Les dépenses pour les salaires des fonctionnaires et celles pour les transferts sociaux sont estimées à près de 3 500 milliards de dinars, a indiqué hier le directeur général de la prévision au ministère des Finances, Sidi Mohamed Ferhane. Ces deux rubriques accaparent, à elles seules, « plus de 80% » du budget de fonctionnement de l’Etat, a-t-il précisé sur les ondes de la Radio nationale.

Ces dépenses pèsent plus que lourdement dans la situation de fragilité qui caractérise, depuis 2014, les équilibres financiers de l’Etat suite à la baisse des prix du pétrole, suivie fatalement par le net recul de la fiscalité pétrolière et, au bout du compte, des réserves de changes descendues à 82 milliards de dollars et un déficit financier de 11 milliards de dollars. Dans le même ordre d’idée, M. Ferhane évoquera également l’impact des importations sur la balance des paiements du pays. En plus des marchandises achetées à l’étranger, il fera remarquer qu’il y a aussi les importations de services qu’«on oublie souvent dans les importations, alors qu’elles représentent entre 10 et 11 milliards de dollars par an ». Ces énormes montants sont consentis « essentiellement » pour le transport maritime et le BTP avec respectivement 3 et 3,5 milliards de dollars, a-t-il précisé, faisant remarquer que «ce sont des niveaux énormes qui constituent des déficits structurels auxquels il fallait donner de l’importance». «Il y a, certes, des réformes structurelles qui ont été lancées, mais il faut qu’on se mette dans la tête que les réformes structurelles ne donnent pas de résultats rapidement», poursuivra l’invité de la Chaîne III, non sans préciser que les réformes au niveau du budget peuvent le faire. Et c’est dans cette perspective que, suite aux tensions constatées sur les équilibres financiers de l’Etat, à partir de juin 2014, la loi de Finances de 2017 «avait institué un nouveau cadre budgétaire triennal, plafonnant les dépenses publiques à travers lequel on voulait éviter qu’il ait des tensions plus graves sur les équilibres internes», dira le même responsable au niveau du ministère des Finances. «Il fallait qu’on dégage un espace budgétaire pour que les déficits soient moins importants», répètera-t-il. Ce nouveau cadre de plafonnement des dépenses, sur trois années, n’a toutefois pas eu l’effet escompté, puisque la limitation des dépenses visée n’a pas eu lieu. Un statu quo qui s’explique par une situation très difficile générée par «le recul du baril de pétrole et les recettes de taxes sur les hydrocarbures», notera de nouveau M. Ferhane. Mais pas seulement. Les équilibres financiers ont continué à être mis à rude épreuve par des ordonnateurs qui ne se sont pas arrêtés de dépenser sans compter en ces temps de disette financière, alors que leurs projets pouvaient attendre des jours économiquement meilleurs. «Certains ordonnateurs ont accéléré leurs dépenses alors qu’ils savaient qu’on était en train d’aller vers le plafonnement de la dépense. Je peux dire qu’il y a un peu de faute de ces ordonnateurs qui ont mis les pouvoirs publics devant le fait accompli en lançant des projets qui pouvaient être gelés», explique l’intervenant. La surfacturation des projets, notamment à travers la réévaluation, a aussi coûté très cher à l’Etat, reconnaîtra-t-il, affirmant, néanmoins, que de
1 200 milliards de dinars en 2012, «on est revenu jusqu’à 200 milliards». Une avancée due à la «maîtrise, surtout dans les grands projets », soutient-il encore.
Subventions : la lourde facture énergétique
A la question de savoir si tous les dépassements opérés ont fini par acculer le pays dans le rouge,
il répondra que «nous avons jusqu’à 2023 pour remonter la pente», se basant sur les réformes structurelles engagées par l’Etat en matière de commerce extérieur. A propos des transferts sociaux, M. Frehane fera remarquer qu’il s’agit d’un dossier « très sensible » qui a besoin de temps pour être réformé. Il soulignera néanmoins que la réforme devrait commencer par les produits énergétiques dont les prix ont déjà commencé à être relevés depuis 2015 à travers les taxes. La priorité doit être accordée à ces produits, parce que le gaz, l’électricité et les carburants ont été subventionnés à hauteur de 1 700 milliards de dinars pour la seule année de 2017, alors que les autres types de transferts sociaux sont évalués également à environ 1 700 milliards de dinars. Quant à la levée des subventions sur les produits alimentaires, «il faudrait qu’elle se fasse graduellement », ajoutera le même responsable, estimant que «cette libéralisation des prix peut prendre 5 ans, 10 ans…». Et «ce sont les pouvoirs publics qui doivent décider », conclura le directeur général de la prévision au ministère des Finances.