Le début de l’année 2018 s’annonce mouvementé sur le front social. Plusieurs actions de protestation sont programmées dans divers segments notamment dans l’enseignement supérieur, l’éducation, la santé, les communes et même dans le secteur économique public.

Des organisations syndicales et des collectifs ont d’ores déjà annoncé leurs planning de protestation et d’autres vont le faire dans les tout prochains jours. Dans le secteur de l’éducation nationale qui emploie des centaines de milliers de personnes, tout porte à croire que des actions de protestation seront menées par les syndicats autonomes fortement implantés dans les établissements scolaires du pays. Les sections du Cnapeste, notamment dans les wilayas de Tizi Ouzou, Blida et Skikda, comptent poursuivre leurs actions de protestation après les vacances d’hiver. A Tizi Ouzou, la section locale du Cnapeste qui mène depuis novembre un mouvement de protestation est déterminée à poursuivre son bras de fer malgré l’opposition des élèves et des parents qui ont exprimé leur ras-le-bol.

De son côté, l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef), se dit prête à reprendre la protestation dans le cadre de l’Intersyndicale pour faire valoir sa plateforme de revendications. Une option que partage le Conseil des lycées d’Algérie (CLA), qui ne rate aucune occasion pour réaffirmer son engagement pour la concrétisation des revendications de l’Intersyndicale qui deviendra une confédération le 13 janvier prochain. Dans le secteur de l’enseignement supérieur, la couleur est déjà annoncée puisque deux mouvements de débrayage ont déjà été annoncés pour le mois de janvier. Alors que le Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes), aile Abdelmalek Azzi, avait déjà tenté le coup en décembre avec une grève de trois jours, dont le suivi n’a été guère satisfaisant, voilà que le syndicat revient à la charge avec un mouvement de débrayage prévu les 17, 18 et 19 janvier 2018. A la tête de ses revendications, l’ouverture du dialogue social et l’abandon des poursuites judiciaires contre l’ensemble des enseignants. Rappelons que l’année 2017 a été marquée par un grand nombre de dépôts de plaintes des responsables d’université contre des enseignants affiliés au Cnes.
C’est le cas du coordinateur du Cnes à la faculté d’Alger 3 ainsi que deux de ses camarades malmenés par le recteur Rabeh Cheriet, qui a jusque-là déposé trois plaintes pour diffamation et calomnies.
Les enseignants ont été innocentés dans l’ensemble des affaires. De son côté, le Cnes, aile Milat, s’est allié avec différentes organisations estudiantines ainsi que le syndicat des travailleurs de la Fonction publique, constituant ainsi ce qu’il appelle une tripartite de l’Université algérienne. Ensemble, ils ont lancé un appel pour une grève généralisée au sein des universités algériennes ainsi que pour le boycott des examens. En plus de l’ouverture du dialogue social, la tripartite a interpellé les plus hautes instances pour sauver l’Université algérienne, qu’elle juge « sinistrée sur tous les plans ». Le secteur de la santé n’est pas non plus à l’abri de l’agitation, le Syndicat national des praticiens de la santé publique (Snpsp), ainsi que le Collectif des médecins résidents algériens (Camra), ne cachent plus leur mécontentement. Pour le Snpsp, son conseil national réuni les 12 et 13 décembre dernier, a déploré la non prise en charge de la plupart des points de sa plateforme de revendication par le ministère de la Santé et la Population et la Réforme hospitalière. En réaction à cela, il appelle les bureaux locaux du syndicat à tenir des assemblées générales pour décider de la riposte à faire. Toujours dans le secteur de la santé publique, les médecins résidents qui mènent depuis dimanche une grève illimitée affirment être prêts à poursuivre leur action de protestation l’année prochaine, sachant que les résultats de la rencontre qu’ils ont eue avec le ministre de la Santé ont été jugés décevants. D’ailleurs, ils comptent rééditer un grève illimitée dès le 3 janvier à venir. Même le Syndicat algérien des paramédicaux (SAP) a prévu de monter au créneau, en janvier 2018, pour dénoncer l’absence de sécurité dans les établissements hospitaliers et l’amélioration de leurs conditions socioprofessionnelles. Même si le syndicat n’a pas émis d’objections particulières face à la loi sanitaire, le président du SAP, Ghachi Lounès, se dit « déçu de la manière avec laquelle le projet de loi a été débattu ». Pour rappel, déposé au Parlement par le ministre, le 8 novembre dernier, c’est la commission chargée de la santé, du travail et des affaires sociales qui avait organisé des rencontres avec les partenaires sociaux pour récolter leurs doléances et propositions. Hélas, la majorité des syndicats ont déploré que cela se passe à l’APN et non pas avant. Les entreprises publiques ne feront pas exception. Le Syndicat national autonome des travailleurs de l’électricité et le gaz (Snateg) a annoncé dimanche sur sa page Facebook que le début de l’année 2018 sera aussi le début d’un mouvement de protestation d’envergure. La nature et les modalités de ce mouvement de protestation seront communiqués ultérieurement, précise le syndicat qui vit une crise interne après la décision d’une partie de ses membres fondateurs de se retirer de la scène et d’annoncer la dissolution du Snateg. Une mesure approuvée par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale. Enfin, n’ayant pas encore digéré l’échec de son sit-in, le 25 novembre dernier à Alger, l’Intersyndicale avait décidé de temporiser et de patienter jusqu’au nouvel an pour annoncer son calendrier de mouvements de protestation. Même si les quatorze syndicats affiliés à l’Intersyndicale n’ont pas encore décidé de la nature de ces actions, une chose est sûre, la tendance est à la radicalisation surtout avec les dernières décisions prises par le gouvernement, y compris celle de la privatisation du secteur public. <