Lors des 3es rencontres algéro-françaises de la santé, qui se sont tenue hier à Alger, la vaccination a été placée au cœur des préoccupations des intervenants algériens et français.

Pour le premier atelier consacré aux «évolutions récentes des politiques de prévention et dépistage des maladies transmissibles et non transmissibles», Bensenouci Abdelatif, professeur en pédiatrie au CHU de Beni Messous, a abordé la question de la vaccination en Algérie, en soulignant les énormes efforts consentis par les autorités pour l’amélioration du taux de couverture des vaccins. «L’Algérie est en train de faire de grands progrès et d’évoluer en matière de vaccination, preuve en est, la future mise en place d’un nouveau calendrier de vaccination en 2019, ainsi que l’éradication définitive de la poliomyélite », a-t-il fait savoir. Le professeur a, par la suite, déploré l’apparition d’un nouveau phénomène qui est l’hésitation des parents à faire vacciner leurs enfants, en invitant les autorités à multiplier les opérations de sensibilisation auprès des habitants des zones rurales, mais aussi des personnels soignants. « Le problème aujourd’hui est que le personnel soignant ignore à quel point les maladies qui nécessitent des vaccins peuvent être dangereuses, même mortelles. C’est pour cela qu’ils ont tendance à minimiser les risques de la non-vaccination », a-t-il argumenté. Le spécialiste a aussi noté, lors de sa communication, que les épidémies ont tendance à apparaître dans les régions du Sud, des « déserts médicaux », avant de s’étendre vers le Nord. « Nous avons effectué des contrôles et le respect de la chaîne de froid se fait de mieux en mieux. Le problème réside en les populations nomades qui ne se dirigent pas vers les centres médicaux et ne font pas vacciner leurs enfants », a-t-il souligné. Pour remédier à cela, le professeur a préconisé une meilleure prise en charge sanitaire des populations nomades, notamment en incitant les pédiatres à se déplacer vers cette catégorie. Pour sa part, le Dr Philipe Evrad a salué les progrès réalisés par l’Algérie en termes de vaccination, faisant cas de l’explosion de la rougeole en France.
« Les épidémie de rougeole sont universelles. Nous assistons en France, et cela depuis 2011, à une réelle explosion de cas de rougeole où le nombre de cas est sept fois supérieur à celui des années précédentes. Sur ce point, on peut dire que l’Algérie nous a devancé », a-t-il fait savoir, en indiquant que le vaccin anti-rougeoleux a évité 20 millions de décès dans le monde. Par ailleurs, et concernant l’apparition de quelques cas de rougeole, le Pr Djamel Fourar, directeur de la prévention et la lutte contre les maladies infectieuses, a indiqué que la situation a été «totalement maîtrisée» par les autorités tout en réitérant l’appel des autorités sanitaires au profit des citoyens sur l’importance de se faire vacciner contre la rougeole.
Le rappel des vaccins par SMS
Dans ce sens, il a annoncé l’informatisation du vaccin en Algérie, précisant que les mamans seront convoquées par des messages sur leur téléphone portable afin de leur rappeler le vaccin de leurs enfants. Selon
M. Fourar, cette opération sera lancée en 2019 et concernera, dans un premier temps, onze wilayas. Le responsable du ministère de la Santé a, par la suite, présenté une communication autour du thème du dépistage du diabète et de l’hypertension en Algérie, dans laquelle il est revenu sur l’expérience de la clinique de dépistage mobile en partenariat avec le laboratoire Sanofi Aventis. «Certes, la prévalence du diabète a augmenté en Algérie mais nous sommes quand même arrivés à inverser la tendance grâce au dépistage. Ainsi nous sommes passés d’un malade connu contre deux méconnus, à deux malades connus contre un méconnu », a indiqué le Pr Fourar.
En effet, en effectuant 38 déplacements dans plus d’une quinzaine de wilayas, la clinique mobile a permis le dépistage de près de 16 000 personnes dont 8% sont des cas méconnus de diabète. Cette opération a également pu recenser près de 4 000 cas de complications liées au diabète dont 40% sont des cas de rétinopathie. Tout en saluant la réussite de ce partenariat, le professeur Fourar a indiqué que l’ensemble des malades dépistés pourront bénéficier d’un suivi régulier. Le responsable a aussi indiqué que grâce à l’opération de la clinique mobile, le ministère de la Santé dispose aujourd’hui d’importantes données relatives au diabète et à l’hypertension.

Développer des partenariats  et des relations
Pour sa part, le directeur général des services de santé au ministère de la Santé, Hadj Mohamed, a indiqué que les rencontres algéro-françaises de la santé, organisées par le ministère de la Santé avec l’ambassade de France en Algérie et la Mission économique business France, «sont importantes en ce sens qu’elles permettent de développer des partenariats et des relations entre les deux pays afin de mieux avancer dans le domaine de la santé et d’échange d’expériences », a-t-il précisé à la presse. Il a souligné que « l’Algérie et la France sont décidées à intensifier leurs partenariats pour mieux avancer dans le domaine de la santé, où les connaissances se développent très vite ».Dominique Boutter, directeur de la Mission économique business, a affirmé pour sa part que ces rencontres représentent pour le comité pilote algéro-français dans la santé une opportunité pour évaluer les résultats des programmes de coopération dans ce secteur et tracer une nouvelle feuille de route en faveur de la coopération. Le programme en question comprend trois projets de coopération, notamment concernant l’autisme, la transplantation et greffe, et les infections nosocomiales. A propos de ce dernier projet, qui prendra fin en 2019, le professeur Gilles Brucker a expliqué à la presse présente qu’il s’agit de renforcer les compétences, d’actualiser les textes réglementaires et de mettre en place des programmes pour l’élimination des déchets hospitaliers. Il estimera également que l’Algérie a besoin d’introduire de bonnes pratiques dans l’utilisation des antibiotiques. «Il s’agit également d’échanger sur les bonnes pratiques dans le dépistage, la prévention et les soins ainsi que pour booster les partenariats d’ordre économique », a renchéri Dominique Boutter, estimant que l’Algérie est le pays africain le plus avancé pour atteindre les objectifs du millénaire dans la santé.