Au regard de l’ambiance qui a régné ces trois derniers jours sur les marchés de proximité de la capitale, et cela été sûrement le même tableau dans les grandes villes du pays, c’est à croire que par besoin de se ravitailler à la veille du mois de Ramadhan, les populations n’ont pas hésité à braver le risque de contamination au virus du Covid-19, alors qu’il est fort élevé en de pareilles circonstances. Des scènes de cohue qui ouvre la voie à propagation de la pandémie au lieu d’être freinée. Lors de nos différents passages dans l’enceinte du grand marché de Badjarah, lieu de vente de fruits, légumes frais et secs, viandes, herbes, épices et ustensiles de cuisine, la foule est là aux premières heures de la matinée et connaît un pic en milieu de journée. C’est d’ailleurs en ce moment, où les consommateurs et les curieux déambulent dans les allées du marché et forment par endroit des attroupements devant certains étals. Mais depuis lundi dernier, c’est du coude à coude rendant ainsi le déplacement très difficile en ces lieux malgré l’interdiction par les autorités publiques dès le début de l’apparition de la pandémie de l’occupation anarchique des allées par les vendeurs ambulants. On a pu également observer chacun prendre le temps de scruter les étals avant de se décider à acheter. C’est d’ailleurs ce que nous a expliqué Ahmed, un retraité de la Poste, qui habite un quartier limitrophe «La Montagne». A notre question de savoir s’il ne courait pas de risque de contamination en cette période de pandémie, où il est vivement conseillé d’éviter les attroupements comme c’est le cas au marché, Ahmed nous indique : «Certes mon quartier n’est pas dépourvu de marchands de légumes, viandes et fruits et où les mesures de distanciation sont strictement appliquées, mais je trouve qu’ici à Badjarah, les prix répondent à mon pouvoir d’achat. Ma maigre pension de retraite m’oblige à me déplacer jusqu’ici malgré le risque élevé de me retrouver contaminé en raison de la forte concentration de personne.» Comme il nous révèle qu’il est diabétique, «ce qui me rend plus vulnérable», déplore-t-il. Autre observation frappante en ces lieux, la vélocité dans les achats. Une tendance sur laquelle Mohamed, père de famille et agent de sécurité résidant à Kouba, nous dira qu’elle a sa raison d’être. Pour notre interlocuteur «chacun de nous est pressé de faire ses emplettes car il est clair qu’il ne faut pas trop s’attarder en ces lieux qui regorgent de gens. Et donc plus vite vous terminez plus le risque de contamination devient minime». Toujours à propos de la rapidité dans les achats, Mohamed l’explique aussi par le fait que les étals se dégarnissent très vite depuis dimanche dernier, selon des échos qu’il eus. «Et du coup les retardataires n’auront pas l’embarras du choix des premières heures de l’ouverture du marché. Ces derniers ne trouvant que le reste invendu pour cause de mauvaise qualité ou de manque de fraîcheur», nous a-t-il renseignés. Notre interlocuteur nous a enfin souligné que «les vendeurs sont aussi pressés de vendre tous leurs produits étant donné que le confinement débute à 15 heures. En somme acheteurs et vendeurs affichent la même attitude de faire vite».
Concernant la mercuriale de ces derniers jours, toutes les personnes auxquelles nous avons demandé leurs avis sur les prix affichés sur les étals, se rejoignent sur le constat suivant : «Les étals sont bien garnis et les prix n’ont pas connu de flambée sensible». En effet, tous les légumes de saison, comme la pomme terre, entre 35 et 45 DA le kilogramme, carotte, radis, betterave et fenouil sont plafonnés à 50 DA et la courgette à 60 DA. Quant à la tomate, elle ne dépasse pas les 100 DA d’un calibre et d’une qualité fort appréciables. Par contre, les prix du poivron doux et des haricots sont élevés et s’expliquent par le fait que ce sont des productions hors saison. Les prix des produits carnés eux aussi sont restés stables. Le poulet plafonné à 250 DA/kg et la viande bovine et ovine autour des 1 200 DA/kg. En ce qui concerne les fruits secs très prisés par les ménages pendant le Ramadhan, «les prix sont excessifs», considère cette enseignante, mère de famille, qui devant le marchand de fruits secs hésitait à prendre une décision et pourtant consciente qu’ils sont devenus incontournables car faisant partie du menu au quotidien pendant le mois béni.
Notons enfin que l’ensemble de nos interlocuteurs espèrent que la mercuriale actuelle ne va pas connaître de tendance à la hausse la première semaine de Ramadhan comme cela ce passe chaque année. n