Au Mali, un possible accord entre ses autorités et la société de sécurité privée russe Wagner fait actuellement changer le débat sur la sécurité au pays dans le Sahel en général.

Par Salim Benour
Jeudi 16 septembre, réunis à Accra au Ghana, les chefs d’Etats de la CEDEAO ont dénoncé la volonté du pouvoir de transition malien d’engager la compagnie russe. Ils se sont dits préoccupés par les conséquences d’un tel contrat. Le même jour, au cours d’une audience qu’il avait accordé au groupe VIP Africa, le Premier ministre malien re Choguel Kokalla Maïga, s’est élevé contre le fait qu’« on accuse le Mali de vouloir changer de stratégies ». « On ne peut pas nous interdire d’acheter du matériel avec un autre pays par ce qu’un pays ne veut pas, on peut nous empêcher d’envoyer nos éléments dans un autre pays pour qu’ils les forment par ce qu’un pays ne le veut pas », a-t-il indiqué.
L’affaire a envenimé les relations entre le Mali et le Niger à qui Bamako reproche de porter atteinte à sa souveraineté et de servir des agendas internationaux, allusion à la France qu’on accuse de vouloir faire perdurer des rapports de domination hérités du temps de la colonisation. Le pouvoir de transition malien réagissait aux déclarations du ministre des Affaires étrangères du Niger, Hassoumi Massaoudou, qui avait déclaré que les pays de la CEDEAO n’acceptent pas « que, dans notre sous-région, des mercenaires viennent s’impliquer, viennent dégrader davantage encore la situation sécuritaire ». « Nous ne pouvons pas accepter que les militaires maliens nous amènent un autre élément hétérogène constitué de mercenaires étrangers dans notre zone. La Cédéao tient à ce que des mercenaires russes ne soient pas dans notre région pour dégrader davantage la situation sécuritaire », a-t-il déclaré au média français RFI.
Le contentieux s’est étendu hier à l’UE. Mardi 21 septembre, le chef de la diplomatie européenne a déclaré qu’un engagement du groupe Wagner au Mali affecterait « sérieusement » les relations de l’UE avec Bamako. « Nous savons bien comment ce groupe se comporte dans différentes parties du monde », a ajouté Josep Borell, faisant ainsi joindre la position des pays des vingt-sept à celle de l’Allemagne et de la France. Berlin et Paris, qui est à la pointe du dossier, ont prévenu qu’un recours à Wagner pour former les forces armées maliennes et assurer la protection des dirigeants remettrait en cause leur engagement militaire au Mali. Lundi, 20 septembre, la ministre française des Armées Florence Parly a affirmé à Bamako la détermination de Paris à y poursuivre son engagement, sans obtenir d’assurances du gouvernement dominé par les militaires sur une éventuelle coopération avec le groupe Wagner. Son homologue malien, le colonel Sadio Camara, a affirmé que la réduction de la présence française au Mali « obligeait à tout envisager pour sécuriser le pays ».
Dans l’entourage du ministre malien de la Défense, on a confirmé toutefois à l’AFP « qu’aucun acte n’a été posé avec Wagner ». Dans le même temps, les tractations diplomatiques se poursuivent et l’Algérie suit de près les développements dans la sous-région. Alors que le président Tebboune s’est entretien avec son homologue sur le Sahel, son ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra a reçu lundi à New York la sous-secrétaire d’Etat américaine aux affaires politiques, Victoria Nuland. Les deux parties ont « discuté des moyens de renforcer les relations bilatérales et échangé nos vues sur la situation au Moyen-Orient ainsi qu’au niveau maghrébin et africain », a indiqué le chef de la diplomatie algérienne selon un communiqué de son département. n