Le tourisme est à nouveau d’actualité. A la veille des grandes vacances, synonymes de déplacements en masse des voyageurs vers toutes sortes de destinations, les chiffres sur le secteur mondial confirment la crise dont il souffre depuis la déclaration de la pandémie de Covid-19 (Lire article de Salim Benour). En Algérie, le secteur n’a pas échappé aux conséquences de cette crise sanitaire. Contactés, les professionnels estiment que pour l’heure, c’est encore le flou, ils n’ont pas de visibilité.

PAR INES DALI
L’ouverture partielle de l’espace aérien n’a pas eu d’impact sur leur activité. Une bonne partie des agences de voyage n’a encore enregistré aucune réservation. Pour le marché interne, elles ne sont pas nombreuses à avoir repris cette activité.
«Depuis que j’ai rouvert il y a quelques jours, je n’ai pas encore eu de réservation. Je suis en train de régler la billetterie d’avant confinement. Je reçois les clients pour remboursement etc., mais il n’y a aucune autre activité et je ne vois rien à l’horizon…», nous a déclaré une propriétaire d’une agence de voyage à Kouba (Alger). La demande est pourtant là. «Il y a, certes, des gens qui viennent pour se renseigner, ils étouffent, ils veulent voyager, mais comme rien n’est clair (annulations de vol, conditions de voyage), ils ne font donc pas de réservation. Ils prennent les informations et repartent», a ajouté cette cheffe d’entreprise qui est spécialisée dans les voyages vers l’étranger, un segment qui reste encore sous le coup de nombreuses restrictions aussi bien internes qu’externes.
Pour cette cheffe d’agence, s’il y avait un peu plus de vols vers l’étranger, donc un peu plus d’ouverture, l’activité pourrait reprendre un tant soit peu. «C’est vrai que certains pays où les Algériens ont l’habitude de voyager n’ont repris la délivrance des visas que pour les hommes d’affaires et n’acceptent que les gens vaccinés, mais il y a aussi d’autres catégories de voyageurs, celles qui ont des visas long séjour, celles qui se déplacent pour motifs impérieux», a-t-elle affirmé. Il existe des petites ouvertures potentielles qui peuvent être exploitées par les agences de voyages, a-t-elle estimé, citant, par exemple, pour les motifs impérieux, les gens qui se déplacent pour «des soins, des études ou encore pour des regroupements familiaux». Elle a, toutefois, indiqué que beaucoup de gens qui avaient manifesté leur intérêt de partir en Tunisie au début, ont dû revenir sur leur décision de voyager, «dissuadés par la crise du coronavirus qui sévit» dans ce pays voisin.
Le cas d’une autre propriétaire d’agence à Birkhadem n’est pas meilleur. Elle avoue être complètement dans le flou. «Je n’ai aucune visibilité. Je n’ai effectué aucune réservation depuis que j’ai voulu reprendre le travail il y a quelques jours. On ne peut pas dire que l’activité a repris. Si cela continue de la sorte, je pense que je serai obligé de baisser rideau», a-t-elle déclaré, complètement dépitée, surtout que son activité repose sur le marché extérieur.
Comme tant d’autres voyagistes, elle appréhende que si cette situation venait à persister, elle serait contrainte de mettre la clé sous le paillasson. Elles sont nombreuses les agences de voyage qui seront dans l’obligation de cesser leur activité, et la conséquence directe serait la mise au chômage de milliers de travailleurs dans le secteur, qui viendraient ainsi grossir les rangs des sans-emplois.
Le tourisme interne a le vent en poupe mais…
Dans ce marasme quasi-généralisé, quelques agences arrivent, tant bien que mal, à sortir la tête de l’eau. Mais elles ne sont pas si nombreuses. Ce qui les sauve un peu, c’est surtout l’activité du marché interne. Le propriétaire d’une agence de voyage au quartier Les Sources (Alger) nous l’a confirmé. «Nous faisons des réservations tous les jours», a-t-il indiqué. Pour les destinations, il n’y a pas vraiment un grand choix à l’international étant donné que l’espace aérien n’est pas totalement ouvert. D’où, «les réservations sont concentrées principalement sur la côte algérienne pour le marché interne. Pour l’externe, il y a quelques demandes pour la Turquie», a-t-il dit. Quelques demandes seulement pour la Turquie car «il n’y a qu’un seul vol par semaine, ça ne suffit pas. En outre, les prix des billets sont excessivement chers. Ce qui fait que les Algériens se rabattent sur le produit local», a-t-il expliqué, indiquant, dans ce sens, que «99% des réservations se font sur le marché interne».
Mais le tourisme interne est en proie à des agissements fortement déplorés par les agences de voyages. Ces dernières mettent le doigt sur «les prix pratiqués dans les hôtels» et dans «le marché de la location» qui augmentent de «100% en été comparativement à l’hiver». «Il n’y a pas vraiment de concurrence, les prix ne sont pas logiques et ne répondent à aucune norme», nous a confié une professionnelle du secteur. Elle poursuit en soulignant qu’il est arrivé à de nombreuses agences de résilier leurs contrats avec des hôtels, car ces derniers augmentaient les prix de façon irrationnelle sans avis préalable. Ce qui mettait les agences ayant réservé pour leurs clients dans un fort embarras. Pour les spécialistes du tourisme, c’est l’Etat qui doit agir en tant que régulateur dans le marché de la location, tandis que pour les hôtels, ce sont les consommateurs qui doivent agir, notamment par le biais des organisations de protection des consommateurs.
Quoi qu’il en soit, le marasme persiste pour les agences de voyage, au nombre de 3.500 à travers le pays, dont l’activité reste pour la majorité d’entre elles en rade. Elles attendent qu’il y ait plus d’ouverture des frontières aériennes, mais aussi des frontières maritimes afin que leur activité puisse être boostée. Le secteur est menacé comme jamais auparavant. Il a subi des pertes énormes se chiffrant à des milliards de dinars depuis la pandémie de coronavirus et l’horizon n’est toujours pas bien dégagé. Une menace réelle plane sur la pérennité de cette activité. n