Un centre de formation dédié à la médiation ouvrira prochainement ses portes Cheïkh Saïd Bouizri, vice-président du Haut-conseil islamique (HCI), a été ce samedi 24 novembre, l’invité du forum des valeurs, organisé par le bureau de wilaya de l’Association humanitaire Djazaïr El Khir

, présidée par le Dr Issam Smahi. En guise d’intervention préliminaire à l’hôtel Stambouli de la Metchkana, l’illustre hôte a abordé la question de la (ré)conciliation et de son corollaire la médiation, devant un parterre d’universitaires, de notables et de membres de la société civile de la ville. Notons la présence parmi l’assistance du directeur des affaires religieuses Mohamed Djemaï, le directeur de l’Education Karim Amira, le directeur de la radio Aïssa Benhachem, le président de la section de l’Association des oulémas musulmans Cheïkh Benyounès Aït Salem, également imam de la medersa de Tlemcen… D’emblée, l’intervenant louera le travail de cette association dynamique qui « a fait jaillir les sources du bien que recèle la société algérienne ». Non sans convenir que « la réalité a secrété de nombreux conflits et la société vit une crise sans précédent, sans comparaison aucune avec le passé » si l’on se réfère à la nature des affaires traitées par la justice. Et de souligner : « Le système des valeurs a été ébranlé et notre rôle est de restaurer et transmettre ces valeurs aux jeunes générations. » C’est dans ce sillage qu’il évoquera le rôle historique de la « Tadjam’at » qui réglait les différends survenant entre les membres d’une famille, des voisins ou de tierces personnes. A la faveur de la grande prière du vendredi, un membre de cette instance ancestrale lisait un communiqué faisant état du bilan hebdomadaire des délits commis ou des litiges réglés au niveau du village. La médiation passe par la réactivation des lois, la conjugaison des efforts, la formation et l’encadrement ainsi que l’adéquation avec le système juridique (code de justice), selon cet homme de culte. L’orateur illustrera son propos avec deux incidents réglés de manière pacifique dans ce cadre, conjurant le syndrome de l’émeute et du lynchage : l’affaire du policier, originaire de Mila, qui tua un jeune de Tébessa avec son arme à poing, et celle du militaire qui commit une bavure à Tizi Ouzou, qui coûta la vie à un jeune homme. A ce titre, l’intervenant indiquera qu’une moyenne de 300 affaires sont traitées par semaine par le conseil de la fetwa où assistent parfois jusqu’à 550 personnes, soit directement (en présence des concernés) ou à distance (par téléphone). A cette occasion, Cheïkh Saïd Bouizri annoncera l’ouverture à Tlemcen, dans les prochains jours, d’un centre de formation spécifique dédié à la médiation et l’arbitrage en matière de foncier, de finances, de statut personnel… Le débat aura permis de soulever quelques points ayant trait à l’expérience du processus de médiation en Kabylie, le mode de fonctionnement des différentes « Tadjam’at », la proposition de jumelage entre Tlemcen et Tizi Ouzou. L’hôte de Djazaïr El Khir, qui a été également l’invité de la radio locale, devait donner le même jour à la maison de la culture Abdelkader-Alloula une conférence sur la valeur de la pudeur (ou la décence) avant de rencontrer, dans la salle d’hôtes, des notaires en perspective de l’ouverture du centre en question. Il faut souligner que le forum des valeurs de Djazaïr El Khir avait traité, dans le cadre de ses rencontres, les centres d’intérêts liés à la responsabilité, l’enseignement, la confiance. Il faut savoir que Cheïk Saïd Bouizri, né en 1959 à Ath Aïssa (Semache) dans la wilaya de Bouira, est également enseignant à la Faculté de droit de Tizi-Ouzou. Il est réputé et apprécié pour la richesse de ses conférences et de ses prêches dans les mosquées traitant des questions sociales et religieuses les plus actuelles. Ses prêches du vendredi sont si bien suivis que les mosquées dans lesquelles il intervient se retrouvent souvent pleines à craquer. Il a le don de bien expliquer les choses en usant de la langue kabyle pure n’hésitant pas à faire appel à de la poésie ancienne et utile ainsi qu’aux proverbes pour mieux convaincre.E. H. T.