Des linguistes et des chercheurs ont souligné lundi soir lors d’une conférence-débat organisée au théâtre Amar El Askri de la ville de Bouira, le rôle de l’œuvre de l’écrivain et anthropologue Mouloud Mammeri, dans la sauvegarde du patrimoine immatériel national. Au cours de cette conférence organisée dans le cadre de la célébration du mois du patrimoine (18 avril-18 mai), à laquelle a assisté un public nombreux, des chercheurs et des linguistes ont mis en exergue «le grand apport» des œuvres de Mouloud Mammeri dans la sauvegarde et la préservation du patrimoine culturel immatériel à travers une série d’écrits sur les us et les traditions et autres aspects culturels en Algérie. «L’écrivain Mouloud Mammeri était un précurseur dans la préservation et la valorisation du patrimoine immatériel qui est primordial pour toute civilisation humaine», a souligné l’archéologue et chercheur en culture et langue amazighe, Hamid Bilek.
A travers ses œuvres comme l’Ahellil du Gourara (1984), les poèmes kabyles anciens (1980), la colline oubliée (1952) et l’Opium et le bâton (1965), l’auteur «a pu réhabiliter l’âme de l’Algérien, à savoir le patrimoine culturel immatériel» a-t-il dit en rappelant que l’Algérie est le premier pays à avoir ratifié en 2004 la convention de l’Unesco pour la sauvegarde du patrimoine immatériel. Mouloud Mammeri a laissé un «legs incommensurable» en retraçant, dans ses œuvres et travaux de recherches, la vie, les us et les traditions culturelles qui constituent un patrimoine immatériel important pour l’histoire de l’Algérie et de son peuple. «Le patrimoine immatériel est primordial car il constitue l’âme de toute civilisation et l’histoire des nations à travers le monde», a souligné M. Bilek. Pour le même intervenant, les langues maternelles constituent aussi un vecteur principal dans la préservation de ce patrimoine immatériel. «L’Algérie dispose de plusieurs sites classés par l’Unesco comme patrimoine matériel universel comme Timgad, Tassili Nadjer, mais elle jouit aussi et surtout d’un patrimoine culturel immatériel considérable comme l’Ahellil du Gourara qui est devenu universel», a-t-il rappelé.
Le chercheur a relevé que «l’analyse faite par l’auteur Mouloud Mammeri dans sa recherche sur l’Ahellil du Gourara avait constitué la base du travail de la commission de l’Unesco pour l’élaboration de la convention pour la préservation du patrimoine immatériel». Pour sa part, le linguiste et chercheur Hassane Helouane, qui a participé à la conférence, a lui aussi, mis l’accent sur le rôle de la langue maternelle dans la sauvegarde du patrimoine immatériel. «La langue maternelle constitue un élément fondamental dans la préservation de ce legs.
Beaucoup de toponymes donnés au sites et aux villes du pays racontent la civilisation, l’histoire et l’origine de toute une nation», a expliqué l’orateur. Pour M. Helouane, ces appellations, qui renseignent sur l’identité des lieux et des populations, véhiculent tout un savoir et un patrimoine considérable. «C’est pour cela que nous devons tous œuvrer pour préserver ce legs», a insisté M. Helouane. n