Le président du Conseil de l’Ordre des médecins était l’invité, hier, du forum du journal El Hiwar. Durant son intervention et lors de l’échange qu’il a eu avec l’assistance, constitué de journalistes et de gens des médias notamment, le docteur Mohamed Bekat Berkani a eu l’occasion de dresser un tableau général de la situation dans laquelle se trouve actuellement le secteur de la santé dans notre pays. Un exercice auquel il s’est adonné avec passion, engagement, et inquiétude également face à ce qu’il considère comme des éléments d’une crise qui peut s’aggraver.

« La situation de la santé en Algérie est anarchique. Il n’y est pas seulement question de fuite de médecins, mais d’un état général où le système est devenu de moins en moins à la hauteur des ambitions et des attentes, », a-t-il constaté. Mais c’est sur la question de la « fuite » des compétences médicales qu’a été focalisé l’essentiel du débat qu’il a suscité : un point qu’il a abordé avec gravité en affirmant que « les médecins algériens n’ont plus d’espoir et de foi en ce pays », a-t-il affirmé en se basant sur la récente et longue grève des médecins résidents.
« Les perturbations qui ont eu lieu ces derniers mois ont aggravé ce phénomène », a-t-il souligné, estimant que « l’Etat n’a pas répondu à leurs préoccupations » comme ils le souhaitaient, alors que des pays européens comme la France et l’Allemagne encouragent les médecins à venir travailler chez eux. Les pays du Golfe s’y mettent aussi, a-t-il ajouté.
Sur la possibilité de récupérer ces compétences, le président du Conseil de l’Ordre des médecins a indiqué qu’on est « loin de récupérer nos médecins de l’étranger », affirmant qu’« ils ne reviendront jamais » et indiquant au passage que le mieux est d’essayer de « garder les 70 000 médecins qui sont encore en Algérie ». Dans son diagnostic, le président du Conseil de l’Ordre des médecins a ajouté que ce ne sont pas seulement les médecins qui partent, mais les malades également, « qui préfèrent maintenant aller se soigner en Tunisie et en Turquie », par manque de confiance dans le service médical rendu dans nos structures sanitaires, le public en particulier.
Ce praticien déplore le fait que les pouvoirs publics ont tendance à minimiser un problème qui, prévient-il, est en train de prendre de l’ampleur et qui est exacerbé par
« certains pays » qui accordent des facilités à ces candidats à l’immigration pour les attirer.
Il estime que l’une des solutions est « d’établir un dialogue sérieux » entre les parties, « toutes les parties » concernées. Il estime que l’une des voies de sortie de la crise dans laquelle se trouve le système national de santé est que toutes les parties se débarrassent du réflexe de la démagogie et que les choses soient dites pour qu’elles soient réglées. Autrement, a-t-il prévenu, ce sont tous les acquis engrangés sur près de quarante ans et au prix fort qui risquent de s’effondrer. Les médecins pratiquent aujourd’hui un métier dont ils avaient une haute opinion et qui se retrouvent à le pratiquer dans des conditions où ils sont « mal considérés », « agressés » ou souffrant de manque de moyens appropriés. Pour illustrer l’ampleur que représente pour le pays la fuite de nos médecins, le président du Conseil de l’Ordre des médecins a indiqué que leur nombre dépasse celui des médecins syriens qui fuient la guerre dans leur pays. « Ces dernières quatre années nous avons enregistré quelque 6 500 médecins algériens qui ont quitté le pays. Et 6 000 médecins syriens qui ont fui la guerre ». Le responsable du Conseil de l’Ordre des médecins a appelé à la ’«hiérarchisation des responsabilités dans le secteur de la santé », à la « gestion du budget », à la «coordination entre les différents ministères », à « tracer une feuille de route claire », ainsi qu’au « dialogue » entre l’état et les professionnels.