« L’avenir de la pharmacie ne doit pas se cloisonner en une entité qui marchande comme une supérette, mais ça doit être un organe qui soigne en redevenant un acteur thérapeutique », prône Lotfi Benbahmed, président du Conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP) en marge du Salon international des produits pharmaceutiques (Siphal).

En effet, les officines mènent un autre combat que celui des importateurs et autres producteurs de produits pharmaceutiques. Il s’agit de la nouvelle loi sanitaire, adoptée par le Conseil des ministres, et qui devra être débattue par les deux chambres du Parlement. Ainsi, cette loi très attendue, devra encore attendre la préparation des décrets d’application. « L’Ordre national des pharmaciens a mené des travaux pour rédiger un livre blanc présenté au ministre de la Santé, Abdelmalek Boudiaf qui l’a bien reçu et l’a remis aux services de la Direction de la pharmacie et du médicament. Pas moins de 64 de nos propositions ont été intégrées au projet de loi », s’enorgueillit le président du CNOP. Lotfi Benbahmed espère « une révolution réglementaire » qui attend le secteur pharmaceutique. Une révolution qui tarde à venir, mais le responsable espère la voir débattue au lendemain des prochaines législatives. A noter que parmi les attentes des représentants des officines quant à la nouvelle loi, figure l’élargissement de la définition du médicament. « Pour faire face aux dérives des herboristeries, il faut combler le vide réglementaire existant en nous appropriant les produits de phytothérapie », confie un pharmacien, interrogé sur les affaires dont celle médiatisée de Cheikh Belahmar et du désormais scandale RHB. « Ce sont des personnes qui parviennent à occuper le marché avec des moyens colossaux que n’ont pas les officines. Ils commercialisent des produits falsifiés qui ont une forme pharmaceutique », estime pour sa part un responsable d’officine. Autre axe de travail prôné par les professionnels du secteur pharmaceutique, la promotion des produits « utilisés pour les petits symptômes ». « Les produits sans ordonnance sont de plus en plus marginalisés », indique la responsable marketing d’un fabriquant local de médicaments. « Nous subissons les produits étrangers qui bénéficient de beaucoup de publicité dans d’autres pays. Il faudrait que nos produits aussi aient accès à la publicité », rappelle-t-elle. Ce qui, selon la responsable, permettrait de « consommer moins de médicaments remboursés. Cette alternative est moins lourde et avec moins d’effets secondaires ». Concernant les laboratoires, « la loi sur les établissements pharmaceutiques est fondamentale », affirme Lotfi Benbahmed. « L’ouverture du marché au début des années 1990 a ouvert le champ dans des conditions inégales. Avec la nouvelle loi sanitaire, aujourd’hui, les importateurs contrôlés. Ce qui assure la traçabilité des médicaments », explique le premier responsable du CNOP. L’article 306 de cette loi « donne un statut juridique aux grands laboratoires internationaux, qui travaillaient tels des bureaux de liaison sans être engagés juridiquement en Algérie. Désormais, ils ont un statut juridique», confie Lotfi Benbahmed. Par ailleurs, les professionnels présents au Siphal ont appelé à la professionnalisation du secteur, notamment au profit des pharmaciens-assistants, « pour créer des postes d’emploi mais aussi pour participer à l’éducation thérapeutique des patients », indique-t-on.
Objectif à terme, assurer un suivi rigoureux des patients « qui n’ont pas accès régulièrement à leurs médecins » à travers une formation « initiale et continue ancrée juridiquement », précisent des représentants pharmaceutiques.