Synthèse de Selma Allane
Pfizer Pharm Algérie a organisé hier à Alger, à l’occasion de la semaine mondiale de sensibilisation aux antimicrobiens, une table ronde intitulée «Parlons résistance aux antibiotiques». Cette rencontre dédiée aux médias a été animée par la Professeure Nassima Achour, Chef de service Infectiologie à l’hôpital El Kettar, et la Professeure Hanifa Ziane, Chef de service de microbiologie du même établissement hospitalier. Modérée par la docteure Khalida Rahal, Directrice médicale à Pfizer Algérie, elle a porté sur la nécessaire sensibilisation du public au sujet des antimicrobiens et à la résistance aux antibiotiques, à l’occasion de la semaine mondiale de sensibilisation aux antimicrobiens qui se tient chaque année du 18 au 24 novembre.
Contre la résistance aux antibiotiques, la recherche et la production de médicaments sont une nécessité, a-t-on appris. Or, la COVID-19 «a menacé les avancées réalisées, faisant alors de cette dernière une menace encore plus importante», ont affirmé les participantes. «La pandémie a montré qu’il était essentiel de trouver de nouvelles solutions pour freiner la propagation des maladies infectieuses et de la résistance aux antimicrobiens».
La résistance aux antibiotiques, qu’on appelle aussi l’antibiorésistance et qu’on désigne également par l’acronyme RAM, est susceptible de compromettre des années d’avancées médicales, notamment de pratiques d’interventions chirurgicales, de néonatalogie et de réanimation, de traitements contre le cancer comme les chimiothérapies, et de greffes d’organes. A ce sujet, le constat de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est inquiétant : «Le pipeline clinique de nouveaux antimicrobiens est à sec.» En 2019, l’OMS n’a identifié que 32 antibiotiques en développement clinique qui répondent à sa liste des agents pathogènes prioritaires, dont seulement 6 ont été classés comme «innovants». De plus, l’instance internationale s’alarme des pénuries d’antibiotiques qui touchent des pays à tous les niveaux de développement.
Sur l’Algérie, il n’y a pas de chiffres précis, mais on estime que l’antibiorésistance provoque 1,27 million de morts dans le monde, selon des chiffres de l’OMS en 2019. En l’absence d’action par les gouvernements, les ‘industries, et les sociétés, la RAM pourrait causer 10 millions de décès dans le monde chaque année d’ici 2050 – un chiffre plus important que celui lié au cancer actuellement. Selon les résultats de l’étude la plus complète jamais réalisée à ce jour sur l’importance de la RAM à l’international, publiée par The Lancet en janvier 2022 (le rapport de Recherche mondiale sur la Résistance aux antimicrobiens), le taux de mortalité directement causée par la RAM est plus élevé en Afrique subsaharienne et en Asie du sud, avec 24 et 22 décès pour 100 000 habitants respectivement, par rapport aux pays à hauts revenus, où il est de 13 décès pour 100 000 habitants. Au cours de son intervention, Professeure Nassima Achour a souligné que «l’antiobiothérapie» est un domaine où la recherche reste fondamentale et adaptée au terrain dans lequel les praticiens interviennent. De son côté, Professeure Hanifa Ziane a expliqué que «l’antibiorésistance est un problème qui concerne tout le monde et de façon quotidienne. Nous sommes tous concernés aussi bien le professionnel de santé que le citoyen», ajoutant que «l’objectif est d’agir très rapidement pour maintenir le plus longtemps possible l’action des antibiotiques». Pour la docteure Khalida Rahal, «les programmes de recherche et développement de Pfizer sont alimentés en continu, ces projets portent en ce moment sur 11 programmes de développement clinique dans le domaine des anti-infectieux -au 1er novembre 2022». Le constat général est à la désertion des multinationales pharmaceutiques des domaines de recherche contre l’antibiorésistance. Pour Pfizer, «le potentiel de marché pour de nouveaux antibiotiques est limité, notamment à cause du coût élevé du développement des antimicrobiens, du risque important d’échec, des longs délais, et de la conscience croissante du besoin de limiter leur utilisation». En dépit du contexte actuel difficile en matière de recherche et développement d’anti-infectieux, le groupe continue «d’évaluer les opportunités et partenariats qui s’offrent». Il est «l’un des rares groupes pharmaceutiques encore actif en matière de (R&D) recherche et développement d’anti-infectieux», lit-on dans un communiqué publié hier. <