En grève illimitée depuis décembre dernier, les médecins résidents refusent toujours de lâcher prise en poursuivant leur mouvement de protestation et cela jusqu’à satisfaction de leurs revendications. Une action de débrayage certes légitime, mais qui paralyse l’ensemble des centres hospitalo-universitaires malgré le service minimum.

D’après le Pr Bouzid Addad, chef de service gynécologie obstétrique et président du Conseil scientifique au CHU Mustapha-Pacha a affirmé à l’APS que son service « n’a pas été trop affecté par la grève étant un service d’urgences médicales qui travaille 24H/24 », ajoutant que de « nombreux autres services ont connu des perturbations concernant les soins et les rendez-vous médicaux ».
C’est le cas du service ORL qui a enregistré un ralentissement de 50% à cause de la grève des médecins résidents.
De son côté, le représentant du Comité algérien des médecins résidents Mohamed Taileb a affirmé que le « gel de la grève » n’est pas du tout « envisageable ». « Malgré les différentes réunions avec la tutelle aucune de nos revendications n’a été satisfaite, le ministre est certes ouvert au dialogue mais nous avons compris qu’il n’avait pas les cartes en main. Nous avons parcouru un long chemin jusque-là, le boycott de l’examen de DEMS qui est l’examen final des études médicales spécialisées est un fait historique, il est donc hors de question de revenir en arrière, les résidents se sont mobilisés sur l’ensemble du territoire national c’est du jamais vu », a fait savoir Mohamed Taileb de Camra. Cependant, notre interlocuteur nous a fait part du mécontentement des médecins biologistes dont les revendications ont été débattues avec le ministre mais sans pour autant être évoquées dans le PV de la réunion. Un oubli que les résidents en biologie ont jugé « suspect » et une manière de fuir ses engagements pour la tutelle. En plus de la grève illimitée, Camra envisage de tenir des sit-in de protestation dont les dates et lieux seront décidés plus tard par les comités régionaux. Rappelons que Camra a initié ce mouvement de protestation pour réclamer un meilleur encadrement du service civil, la levée de l’obligation du service militaire et dénoncer la dégradation des structures de santé.

Réunion SAP-ministère aujourd’hui
De leur côté, les paramédicaux ont eux aussi décidé de hausser le ton en entamant une grève de trois jours depuis dimanche dernier. Une action initiée par le Syndicat algérien des paramédicaux (SAP) qui a été largement suivie au point de paralyser certains services. En effet, la grève des paramédicaux a provoqué « une paralysie totale » dans la programmation des interventions chirurgicales dans le CHU Mustapha-Pacha a fait savoir le chef de service ORL Djamel Djenaoui, appelant les pouvoirs publics « à prendre des mesures urgentes pour régler ce problème ».
Un avis partagé par le Pr Lahbib Douaghui, chef de service des maladies thoraciques et respiratoires au CHU Hassani-Issaad (Beni Messous), regrette cette situation de blocage induite par la grève de ces deux corps, appelant les pouvoirs publics à « trouver des solutions urgentes à leurs problèmes avant que la grève n’entraîne une paralysie totale de l’activité au sein des hôpitaux algériens.
Après une grève de deux jours, les 8 et 9 janvier dernier, une action sans suite, le SAP a décidé de reconduire son mouvement de protestation. Outre l’application des acquis du statut particulier, à savoir le rattachement de la formation paramédicale à l’enseignement supérieur (formation LMD), le syndicat dénonce le retard accusé dans l’élaboration des arrêtés interministériels (MSPRH-MESRS), malgré les différentes promesses faites à ce sujet depuis trois ans. Il dénonce aussi le blocage délibéré dans l’ouverture du plan des carrières de la corporation paramédicale (ATS, IDE, ISP), Amar et sages-femmes. « Nous n’arrivons pas à comprendre l’attitude du ministre de la Santé qui continue à faire la sourde oreille à nos revendications sans oublier le fait qu’il nous ait accordé que très peu de temps pour débattre. On ne peut recevoir un syndicat pendant deux heures et accorder une demi-heure à un autre, cela est injuste ! », a déploré Ghachi Lounès, président du SAP. Cependant, et suite à cette action de protestation, le syndicat a été convoqué au ministère de la Santé pour une réunion de travail aujourd’hui. Peu enthousiaste, notre interlocuteur nous a affirmé qu’en cas de non satisfaction des revendications du SAP, le mouvement de grève sera reconduit. « Le syndicat a prévu d’entrer en grève de trois jours chaque semaine et cela jusqu’à la prise en charge de nos revendications », a-t-il annoncé.