Tout a été dit ou presque par le ministre de la Santé, Abdelmalek Boudiaf, qui est longuement revenu sur l’état des lieux d’un secteur névralgique qui semble souffrir de pesanteurs et d’inadéquations qui se répercutent sur son efficacité. Soufflant le chaud et le froid, M. Boudiaf a tenté, au forum de la Radio nationale, de justifier la situation d’un secteur décrié aussi bien par ses usagers que les praticiens eux-mêmes.

 

A commencer par l’actuel projet de loi sur la santé, en attente d’examen à l’Assemblée populaire nationale, dont il dit que c’est une « loi modèle » qui a besoin de temps pour maturer, dans une tentative d’expliquer les renvois successifs de l’examens de ce projet de loi devant la députation. « On a élaboré un projet de santé qui ne sera pas modifié dans quatre ou cinq années ; mais un projet valable longtemps. » Une loi qui va profondément refaçonner le secteur privé et le réorganiser pour jouer un rôle complémentaire auprès du service public. Le secteur privé regorge de compétences, d’après lui, employant 34 000 professionnels et affichant une capacité de 10 000 lits. Il s’agit de l’encadrer, a-t-il ajouté, pour que son apport soit optimal. La seule certitude, c’est que cette nouvelle loi ne remettra pas en question « la gratuité des soins, car il s’agit là d’un principe constitutionnel indiscutable réaffirmé par le président de la République à maintes occasions», étant «un acquis inaliénable». Mais toujours pas un calendrier parlementaire pour la nouvelle loi sanitaire. Il dit seulement que tous les partenaires sociaux ont été associés à son élaboration, affirmant au passage que Berkani Bekkat, président du Conseil de l’ordre des médecins, n’a pas été écarté des concertations. « M. Bekkat a apporté sa contribution et émis des réserves sur certains articles qu’on va revoir lors de l’examen de la loi à l’APN », a dit Boudiaf. Et de rebondir sur le sujet brûlant qui a dominé l’actualité de son secteur, le fameux «RHB».
Il le place dans la rubrique « médecine alternative et automédication », à propos de laquelle il affirme que ce dossier, celui « des compléments alimentaires », dit-il, sera pris en charge par le ministère après l’application de la nouvelle loi sur la santé, une fois validée par le Parlement, avant de s’attarder sur l’importance de former des spécialistes pour veiller à la gestion des herboristeries afin de prémunir le citoyen contre « le risque d’empoisonnement », évoquant « la fermeture de plusieurs de ces locaux par le ministère du Commerce en attendant l’application de la nouvelle loi sur la santé ». Entre-temps, évidemment, la polémique née du « remède miracle RHB » est passée par-là, non sans lever le voile sur les graves dysfonctionnements qui ont fait qu’un « pseudo-médicament » s’est retrouvé dans les rayons des pharmacies. Il insiste sur le fait que le nouveau projet de loi réglemente « la médecine alternative » qui existe partout dans le monde. « L’exception, chez nous, est que les chaînes de télévision privée ne médiatisent pas cette activité », affirme le ministre.

61% de médicaments produits  en Algérie
L’occasion de passer sur un autre sujet, celui du médicament : « En 2012 et 2013, le pays a été confronté à une pénurie de médicaments et de vaccins, où la production nationale était estimée à 4,9%. Actuellement, elle est de 61% », a indiqué Boudiaf. Il a fait savoir que la crise vécue durant cette période était due à une crise « de structuration et de gestion ». Il précise qu’aucun pays dans le monde ne peut assurer son autosuffisance seul à 100%. « Pour promouvoir la production nationale, il nous a fallu prendre une décision souveraine », assure Boudiaf.
« Après avoir décidé d’interdire à l’importation les médicaments produits localement, nous avions fait l’objet de pression sur cette décision», a dit le ministre de la Santé. Ce dernier a fait savoir qu’il ambitionne de faire de l’Algérie une « plateforme et un hub de l’industrie pharmaceutique» dans le monde arabe et le continent africain.
D’ailleurs, les produits du groupe pharmaceutique Saidal et sept autres opérateurs privés seront exportés vers onze pays africains et arabes. «J’ai demandé aux opérateurs de ne pas produire uniquement pour répondre aux besoins du marché algérien, mais augmenter aussi leur production afin d’exporter », a-t-il indiqué. En parallèle, le ministère de la Santé a entamé un travail diplomatique auprès de certains pays arabes pour pouvoir exporter les médicaments produits localement. « Les médicaments de ces pays sont commercialisés librement en Algérie alors que les nôtres sont interdits sur leurs marchés. »
Seule carence, aux yeux de Boudiaf, l’activité « vaccins». « Il y a un manque flagrant en matière de production de vaccin. Il n’y a que l’institut Pasteur qui fait de la recherche sur les vaccins », a-t-il regretté. «Nous sommes dans un stade avancé de négociations avec des laboratoires argentins et iraniens pour le développement de la recherche et production de vaccins », a révélé le ministre. En chiffres, actuellement, le pays couvre 61% en matière de médicaments contre 4.9% en 2013.