La Journée mondiale de la santé, le 7 avril, est célébrée cette année dans un contexte mondial dominée par la pandémie de Covid-19 qui a causé la perte de plus de 2,8 millions de vies humaines et infecté plus de 132 millions de personnes. Cette célébration en Algérie, à l’instar des autres pays du monde, intervient dans le même contexte et une pause s’impose pour un bilan d’étape sur la gestion de cette pandémie par le système de santé algérien.

PAR INES DALI
«Cette pandémie a bien été gérée en Algérie en tant qu’affection, en tant que maladie. Depuis le début, l’Etat s’est constitué en responsabilisant les scientifiques pour essayer d’avoir le maximum d’éléments afin d’éviter la catastrophe sanitaire annoncée. Il est clair qu’aucun pays du monde ne pouvait savoir quelles seront les implications et les limites d’une telle pandémie. C’est alors que le système de santé, malgré ses carences, s’est adapté à la situation de pandémie et la gestion s’est faite au fur et à mesure», a estimé le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. Il a cité, dans ce contexte, d’abord d’adoption des gestes barrières qui étaient jusque-là inconnus, la mobilisation des personnels de santé qui ont pris en charge les malades dans des conditions très difficiles, marquées au début par le manque de moyens de prévention, les hôpitaux saturés, etc. Pour le Dr Bekkat Berkani, «l’Algérie s’en est pas mal sortie grâce à ses médecins, à ses paramédicaux et à ses autorités».
L’autre bilan d’étape sur lequel le Dr Bekkakt Berkani se penche également est celui de la prévention et en particulier le volet vaccination, à propos duquel il dit que «nous sommes très en retard par rapport à beaucoup de pays dans le monde, et particulièrement des pays analogues, c’est-à-dire de taille comparable sur le plan démographique, financier, etc.».

Les leçons à tirer…
Concernant la gestion notamment pour endiguer la pandémie, malgré un système de santé que les spécialistes qualifient de «malade» et en attente de «réformes», il faut reconnaitre que cela a été une situation bien compliquée, mais à laquelle il a été fait face avec une célérité inattendue dès le début, en consacrant pratiquement tous les services des hôpitaux à travers le pays aux malades Covid et en mettant à disposition les médicaments nécessaires et autres moyens matériels et de prévention. Beaucoup de points faibles sont apparus et il fallait faire face au manque de masques médicaux, de médicaments, de kits de tests RT/PCR mais aussi au manque de laboratoires pouvant effecteur ces analyses, sachant qu’au début il n’y avait qu’un seul laboratoire relevant de l’Institut Pasteur d’Algérie qui les effectuait. Aujourd’hui, ils sont près d’une cinquantaine sur le territoire national. Il y avait également un manque de respirateurs, appareils pourtant indispensables pour les cas graves de maladies, et d’oxygène. Petit à petit, et grâce aux efforts continus, ce sont des problèmes qui font partie du passé en l’état actuel des choses. Cependant, force est de relever que certaines carences demeurent et sont découvertes au fur et à mesure, comme c’est le cas actuellement pour les appareils de séquençage du coronavirus pour les variants.
Les insuffisances relevées tout au long de cette année de pandémie sont finalement des leçons qui doivent être prises en considération afin de ne pas vivre les mêmes situations dramatiques, comme celle de la saturation des hôpitaux lorsque le nombre de cas de contaminations était en forte hausse, pour ne citer que cet aspect. Il s’agit donc de retenir ces leçons et d’envisager les précautions à prendre dans la mesure où une nouvelle poussée de la pandémie de Covid-19 n’est pas à exclure, les spécialistes de la santé, dans leur ensemble, ne cessant d’avertir quant à l’éventualité d’une troisième vague.

… et les précautions à prendre
Interrogé à ce propos, le Dr Bekkakt Berkani, qui est également membre du Comité scientifique de suivi de la pandémie de coronavirus, estime d’abord que «nous avons là une épidémie et qu’il y en aura probablement d’autres», avant de répondre que c’est le rôle de «l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS) qui doit prendre toutes les mesures de précaution, car la gestion administrative des épidémies s’est révélée un véritable échec». Le président du Conseil de l’Ordre des médecins préconise «une gestion préventive, c’est-à-dire que cette agence doit faire des simulations par rapport à une affection générale virale ou bactériale. Donc prévoir des stocks de masques, de gels hydroalcooliques et autres moyens de prévention». Mais pas seulement. Il s’agit également pour le pays, qui a raté plusieurs opportunités d’aller vers une intégration industrielle dans le secteur médical, de ne pas avoir à gérer un problème d’approvisionnement de vaccins comme c’est le cas actuellement. L’engagement dans des partenariats s’avère une nécessité. C’est ce qui fait dire au Dr Bekkat Berkani qu’il faut «également prévoir un stock de médicaments stratégiques ou bien même avoir la possibilité de produire des médicaments stratégiques, comme les antirétroviraux et les antibiotiques, qui peuvent nous permettre de lutter contre d’éventuelles épidémies à venir». Il s’agit, selon lui, d’essayer d’ores-et-déjà d’avoir d’autres sites de production de vaccins, comme cela se fait actuellement dans le cadre du partenariat avec l’institut russe Gamaleïa pour la production du Sputnik V en Algérie, car «aujourd’hui nous luttons contre le coronavirus, demain ce sera contre un autre virus».
Il ajoute que «cette pandémie doit nous donner des leçons pour pouvoir établir des plans ORSEC médicaux, à savoir organiser les secours médicaux, faire le décompte des places de réanimation, le décompte des services qui sont les premiers impactés, et ce, afin de ne pas être pris au dépourvu comme on l’a été pour pas mal de choses». On ne peut, cependant parler de tous ces aspects sans évoquer l’élément humain qu’est le personnel soignant du secteur public dont trois syndicats organisent une grève aujourd’hui, à savoir le SNPSP, le SAP et le SNECHU qui remettent sur le tapis leurs revendications socio-professionnelles et lancent un «appel au président de la République qui, en avril 2020, annonçait des mesures de restructuration totale du système de santé en même temps que l’amélioration des conditions de travail et l’octroi de la prime d’encouragement», peut-on lire dans leur communiqué. «Ils se demandent où en est-on aujourd’hui de ces mesures annoncées ?» La colère a gagné également le SNPSSP qui évoque une «situation catastrophique vécue par les praticiens spécialistes de la santé publique et alors que la survie même du secteur public de santé est en jeu». Il appelle lui aussi à «l’intervention urgente du Président de la République pour mettre un terme à ce statu quo mortifère (…) en attendant les mesures structurelles de nature à améliorer la gouvernance générale du secteur de la santé dans le cadre d’une véritable politique de santé». Le malaise prend donc de l’ampleur dans les rangs des personnels soignants du secteur public et ses conséquences probablement des répercussions sur les malades… d’où l’urgence d’une solution pour le bien de tous.