L’administration Trump est depuis vendredi, jour de rejet par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution américaine pour prolonger l’embargo sur la vente d’armes conventionnelles à l’Iran, qui expire en octobre prochain, dans un isolement inédit. Son texte inscrit dans sa stratégie d’endiguement de l’Iran en vigueur depuis 2017 au moins a essuyé un échec retentissant avec seulement deux voix favorables. Deux pays ont voté contre (la Russie et la Chine) et onze autres se sont abstenus, dont la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. La diplomatie américaine devrait tenter une manoeuvre juridique controversée pour obliger unilatéralement le Conseil de sécurité à rétablir les sanctions onusiennes contre Téhéran levées en 2015 – au nom de l’accord nucléaire que les Etats-Unis ont pourtant abandonné.

Hier, samedi, Téhéran n’a pas caché sa joie après le rejet à une écrasante majorité par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution américaine visant à prolonger l’embargo sur les armes en Iran. Pour le président iranien, Hassan Rohani, qui s’est exprimé lors d’une conférence de presse, les Etats-Unis n’ont pas réussi à mettre fin à ce qu’il a appelé l’accord «à moitié vivant» de 2015 avec les grandes puissances qui a permis à l’Iran d’échapper aux sanctions en échange d’une réduction de son programme nucléaire. «Les Etats-Unis ont échoué dans cette conspiration, humiliés», a-t-il déclaré. «A mon avis, ce jour restera dans l’histoire de notre pays et dans l’histoire de la lutte contre l’arrogance mondiale».
«Pendant les 75 ans d’histoire des Nations unies, l’Amérique n’a jamais été aussi isolée», a renchéri le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Abbas Moussavi. «Malgré tous les voyages, pressions et colportages, les Etats-Unis n’ont pu mobiliser qu’un petit pays (pour voter) avec eux», a-t-il ajouté en référence aux efforts du chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, pour rallier des soutiens.
Vendredi, les Etats-Unis n’ont pas obtenu une extension de l’embargo sur les ventes d’armes à l’Iran, alors que la Russie a proposé un sommet à sept pour éviter une «confrontation»
sur fond de menace de Washington de déclencher un retour à l’ensemble
des sanctions internationales contre Téhéran.
Au cours d’un vote au Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie et la Chine, alliées de Téhéran, ont opposé leur veto à une proposition américaine visant à prolonger l’embargo sur les ventes d’armes à l’Iran. Onze pays membres, parmi lesquels la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, se sont abstenus tandis que la République dominicaine a été la seule – avec les Etats-Unis – à voter en faveur du texte. «L’incapacité du Conseil de sécurité à agir de manière décisive pour défendre la paix et la sécurité internationales est inexcusable», a réagi dans un communiqué le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo. L’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun, a déclaré à l’issue du vote que le résultat «montre une nouvelle fois que l’unilatéralisme ne reçoit aucun soutien et que le harcèlement va échouer».

Manœuvre juridique
Conséquence de ce vote, les Etats-Unis vont probablement essayer d’imposer unilatéralement un retour des sanctions de l’ONU, ce qui risque de plonger le Conseil dans l’une des pires crises diplomatiques de son histoire, avertissent des experts. «L’incapacité du Conseil de sécurité à agir de manière décisive pour défendre la paix et la sécurité internationales est inexcusable», a réagi M. Pompeo dans un communiqué.
L’embargo sur les armes arrive à expiration le 18 octobre, selon les termes de la résolution entérinant cet accord. Or, bien que Donald Trump ait retiré les Etats-Unis de l’accord, qu’il jugeait insuffisant, la diplomatie américaine menace désormais de déclencher le «snapback», un mécanisme intégré à l’accord de 2015 sur le programme nucléaire de l’Iran qui permet un retour automatique au régime de sanctions internationales contre Téhéran qui prévalait auparavant. Et permettre à Washington d’imposer unilatéralement le rétablissement des sanctions de l’ONU qui avaient été levées en échange de l’engagement iranien à ne pas se doter de l’arme nucléaire.
Une telle manoeuvre, sur la base d’un argument juridique contesté par de nombreux membres du Conseil, risquerait de pousser l’Iran à claquer définitivement la porte de l’accord nucléaire, dont il a déjà commencé à se désengager. Les détracteurs de la démarche américaine soupçonnent l’administration Trump de vouloir justement parvenir à cette issue fatale avant la présidentielle de novembre aux Etats-Unis. Plusieurs pays pourtant a priori favorables à une prolongation de l’embargo, à l’instar des européens, ont donc refusé de jouer le jeu américain. Des diplomates ont indiqué que les Etats-Unis pourraient lancer le «snapback» dès la semaine prochaine mais que cela devrait donner lieu à une bataille acharnée, alors que l’administration Trump s’est retirée en 2018 du Plan d’action global commun (PAGC) signé à Vienne en juillet 2015.
«Dans les prochains jours, les Etats-Unis vont donner suite à cette promesse de ne reculer devant rien pour prolonger l’embargo sur les armes», a dit dans un communiqué l’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft. Un éventuel «snapback» aurait certainement pour effet de tuer le PAGC.
«L’imposition de quelconques sanctions ou restrictions contre l’Iran par le Conseil de sécurité donnera lieu à une réponse ferme de l’Iran et nos options ne sont pas limitées», a prévenu l’ambassadeur iranien aux Nations unies. «Les Etats-Unis et toute entité qui pourrait soutenir ou accepter ce comportement illégal en porteront l’entière responsabilité», a ajouté Majid Takht Ravanchi dans un communiqué.
Le président russe Vladimir Poutine a proposé la tenue d’un sommet virtuel avec les Etats-Unis et les parties toujours prenantes de l’accord de 2015 – France, Allemagne, Grande-Bretagne, Chine et Iran – en vue d’éviter une escalade à l’ONU à propos de l’Iran.
La France est disposée à prendre part à cette réunion, a fait savoir l’Elysée. A la question de savoir s’il participerait aux discussions, le président américain Donald Trump a déclaré à des journalistes: «J’ai entendu qu’il y avait quelque chose, mais on ne m’en a pas encore parlé.» n