Après le Premier ministre, qui a déclaré en 2017 que «l’Algérie peut investir dans le gaz de schiste, et elle a les moyens dans ce domaine», c’est autour du P-dg de Sonatrach d’affirmer que l’objectif de la stratégie 2030 est de produire 20 milliards de mètres cubes/an de gaz de schiste à l’horizon 2025.

On y arrivera». Joint hier par nos soins, Dr Saïd Beghoul, expert en énergie dira, qu’«on peut commencer le forage dès demain», ajoutant, sentencieux, que «c’est la rentabilité de ce gaz non conventionnel qui pose problème». La rentabilité, argumente l’expert, ne se mesure pas sur la base du seul coût d’exploitation, lequel comprend uniquement les coûts d’extraction des hydrocarbures (production), mais par le «coût technique» qui, lui, englobe, en plus du coût d’exploitation, les dépenses d’exploration et du développement, les coûts de transport, voire de raffinage, de stockage et de distribution. Pour lui, le gaz de schiste c’est dans 10 ans… si ce n’est plus. Qu’il soit pétrole ou gaz de schiste, l’universitaire explique qu’hors les Etats-Unis, les coûts de production «seraient déjà supérieurs aux prix de cession, d’où leur non-rentabilité dans les conditions économiques actuelles, d’autant que pour les hydrocarbures non conventionnels, les taux de récupération varient de 2 à 5% pour le pétrole de schiste et 15 à 20% pour le gaz de schiste, tandis qu’ils sont de 20 à 25% pour le pétrole et 70-80% pour le gaz, conventionnels».

Loi sur les hydrocarbures  : «réduire la fiscalité»
D’autre part, il y a lieu de souligner l’effervescence qui marque le secteur énergétique, national et mondial. Pour l’Algérie, le P-dg du Groupe Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, a affirmé, dimanche à Hassi-Messaoud, que «le prix du baril du pétrole le plus juste pour nous est entre 70 et 80 dollars». Et d’estimer que «si les cours actuels du pétrole qui dépassent les 70 dollars le baril se maintiennent », ca sera «très positif» pour l’économie du pays, ajoutant qu’il pensait que les «prix vont se maintenir dans cette fourchette». Ayant un avis contraire, Dr Beghoul affirme croire dur comme fer que le «juste prix» du baril, qui correspond, précise-t-il, à l’équilibre budgétaire national, se situe entre 110 et 120 dollars. Souscrivant à cette prévision, Abderrahmane Mebtoul, économiste et expert international affirme qu’ «il faudrait en 2019 un cours d’environ 100 dollars le baril pour ne pas puiser dans les réserves de change et ne pas utiliser le financement non conventionnel». Interrogé sur la nouvelle loi sur les hydrocarbures, l’universitaire insiste sur un point, et non des moindres : la réduction de la fiscalité. Lui emboîtant le pas, l’expert international en énergie et
ancien patron de Sonatrach, Abdelmadjid Attar, a indiqué que la loi de 2006, amendée en 2013, n’a pas permis la multiplication du partenariat en matière de recherche. D’où la nécessité d’assouplir le texte en ce sens qu’il s’adapte au marché pétrolier et ses prévisions. Par adaptation, M. Attar désigne la «modification des règles fiscales».
Le prix du baril ne dépassera pas les 76 dollars avant la réunion de Vienne
L’autre amendement qui s’impose a trait, selon lui, à la capacité de débarrasser cette loi de son caractère rigide qui complique la prise de décisions instantanées car, justifie-t-il, «tout doit passer par la loi». Sur le plan international, Dr Beghoul rebondit sur les sanctions US contre l’Iran, entrées depuis hier en vigueur. Après un premier volet de sanctions entrées en vigueur le 6 août, qui touchaient certaines transactions financières, Washington s’attaque à l’or noir de Téhéran, dont les ventes représentent entre 70 % et 80 % des recettes d’exportation du pays. Rappelons que lors d’un tout récent discours télévisé, le président iranien, Hassan Rohani, a annoncé, à l’adresse de Trump, que «nous allons contourner avec fierté vos sanctions illégales et injustes car elles vont à l’encontre du droit international. «La tolérance zéro promise par Donald Trump n’a pas lieu. L’Iran continue à produire 1.5 millions de barils/jour. Huit pays bénéficieront d’une dérogation et pourront continuer d’acheter du pétrole iranien.
Résultat : le prix du baril ne va pas augmenter», commente l’expert. Et prévoit que d’ici la réunion de Vienne, «ce prix ne dépassera pas les 76 dollars. La seule chose qui peut changer la donne, c’est la survenue d’un imprévu géopolitique». Et d’ajouter : «A Vienne, certains pays de l’Opep tenteront d’augmenter leur production. Mais cela risque de créer un surplus sur le marché».