Une anticolonialiste s’en est allée hier, lundi. Sarah Maldoror, celle dont l’arme était le 7e art, s’est éteinte à Paris des suites du coronavirus. Elle avait 90 ans, et son parcours est rempli de combats cinématographiques en luttant pour l’indépendance des pays africains, entre autres de la Guinée, de la Guinée-Bissau et évidemment de l’Algérie.

Sarah Maldoror naît en 1929 dans le Gers (sud-ouest de la France), d’un père guadeloupéen et d’une mère métropolitaine. La jeune Sarah Ducados, comme indique son nom de baptême, grandit à Toulouse. Très tôt, elle se passionne pour le théâtre. Installée à Paris, elle intègre une École de théâtre et après avoir lu Les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont, elle adopte le nom de « Maldoror », en hommage à l’écrivain.

Lire également l’hommage que lui ont rendu ses deux filles dans un texte publié hier par « Reporters » en cliquant ICI

A Paris, la comédienne qu’elle était prend conscience de la situation en Afrique. Elle rencontre et écoute des militants anticolonialistes, dont elle comprend la justesse du combat. Mais c’est en 1961 qu’elle comprit ce que peut apporter une caméra pour ce qui deviendra son combat, celui de l’émancipation des peuples du continent noir et des opprimés. Cette année là, elle avait obtenu une bourse de l’Union soviétique  pour étudier le cinéma à Moscou. Elle s’y s’investit car elle considère que le cinéma est un outil idéal pour éveiller la conscience politique des masses et pour décoloniser la pensée.

Sarah Maldoror s’implique dans la lutte des mouvements de libération en Afrique. Elle partage sa vie avec le leader membre fondateur du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), l’écrivain angolais Mario de Andrade, avec qui elle aura deux filles. Parmi ses camarades de lutte : Agostinho Neto, qui deviendra président de la République populaire d’Angola ; ou encore Almicar Cabral, fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Son engagement était tellement puissant qu’elle s’était retrouvée dans le maquis en Guinée-Bissau.

Sarah Maldoror ne pouvait pas se limiter ç un espace géographique, d’où son implication dans la lutte des militants noirs américains. Elle s’est ainsi impliquée dans le combat des fameux Blacks Panthers et également aux côtés d’autres groupes qui combattaient la ségrégation raciale aux  États-Unis.

Alors qu’elle compte à son actif plus d’une trentaine de films, elle a aussi réalisé des portraits des grandes figures de la littérature comme Aimé Césaire, Léon Gontran Damas et René Depestre. Mais également celui de Toto Bissainthe, du poète français Louis Aragon et du peintre et sculpteur espagnol Joan Miró.

Sarah Maldoror a été récompensée par de très nombreux prix pour ses films. Elle s’est vu décerner le prix du meilleur réalisateur par le Festival de Carthage ou le prix de l’Office catholique… La cinéaste a également reçu l’ordre national du Mérite par le gouvernement Français en 2011.