C’est une autre page risquée qui s’ouvre dans le bras de fer entre les médecins résidents,  en grève illimitée, et le ministère de la Santé. La réunion, qui a regroupé, hier, Mokhtar Hasbellaoui et les délégués du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), s’est terminée en queue de poisson.

Alors que l’on s’attendait à un dénouement heureux, d’autant que le ministre avait promis qu’il allait exposer des solutions que le gouvernement comptait apporter aux problèmes posés par les blouses blanches, voilà qu’« il se dit dépassé et incapable de satisfaire les résidents », affirme un membre du bureau national du Camra ayant assisté à la rencontre. Notre source explique que sur l’ensemble des points inscrits dans la plateforme de revendications, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière « n’a fait que dégager sa responsabilité ».
« Sur la question du service civil, il nous a fait savoir que le dossier est désormais au niveau de l’Assemblée populaire nationale (APN) qui doit en définir la nouvelle formule, dans le cadre du projet de loi sanitaire, sans aucun détail. Tout comme le service national, sur lequel il a avoué être dans l’incapacité d’y répondre car il s’agit d’une question qui dépend directement des prérogatives du ministère de la Défense nationale (MDN) », précise encore le délégué du Camra, ayant préféré s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. Ce n’est pas tout. Même au sujet de l’amélioration de la formation médicale, Mokhtar Hasbellaoui s’est contenté, selon notre source, de réorienter ses hôtes vers son collègue Tahar Hadjar, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, dont le département est « en charge de ce dossier ». Quant au statut particulier des médecins résidents, le ministre de la Santé, qui dit avoir consulté le Premier ministre Ahmed Ouyahia, sur tous les points, a réservé un non catégorique, estimant risqué d’ouvrir ce dossier, car cela pourrait pousser d’autres catégories professionnelles du secteur à réclamer la même chose. « La réunion n’a finalement servi à rien, si ce n’est à écouter pendant une vingtaine de minutes, le ministre qui a tout renvoyé vers les autres ministères et le Premier ministre », estime le représentant du Camra, tout en affichant une compréhension totale de la situation du professeur Mokhtar Hasbellaoui qui « semble avoir les mains liés ».
Cependant, ce n’est pas pour autant que la réunion se termine sur aucun résultat, car les médecins résidents disent vouloir au moins voir le ministre constituer un groupe de travail qui se penchera à moyen terme sur toutes les questions, en essayant de trouver des solutions adéquates qui vont avec les conditions dans lesquelles se trouve le secteur de la santé, ou encore de fixer d’autres réunions. Hélas, la rencontre d’hier a été tellement à sens unique que les délégués du Camra sont ressortis en colère et surtout déçus avec un sentiment de « mépris » de la part du gouvernement. Une fin qui ne fait qu’empirer les choses, puisque l’on est loin de la fin du mouvement. Le gouvernement d’Ouyahia, croyant jouer cartes sur table avec les résidents, a ouvert la boîte de Pandore dans ce bras de fer. En grève illimitée depuis le 24 décembre dernier, les médecins résidents étaient encore en consultation, hier en fin de journée, pour décider des suites à donner à ce mouvement qui dure depuis près de deux mois. Après des sit-in et des marches à l’intérieur des CHU, les blouses blanches pourraient tenter de mener la protesta dans la rue, histoire de mettre plus de pression sur les autorités. Le risque de dérapages dans ce cas n’est pas à écarter. Ceci, sans parler des conséquences que cette impasse, dans les négociations entre le ministère et le Camra, pourrait avoir sur le bon fonctionnement de la prise en charge des malades dans les hôpitaux et autres structures de santé à travers le pays. C’est dire qu’après plusieurs semaines, le mouvement fait un saut vers l’inconnu, mettant à dos le gouvernement qui aura une fin d’année très chargée sur le front social.