Le patrimoine culturel tangible et intangible a toujours constitué et constitue encore l’identité des peuples, a souligné l’archéologue Chenoufi Brahim.

pAR Linda Berrahal
«(……) Leur source de fierté est une source d’inspiration aux générations montantes, particulièrement dans les pays nantis et où la culture occupe une place de choix dans la société», dit-il. Tout en ajoutant : «Toutefois, et faisant face à une mondialisation inexorable de la culture et du modèle occidentaux, voire américains, et devant la fragilité, en revanche, de ces héritages ancestraux et de l’irréversibilité en cas de perte d’un fragment de monument ou d’une oeuvre d’art, il devient impératif de tout mettre en œuvre pour protéger notre patrimoine culturel. D’abord, contre nous-mêmes, de peur de sa marginalisation, des agressions multiples qu’il subit.» L’archéologue a souligné la nécessité de mener une lutte pour préserver notre patrimoine culturel si les professionnels du patrimoine agissent en collaboration avec certaines associations. Le succès ne peut être obtenu qu’à la seule condition d’impliquer le citoyen afin de le sensibiliser autour de la question de son propre environnement dont notamment le patrimoine culturel. «(…) Or ce même citoyen reste peu sensible et enthousiaste aux diverses manifestations culturelles concoctées pour lui pour l’amener à saisir toute l’importance des valeurs de son patrimoine culturel. Un seul acteur, s’il venait à pleinement et durablement s’engager aux côtés des professionnels du patrimoine dans la conscientisation des citoyens autour du patrimoine, permettrait à coup sûr d’obtenir des résultats inespérés de sauvegarde et de valorisation de notre patrimoine culturel et à en tirer le plus grand profit. Car, de nos jours, les enjeux autour du patrimoine culturel sont capitaux. Des nations entières, celles détenant des biens culturels riches et diversifiés, édifient leur économie sur les revenus non pas du pétrole mais bel et bien d’une ressource, le tourisme culturel. Et cet acteur, c’est le journaliste.» Dans ce sillage, Chenoufi Brahim a rappelé que l’Unesco, consciente du rôle du journaliste dans la défense du patrimoine, par la vulgarisation, la présentation, l’illustration… sensibilise celui-ci dans le monde entier sur ce devoir. Dans ce cadre, divers séminaires ont abordé la question de la formation des journalistes sur les enjeux de la conservation du patrimoine. Il s’agit pour les journalistes de mieux maîtriser les concepts et la terminologie de la conservation du patrimoine. Dans le détail des programmes, tient-il à analyser, le journaliste prend connaissance de l’historique des idées qui ont conduit à l’élaboration des chartes universelles, telle la Charte d’Athènes (1931), de Venise (1964), de Rome, la déclaration de Nairobi, de Nara, la convention de Buenos Aeres, etc. «Il devra connaître les théories et thèses d’Eugène Viollet le Duc (1814/1879), de John Raskin (1819/1900) de Camillo Boito (1944/1936) sur les théories de la restauration des œuvres historiques et artistiques, sur les définitions de la convention du patrimoine mondial, les recommandation relatives aux fouilles archéologiques, sur les principes de restauration, les déontologies muséologiques, sur les lois relatives à la protection du patrimoine culturel, sur les compétences et les attributions de la commune et de la wilaya en matière de la culture, sur les notions des servitudes du patrimoine protégé, pourquoi pas sur les méthodes de fouilles, les textes régissant les aménagements urbains et ruraux, sur l’histoire de l’art, etc.» Le journaliste, souligne le conférencier, qui se saisit d’un sujet culturel et le traite superficiellement parfois en manquant de données ou de maîtrise des lois spéciales, des courants artistiques ou des techniques convainc moins ses récepteurs. Avec son implication dans le domaine, le journaliste doit se former, se spécialiser au vaste monde culturel pour ensuite s’engager avec les professionnels du patrimoine, en vue de le défendre par la vulgarisation des connaissances archéologiques, artistiques, historiques, ethnographique, etc., par le reportage, l’émission radiophonique ou télévisuelle, par l’article et l’illustration. «C’est d’ailleurs dans cet objectif qu’il a été créé au Canada (à l’université de Laval) un Institut des journalismes du patrimoine avec la collaboration de l’Ecole supérieure (française) de journalisme. Laval obtient de l’Unesco une chaire «Patrimoine culturel et journalisme». Chenoufi a affirmé l’existence d’un prix ANSA (Agence de presse internationale) pour le bassin méditerranéen constitué d’un réseau d’Agences de presse nationales. Cette agence récompense l’auteur du meilleur article sur un exemple de coopération régionale (inter méditerranéen, Nord-Sud ou Sud-Sud) en matière de développement culturel ou de valorisation ou de sauvegarde du patrimoine. Même en France, il existe la «Demeure historique», pour ne citer que la plus médiatisée, qui est une association ayant pour mission la sensibilisation de la presse autour de la question de la préservation du patrimoine, récompense depuis 1990 des journalistes qu’elle considère acteurs de la sauvegarde du patrimoine. «(…) De la coopération entre les professionnels de la presse et ceux du patrimoine dépendent aussi les succès de lutte pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine, expression séculaire de nos peuples et témoins du parcours de l’Humanité.»
Dans sa conclusion, Chenoufi a appelé les concernés à s’unir pour protéger ce legs. «Les associations des professionnels de la presse en Algérie doivent être de la partie pour initier de telles entreprises, celles du patrimoine auront un grand rôle à jouer. Mais pour réussir, la première étape doit être celle de la formation des journalistes, en des cycles de stages périodiques, dans les multiples domaines du patrimoine. Dans les formes de sa gestion, dans les techniques relatives à la recherche de laboratoire et les méthodes de fouilles archéologiques, les applications des principes fondamentaux de restauration lors des opérations qui touchent, soit le monument historique ou l’objet archéologique, dans les musées ou dans les centres de recherche spécialisés. Comme il est important qu’il soit au diapason pour tout ce qui touche les textes législatifs relatifs au patrimoine culturel. Il reste que c’est un engagement personnel du journaliste, dans cette voie, et une conviction personnelle pour un tel choix.»