Par Feriel Nourine
Si la décision du Président russe Vladimir Poutine, de reconnaître l’indépendance des territoires séparatistes ukrainiens, a eu pour effet de propulser, lundi, les prix du pétrole à presque 100 dollars (99,50 dollars), les sanctions adoptées par les pays occidentaux contre Moscou n’ont pas eu l’impact qui pesait sur le marché pétrolier à travers le conflit russo-ukrainien.
Les nouveaux sommets vers lesquels pouvaient mener ces sanctions n’ont pas été atteints, du moins durant la journée d’hier. Laquelle a vu plutôt les cours effectuer un léger recul par rapport à la clôture de mardi. A la mi-journée, le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en avril perdait 0,76% à 96,10 dollars, alors que le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en avril reculait de 0,97% à 91,02 dollars.
Visiblement, la panique provoquée par l’escalade du conflit entre la Russie et l’Ukraine s’est quelque peu estompée, mais les sanctions prises par l’Union Européenne et les Etats-Unis n’ont sans doute pas encore livré toutes leurs conséquences sur le marché pétrolier, mais aussi sur les prix du gaz et d’autres matières premières qui dépendent de l’offre russe, à l’exemple de l’aluminium ou du nickel.
L’UE a adopté, mardi, un paquet de sanctions qui «feront très mal à la Russie», a affirmé le chef de sa diplomatie, Josep Borrell, et qui devraient entrer en vigueur dès demain soir ou jeudi. A la Maison-Blanche, Joe Biden a, lui, annoncé une «première tranche» de sanctions en attaquant sur trois fronts, la dette souveraine, le financement des dépenses militaires à travers deux banques publiques, et cinq proches du président russe Vladimir Poutine. La mesure la plus significative a été annoncée par Berlin, qui a gelé le gigantesque projet de gazoduc Nord Stream II, qui devait acheminer encore davantage de gaz russe en Allemagne.
Maintenant que les risques d’invasion de l’Ukraine par les forces russes sont écartés, les sanctions prises contre la Russie «n’affectent pas les exportations russes actuelles de pétrole et de gaz, du moins pas encore», estiment des analystes, notant que le département d’Etat américain a d’ailleurs affirmé que «les sanctions américaines contre la Russie ne risquent pas de perturber les marchés de l’énergie».

La Russie menace de faire exploser le prix du gaz
Toutefois, la riposte russe face à l’attitude des pays de l’UE se faisait craindre hier dans les rangs de ces derniers dont les approvisionnements en énergie sont grandement dépendants de l’offre de Moscou. D’ailleurs, le vice-président du Conseil de sécurité russe, Dimitri Medvedev, n’a pas tardé à réagir à la décision du chancelier allemand Olaf Scholz de ne pas autoriser, pour l’instant, les livraisons de gaz via le nouveau gazoduc Nord Stream II entre la Russie et l’Allemagne, estimant que l’Europe allait bientôt payer 2 000 euros pour 1 000 mètres cubes de gaz, soit plus du double du prix actuel (830 euros) qui est déjà difficilement supportable pour les pays du Vieux Continent. «Bienvenue dans une toute nouvelle réalité, où les Européens devront bientôt payer 2 000 euros pour 1 000 mètres cubes de gaz», a tweeté M. Medvedev, cité par le site du groupe de médias belge.
C‘est dire que l’Europe risque de payer très cher les sanctions prises contre la Russie, sachant que son principal fournisseur possède des marges de manœuvres assez larges pour lui imposer sa propre logique dans les exportations gazières. Autrement dit, l’UE ne pourrait se libérer de sa dépendance du gaz russe à court terme, en dépit de son déploiement pour, au moins, atténuer cette dépendance. Mais peut-être plus que cette dépendance, c’est, aujourd’hui, la crainte d’un arrêt des livraisons de la Russie qui maintient l’UE en alerte.
La production des autres régions du monde n’étant pas suffisante pour compenser leurs importations de Russie, les pays européens viennent d’en avoir une nouvelle fois la confirmation, à partir de Doha, où s’est tenu le 6e Sommet du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG).
Face à la recherche d’alternatives au gaz russe qu’effectuent les pays de l’union, la réponse des membres du FPEG ne pouvait être rassurante. Ces derniers ont signifié qu’ils ne possédaient pas de capacités suffisantes pour hausser à court terme leur approvisionnement. Concernant les prix, il a été répondu aux Européens : «Nous apprécions les efforts de tous les membres (du FPEG) qui ont travaillé durement pour assurer un approvisionnement crédible et fiable en gaz naturel au marché mondial et pour préserver la stabilité de ces marchés», a déclaré l’émir du Qatar, indiquant que son pays avait assuré l’Europe de son «aide» en cas de difficultés d’approvisionnement, mais que celle-ci serait limitée aux volumes disponibles, les producteurs étant liés à «des contrats de long terme», a-t-il encore expliqué.
Selon l’émir, «les volumes» que les pays producteurs «peuvent rediriger vers d’autres clients «représentent environ 10 à 15%». «La Russie représente 30 à 40% des approvisionnements de l’Europe» et «remplacer rapidement ce type de volumes est quasiment impossible», a-t-il rappelé, donnant en même temps l’exacte photographie de la carte d’approvisionnement énergétique Russie-pays européens consommateurs et les enjeux qu’elle recouvre.