Le premier jalon pour le retour du Salon international du livre d’Alger (Sila), l’un des plus importants rendez-vous de la scène culturelle, a été posé, hier, avec la nomination de Mohamed Iguerb en tant que nouveau commissaire de ce qui est considéré à juste titre comme la plus grande manifestation culturelle et commerciale dans le pays.

Par Sihem Bounabi
Mohamed Iguerb, cadre dirigeant de l’Entreprise nationale des arts graphiques (Enag), co-organisatrice du Sila, n’est pas un inconnu. Il a déjà officié à la tête du Salon en 2019 en tant que commissaire-adjoint et coordinateur de l’évènement, avant que celui-ci ne soit suspendu sous le coup de la crise sanitaire.
Depuis plus d’une dizaine d’années, il est surtout connu comme étant l’une des chevilles ouvrières de la manifestation. Une réputation qui lui vient de sa fine connaissance des métiers et du marché du livre dans notre pays et pour être responsable de la filiale « Evénementiel» de l’Enag, dès l’implication officielle de l’entreprise dans l’organisation du Sila à partir de 2012.
Il est à noter que cette année-là, l’Enag crée deux nouvelles filiales. La première est dévolue à la distribution du livre, afin de mettre en place des circuits. La deuxième, Enag Evénementiel, est chargée de l’organisation de manifestations de promotion du livre et de l’édition. La filiale événementielle, en plus de l’organisation du Sila, s’est également attelée à la création de salons régionaux labellisés afin de démultiplier la présence du livre sur le territoire national. Au fil des années, Enag Evénementiel a œuvré à pérenniser et professionnaliser la préparation du Sila en offrant un support professionnel et technique dans une démarche engagée avec l’ensemble des acteurs et partenaires du monde du livre en Algérie.
Concernant le déroulement de la 25e édition du Sila, annoncée par certains médias électroniques pour le mois de janvier prochain, et selon plusieurs échos, cette date devrait être reportée au vu du gros travail de préparation à accomplir. Des professionnels du livre militent par ailleurs pour une programmation qui coïnciderait avec novembre 2022, mois durant lequel le Sila est traditionnellement ouvert au public. Quoi qu’il en soit, le retour du Sila est considéré par les maisons d’édition et les professionnels du livre comme une bouffée d’oxygène surtout après la parenthèse critique de la Covid-19.
Amar Ingrachen des Editions Frantz-Fanon estime ainsi que « le retour du Sila est une très bonne chose parce que cela reste le principal rendez-vous culturel en Algérie. Et il est toujours important qu’il puisse se tenir car cela est une visibilité pour nos nouvelles publications ». Il nuance toutefois ces propos en soulignant qu’« aussi important soit-il, il ne détermine pas notre activité éditoriale car on travaille sur toute l’année. Et même s’il n’y a pas de Sila, on est obligé de publier tout au long de l’année parce qu’il y a des auteurs qui écrivent et des lecteurs qui sont en demande et pas seulement durant le Sila. »
Pour sa part, Mhand Smaïl des éditions Hibr et libraire à El Biar, estime que « le retour du Sila est une bonne nouvelle car c’est une manifestation culturelle qui participe à faire la promotion de nos livres et permet de faire un certain chiffre d’affaires, même si on ne vend pas tout le stock de nos publications durant le Sila ». Il précise ses propos en affirmant : « J’estime que la vente des livres doit se faire en librairie, qui reste le maillon faible de la chaîne du livre en Algérie. Je tiens à souligner que lors de cette crise sanitaire, il y a des aides pour les éditeurs, mais il n’y en a eu aucune pour les libraires. Beaucoup ont dû mettre la clef sous le paillasson car ils ont fait faillite.»
Mhand Smaïl appelle ainsi les autorités concernées à se pencher sur le cas des librairies avec une réelle implication des pouvoirs publics pour que les librairies puissent survivre en Algérie. En confiant « qu’avec le pouvoir d’achat actuel, de plus en plus de libraires risquent de fermer leurs portes, s’il n’y a pas de marché institutionnel ». Ajoutant qu’« aujourd’hui, être libraire est un acte de résistance, mais cette résistance a des limites. Si le nombre de librairies qui ferment continue à augmenter, il faut prendre conscience que c’est toute la chaîne du livre qui va être impactée et mise en faillite ».<