’e m’a proposé le double de ce que je touchais au CRB.» Et pour asséner le coup de grâce, il a précisé que Karim Bensalem Sebaï, son adjoint qui avait assuré l’intérim en son absence avec réussite, le rejoindra à Al-Tae’e.
En gros, face à Akwa United FC le 12 septembre prochain en tour d’écrémage de Ligue des Champions CAF, le champion d’Algérie sera, peut-être, sans entraîneur principal et certainement sans son habituel homme fort dans le onze. Tous les éléments sont là pour accentuer le risque et la crainte de voir le CRB déjouer. C’est le football Dz dans toute sa médiocrité reflétant une gestion désastreuse et apeupriste.