Au Salon national du livre, ce n’est pas la fête ou presque. En dépit d’une offre plutôt modeste, même s’il faut relever l’initiative de l’Organisation nationale des éditeurs de livres (Onel) de tenir coûte que coûte ce rendez-vous, même s’il faut saluer l’effort fourni par plusieurs maisons d’édition dont Frantz-Fanon, Hibr, APIC et Casbah Editions, de proposer aux visiteurs de nouveaux titres, l’ambiance n’est pas celle des grands jours qu’ont connus les événements célébrant le livre et l’édition dans notre pays ces dernières années.

Par Leila Zaimi
La raison ? Le secteur souffre déjà d’un recul inquiétant du lectorat dans notre pays, un phénomène dont on parle beaucoup mais qui n’a pas encore suscité l’enquête sérieuse tant attendue pour connaître les raisons du «divorce» des Algériens avec le livre, en arabe, en particulier, si l’on excepte le livre religieux qui demeure le produit «phare» de ce type de manifestation. «Pourquoi les Algériens s’intéressent-ils aux publications religieuses ?» question que nous avons posé à plusieurs revendeurs de ces livres est : «Nous sommes dans un pays musulman, c’est normal que les gens soient intéressés par les lectures religieuses.» Certains vendeurs se montrent très gênés et «étonnés» par la question. Ils n’hésitent cependant pas à indiquer que «durant le Ramadhan la consultation du livre religieux est plus prononcée». «L’approche du mois béni est l’une des raisons de cet intérêt», nous confiera un exposant.
Les stands spécialisés dans la vente de ces ouvrages n’ont relativement pas désempli durant les journées de mardi et mercredi, même si l’affluence n’a rien à voir avec celles constatées il y a quelques années. «Cette année, beaucoup de gens qui avaient l’habitude de venir des autres wilayas n’étaient pas au rendez-vous», nous dira un exposant. Il constate, également, en ce qui concerne l’audience de cette année, que l’interdiction d’accès aux enfants de moins de 16 ans «a eu un impact négatif» sur la popularité du salon. Cette restriction prise par les organisateurs en raison des précautions sanitaires à respecter en cette période de pandémie a privé le salon d’une part importante de son public. «Beaucoup de parents, voyant leurs enfants interdits d’entrée, ont préféré repartir», nous dira le même exposant qui souhaite «un assouplissement pour l’accueil du jeune public».
Quid des ventes qui ne concernent pas le rayon du religieux ? «On va vers les stands où l’on pratique des promotions», nous dira un visiteur, qui a profité des remises importantes pratiqués par l’Enag pour «acheter des classiques qui se vendent au prix double sinon triple» dans les librairies. Un autre, qu’on a croisé au stand de Dalimen, qui s’est fait une spécialité d’éditer les auteurs algériens et africains notamment, nous confiera qu’il est venu au salon pour «acheter de la BD algérienne». «Autrement, je ne serai pas venu», ajoutera-t-il, déplorant que le «décor, cette année n’est pas très séduisant», allusion faite aux surfaces d’exposition qui n’ont pas le caractère attractif qu’on leur connaissait auparavant, notamment à l’occasion du Sila dont l’édition, cette année, a été annulée en raison de la crise sanitaire. A propos de décor, il est à la mesure du discours que tiennent certains exposants et porte les couleurs de la crise. ««La dépréciation du dinar et la cherté de la vie éloignent davantage les Algériens de la consommation du livre et de la culture», nous dira Yazid Benazouz, universitaire et cogérant de la maison Cogito. Notre interlocuteur participe au salon avec des ouvrages parascolaires. Il estime «anormal que l’on n’ait pas pris les mesures nécessaires pour accueillir les enfants et le jeune public», les «plus concernés en cette période de vacances scolaires», dira-t-il. «Je ne comprends pas pourquoi les enfants sont interdits d’accès. Pourtant tous les moyens sanitaires sont là pour éviter les risques», ajoutera-t-il.
Sur la présence très limitée des visiteurs, Nahed Boukhalfa, écrivaine algérienne et lauréate du prix Assia-Djebar du roman en langue arabe, «regrettera la présence et la participation réduites du public». Elle constatera que «beaucoup de gens qui aiment lire sont découragés par les prix», invitant à une réflexion sur les moyens de rendre le produit-livre accessible aux petites et moyennes bourses. Cette auteure, qui participe au salon avec un nouveau roman édité par la maison Kalama de Guelma, appelle à s’intéresser aux raisons de la «faiblesse du lectorat arabophone pour le roman et la littérature». «Le roman en langue arabe n’intéresse pas grand-monde et c’est dommage», poursuivra-t-elle. Observation qu’on ne manquera pas d’oublier également, l’extrême cherté du livre scientifique proposé par certains exposants, allant jusqu’à 5 000 et 6 000 dinars l’ouvrage.