Lorsqu’un écrivain imagine le scénario de son livre qui se déroule en Afrique du Sud, il doit garder à l’esprit que bien que l’apartheid soit officiellement terminé, il n’est pas encore entièrement mort. Il existe dans l’esprit et les attitudes de nombreuses personnes de tous horizons, et son héritage affecte encore la société aujourd’hui.

Par Rouchdi BERRAHMA
Après le succès fulgurant de son roman « Zulu », Caryl Ferey revient en Afrique du Sud par le biais de la BD, et avec le dessinateur Corentin Rouge pour signer « Sangoma, les damnés de Cape Town », une BD polar séduisante, nous faisant découvrir une Afrique du Sud toujours minée par l’héritage de l’Apartheid.

Les cicatrices peinent à se refermer
Cape Town, une vingtaine d’années après l’Apartheid, les cicatrices laissées par l’ancien système peinent à se refermer. Le racisme n’est plus institutionnalisé mais les inégalités toujours présentes et la population divisée entre les propriétaires blancs et les ouvriers noirs. Dans ce contexte, Sam est retrouvé mort sur les terres de la ferme des Pienaar, ses employeurs. Le lieutenant Shepperd – esprit léger, avisé autant que séducteur et tête brûlée – est chargé de saisir les enjeux qui auront mené au drame. L’enquête s’alourdit bientôt d’éléments disparates : conflits et secrets familiaux, recours à la sorcellerie, disparition d’un bambin dans le voisinage… Tandis que Shane Shepperd lutte tant bien que mal contre les silences et les mensonges de ses interlocuteurs, en toile de fond, le parlement est le théâtre d’oppositions rongeant la nation sud-africaine… La réforme agraire visant à redistribuer les terres usurpées du temps de l’apartheid provoque les débats et souligne les tensions des partis radicaux. Bientôt, les deux camps en appelleront à la violence.

Les damnés de Cape Town
Un scénario qui tient en haleine, un rythme effréné, de l’action à toutes les pages ! « Sangoma, les damnés de Cape Town » se lit comme on regarde un film policier sur grand écran : on est scotché par l’enquête de Shane Shepperd sur fond d’apartheid, townships de Cape Town et sangomas, les sorciers sud-africains. Une BD polar magique et puissante sur les luttes de pouvoir et des traditions ancestrales. Les graphismes comme l’histoire sont très réalistes et les dessins et les couleurs vivantes de Corentin Rouge sont à la hauteur du scénario. Un très bon one-shot, à classer à côté des polars du maître sud-africain, Deon Meyer.

biographies
-Caryl Férey est un écrivain et un scénariste français. Grand voyageur, il a parcouru le Sud de l’Europe à moto, puis a fait un tour du monde à 21 ans, notamment en Nouvelle-Zélande, dont il tirera le remarqué Haka (1998), puis Utu (2004). Il écrit aussi pour les enfants, pour des musiciens, le théâtre et la radio. Il se consacre aujourd’hui entièrement à la littérature. Il a obtenu le Prix SNCF du polar 2005 pour Utu et dix prix littéraires pour Zulu (2008), qui le consacre avec plus de 300 000 exemplaires vendus. En 2013, Zulu est adapté au cinéma, réalisé par Jérôme Salle d’après le roman homonyme, avec Orlando Bloom et Forest Whitaker. La même année, chez Ankama, il publie sa première bande dessinée Maori, en collaboration avec Giuseppe Camuncoli, le deuxième tome parait l’année suivante et clôture le diptyque. Mapuche (Série noire, 2012) obtient le Prix Landerneau Polar 2012, le prix du Magazine LIRE ainsi que le Prix Ténébris en 2013. Suivront Condor (2016), Plus jamais seul (2018), Paz en 2019, tous à la Série Noire Gallimard, puis Lëd en janvier 2021 aux éditions les Arènes. En 2021, il revient au 9e Art avec Sangoma, les damnés de Cape Town dessiné par Corentin Rouge et édité chez Glénat.

-Corentin Rouge est un auteur de bande dessinée né à Paris en 1983 et diplômé de l’École supérieure des Arts Décoratifs en 2006. Il commence la BD avec la publication d’une histoire courte (21 contre 1) dans le magazine Métal Hurlant en 2004. Il a depuis signé trois tomes de Milan K., dont le premier a été nommé à Angoulême, et le one shot Juarez scénarisé par Nathalie Sergeef. En 2016, il publie un XIII Mystery sur un scénario de Fred Duval. Chez Glénat, il est l’auteur de la série Rio coscénarisée avec Louise Garcia et publié sur quatre tomes entre 2016 et 2019. Son dessin s’inscrit dans la lignée graphique des plus grands dessinateurs réalistes classiques tels qu’Hermann, François Boucq, Rossi ou Jean Giraud.