Le frère et ex-conseiller du président déchu Abdelaziz Bouteflika, les anciens généraux Mohamed Médiene dit «Toufik» et Athmane Tartag, qui avaient été condamnés en septembre 2019 à une peine d’emprisonnement de quinze ans pour crime de conspiration, ont été déclarés innocents et non coupables de «complot» contre l’Armée et l’Etat. L’acquittement prononcé par la cour d’appel militaire de Blida concerne également la cheffe du Parti des Travailleurs Louisa Hanoune. Placé sous mandat de dépôt pour violation de procédure lors des perquisitions concernant l’affaire dite de «Mme Maya» et de Wafi, fils de l’ex-SG du FLN Djamed Ould Abbès, M. Tartag reste en prison. Saïd Bouteflika sera transféré dans un établissement pénitencier civil en attendant son jugement dans d’autres affaires liées à des accusations de corruption.

Ainsi, les généraux Toufik et Bachir Tartag, Louisa Hanoune et Saïd Bouteflika ont été acquittés hier par la cour d’appel militaire de Blida qui a rouvert le dossier de ces personnalités poursuivies pour «atteinte à l’autorité de l’Armée» et «complot contre l’autorité de l’Etat». Cette décision, en plus de corroborer les affirmations de Louisa Hanoune sur une tribune radiophonique, clôt symboliquement une séquence politico-judiciaire qui a commencé en mai 2019 suite à l’arrestation des concernés et qui s’est poursuivie en septembre de la même année avec la condamnation des accusés à 15 ans à une époque où on a attribué une influence sans commune mesure à l’ancien chef d’Etat-major de l’Armée nationale populaire (ANP), le défunt Ahmed Gaïd Salah décédé le 23 décembre 2019.
A travers cet acquittement, c’est les griefs retenus contre les accusés qui tombent à l’eau. Il permet donc à Toufik Mediene de retrouver sa liberté, il innocente Louisa Hanoune des accusations, mais il ne signe pas la fin de l’emprisonnement contre Saïd Bouteflika et Tartag poursuivis dans d’autres affaires relevant du civil et devront purger les peines respectives que retiendront à leur encontre les juridictions civiles.
Le dossier Saïd Bouteflika se retrouve ainsi démonétisé politiquement pour ne concerner que les affaires de corruption et de collision d’intérêt avec ce qu’on a appelé les oligarques.
Le frère et ex-conseiller de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika a été inculpé dans le cadre de l’affaire de l’ancien ministre de la Justice, garde des sceaux, Tayeb Louh, et placé sous mandat de dépôt dans l’affaire de la chaîne Istimraria TV destinée à faire la promotion du cinquième mandat pour l’ancien président.
Pour sa part, Athmane Tartag a été placé sous mandat de dépôt pour non-respect de la procédure lors des enquêtes effectuées par ses services dans l’affaire de Mme Maya, la prétendue fille cachée de Bouteflika, et celle d’un des enfants de l’ancien SG du FLN Djamel Ould Abbès.
«Après la lecture de l’affaire par le président de Cour d’appel militaire de Blida, les accusés Saïd Bouteflika, Mohamed Mediène, Athmane Tartag et Louisa Hanoune ont été tous entendus et ont plaidé non coupables», a déclaré l’avocat Khaled Berghel sitôt prononcée «la décision d’annuler le jugement en première instance et d’acquitter tous les accusés».
La Cour d’appel militaire de Blida avait confirmé le 10 février passé le jugement en première instance, survenu septembre 2019, en condamnant Saïd Bouteflika, Mohamed Mediene et Athmane Tartag à 15 ans de prison ferme alors que Louisa Hanoune a été condamnée à trois ans de prison dont neuf mois ferme.
Les accusations contre Louisa Hanoune ont été requalifiées en appel en abandonnant le grief de «complot» et la poursuivre pour «non-dénonciation de crime», pour laquelle elle a été condamnée à 3 ans de réclusion dont neuf mois ferme, ce qui a entraîné sa sortie de prison au mois de février dernier.

Le satisfecit des avocats de la défense
L’acquittement d’hier a été accueilli comme «une bonne nouvelle» par le Parti des travailleurs (PT) qui a estimé qu’il s’agit d’une «victoire pour l’action politique» et qu’il faudrait accompagner «immédiatement par la libération de tous les prisonniers d’opinion et les prisonniers politiques».
Les accusés étaient poursuivis, faut-il le rappeler, pour «des faits commis dans une enceinte militaire qualifiés par la loi de crimes de complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité de l’Armée et de complot contre l’autorité de l’Etat, faits prévus et réprimés respectivement par l’article 284 du Code de la justice militaire et les articles 77 et 78 du Code pénal».
S’exprimant à l’issue de cet examen du dossier, qui n’a pas duré longtemps, les avocats de défense des accusés ont fait part de leur satisfaction suite à la décision de la juridiction militaire.
«Nous sommes très satisfaits de cette décision. Elle vient conforter cette justice nouvelle en appui de l’Algérie nouvelle que veut promouvoir le président de la République. C’est la décision que nous espérions et attendions. Il était temps que les intéressés soient rétablis dans l’intégralité de leurs droits. C’est désormais fait», s’est réjoui Miloud Brahimi.
Ce dernier ajoutera que «ces gens sont innocents et ils sont rétablis dans la plénitude de leurs droits».
Ce nouveau jugement qui n’a pas cessé de susciter des réactions notamment sur les réseaux sociaux a été rendu possible suite à la réponse positive apportée, à la mi-novembre, par le pourvoi en cassation introduit par les prévenus dans l’affaire.
Il faut relever que le nom de l’ancien ministre de la défense nationale, Khaled Nezzar, ne figure plus dans ce dossier. Le Tribunal militaire de Blida l’avait condamné, lui, son fils Lotfi, ainsi que Farid Benhamdine, gérant de la Société algérienne de pharmacie, à 20 ans de prison, tous les trois jugés par contumace dans la même affaire.
Des mandats d’arrêts internationaux ont été lancés, mardi 6 août, contre ces trois personnes, qui se trouvaient déjà à l’étranger avant que Nezzar ne regagne le pays à la mi décembre.
Son retour a suscité diverses réactions et surtout une panoplie d’interrogations alors que des informations indiquent qu’il «a comparu devant le tribunal militaire de Blida, qui a statué sur l’annulation de la plainte» et devant le juge du tribunal de Sidi M’hamed, qui l’a auditionné, puis laissé en liberté en attendant la fin de l’instruction devant aboutir à l’annulation du mandat d’arrêt international lancé contre lui précédemment.