La pandémie de la Covid-19 a fait reculer le dépistage de la tuberculose, une situation qui menace de réduire à néant les progrès de ces dernières années dans la lutte contre cette maladie, jusque-là principal tueur infectieux, a averti l’OMS hier mercredi.
«L’impact de la pandémie sur les services de lutte contre la tuberculose a été sévère», a déclaré le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans le rapport annuel de l’Organisation. Engagés dans la lutte contre le nouveau coronavirus, les pays les plus touchés par la maladie infectieuse ont omis de la diagnostiquer, relève le document de l’OMS.
Les auteurs du rapport estiment que la maladie pulmonaire pourrait faire cette année entre 200 000 et 400 000 morts de plus que les 1,4 million de 2019. Une augmentation de 200 000 morts renverrait le monde à 2015, une hausse de 400 000 à 2012. Avant la pandémie de coronavirus, les progrès réalisés dans la lutte contre la tuberculose étaient déjà jugés trop lents malgré l’existence d’un remède. Les données rassemblées par l’OMS dans les pays les plus touchés montrent « une forte baisse de la notification des cas de tuberculose en 2020», déplore son Directeur général.
Déjà début mai, le département Halte à la tuberculose de l’OMS avait estimé que trois mois de confinement pourraient aboutir à 6 millions de nouvelles infections et 1,4 million de morts supplémentaires de la tuberculose entre 2020 et 2025. En Inde, pays le plus touché, les notifications hebdomadaires et mensuelles ont chuté de plus de 50% de fin mars à fin avril suite à l’imposition d’un confinement, pointe le rapport. Une tendance similaire à celle enregistrée en Afrique du Sud entre mars et juin derniers. La Covid-19 ayant fait reculer le dépistage de la tuberculose, les gouvernements doivent élaborer un plan de rattrapage. Outre le confinement qui complique l’accès des patients aux centres de soins, les impacts négatifs de la pandémie sur les services essentiels de lutte contre la tuberculose sont nombreux, la Covid-19 vampirisant le personnel soignant et les ressources financières et techniques, explique-t-on.
Il est possible de traiter la tuberculose par la prise d’antibiotiques pendant plusieurs mois, et l’OMS estime que le diagnostic et le traitement ont permis de sauver 58 millions de personnes entre 2000 et 2018. Mais la maladie reste l’une des 10 premières causes de mortalité dans le monde, en raison notamment que les symptômes peuvent rester bénins pendant de nombreux mois. Si elle sévit dans le monde entier, plus de 95% des cas et des décès se produisent dans les pays en développement. En 2019, 44% des cas ont été signalés Asie du Sud-Est, 25% en Afrique, 18% dans le Pacifique occidental et 8,2% dans les pays de la Méditerranée orientale. Mais 8 pays ont totalisé les deux tiers des nouveaux cas ; Inde, Indonésie, Chine, Philippines, Pakistan, Nigeria, Bangladesh et Afrique du Sud. Seuls 78 pays se trouvaient en bonne position – avant la pandémie – pour atteindre les objectifs fixés pour 2020. La maladie, qui est aussi vieille que l’humanité, a été contractée par 10 millions de personnes supplémentaires en 2019, un nombre en léger recul ces dernières années, remarque le rapport. L’an dernier, environ 1,4 million en sont mortes (dont 208 000 porteurs du VIH), des chiffres qui là aussi ont reculé mais «pas assez vite» pour atteindre les jalons fixés à fin 2020 dans la stratégie pour mettre fin à la tuberculose d’ici à 2030, relève l’OMS.