La petite histoire retiendra que pour sa première sortie, prévue aujourd’hui, le président de la République se rendra à un salon professionnel. Et ce n’est pas n’importe lequel, puisqu’il est ouvert jusqu’à la fin de cette semaine aux producteurs nationaux. Une aubaine pour Abdelmadjid Tebboune pour respirer un peu l’air du terrain et profiter plus tôt que prévu de la joyeuse et festive tradition des foires et salons, une coutume politique semble-t-il à forte valeur publicitaire ajoutée, qui reste, comme dans beaucoup d’autres pays, très ancrée sous nos cieux bien que davantage pratiquée par les chefs de gouvernement, les ministres et les walis. Les chefs d’Etat, eux, ne s’y rendent généralement qu’à deux ou trois reprises dans l’année, notamment à l’occasion de la Foire internationale d’Alger ou du Salon international du livre, quand ne sont pas programmés des rendez-vous d’audience et d’importance économique. La petite histoire est ce qu’il dira aussi, pour la première fois, en dehors de son programme de campagne et des tribunes officielles qu’il a occupées depuis sa victoire au scrutin du 12 décembre dernier, sur la communauté des hommes d’affaires et des chefs d’entreprise algériens au contact direct de leurs représentants – et on pense cette fois qu’ils seront nombreux – qu’il croisera lors de sa visite des stands et avec lesquels il discutera.
La grande histoire, qui a commencé à s’écrire déjà depuis qu’il a eu des mots forts sur la nécessaire « construction d’une véritable économie algérienne », est ce qu’il fera de son moteur, l’entreprise, dont l’actualité, on en convient, n’est pas rassurante. Celle du secteur public se débat depuis des décennies dans des difficultés de production, aggravées par un déficit de ressources financières, alors qu’une bonne partie de ses unités n’a pas manqué de bénéficier du soutien de l’Etat et des crédits qu’il lui a accordé sans la garantie d’un remboursement, ou même d’un bilan qui justifierait aussi bien ce soutien que l’abandon des règles qui l’accompagnent en situation ordinaire. Que fera-t-il de ses usines qui n’ont pas de plan de charges, pas de marchés ou pas suffisamment pour justifier leur existence ? Quelle appréciation immédiate, c’est-à-dire suivie d’actes concrets, de la vieille intention, très longtemps louée par les experts et les responsables politiques d’avant, d’inciter cette entreprise de l’Etat d’aller vers des formes de partenariat et de coopération avec celle du privé ? Qui reste en majorité dépendante de son faible score d’intégration et de son obligation à aller chercher à l’extérieur ce qu’elle ne sait pas ou ne peut faire dans ses ateliers, ces intrants qui vident le bas de laine en devises et font grincer des dents les comptables des services des finances et du commerce extérieur.

Quel avenir pour le montage automobile ?
Relativement à ce point, le président de la République et le Premier ministre, qu’il aura à choisir dans les jours à venir, seront attentivement suivis sur le dossier emblématique du montage automobile, qui était un rêve au début des années 2000 et qui a fini par un accident industriel majeur, aux conséquences sans doute plus dramatiques que celles esquissées par la ministre de l’Industrie sortante, Djamila Tamazirt. Un opérateur comme Sovac en sait déjà quelque chose. Il est évident que le chef de l’Etat, dans son apparition aujourd’hui au Palais des expositions des Pins-Maritimes, n’aura pas le temps d’avoir des commentaires sur tous les dossiers – et ils ne sont pas simples, à l’exemple de l’économie numérique, de l’investissement dans le renouvelable, de l’amorce toujours attendue d’une politique dédiée aux start-up et des dispositifs existants d’aide à la création de projets de type Ansej, pour ne citer que cette agence. Mais il est des déclarations, face à des hommes et des femmes de société, comme on pourrait dire, qui, si elles sont aussi significatives que les programmes, sont utiles pour créer une ambiance et une atmosphère d’encouragement et d’émulation, ouvrir des perspectives et des raisons de croire en l’avenir. Le pays en a tant besoin. n