Par Daphné BENOIT
En pleine réorganisation militaire au Sahel, sur fond de tensions exacerbées avec le Mali, la France fait face à une inconnue supplémentaire avec l’arrestation par des militaires mutins du président du Burkina Faso, pays qui héberge des forces spéciales françaises. Le président burkinabè Faso Roch Marc Christian Kaboré a été arrêté lundi et est détenu dans une caserne de Ouagadougou, au lendemain de mutineries dans des camps militaires de ce pays gangréné par les violences djihadistes qui ont fait plus de 2.000 morts en six ans et forcé plus de 1,5 million de personnes à fuir leur foyer. Désormais, parmi les quatre pays sahéliens principalement couverts par l’opération antidjihadiste française Barkhane, seul le Niger a encore à sa tête un président élu, Mohamed Bazoum. Depuis le coup d’Etat d’août 2020, le Mali est dirigé par un pouvoir militaire, tout comme le Tchad depuis la mort du président Idriss Déby il y a neuf mois. Au-delà, en Afrique de l’Ouest, la fragilité des Etats s’est aussi manifestée avec un putsch en Guinée. Le nouveau coup de force militaire au Burkina «ajoute encore de la difficulté au maintien d’une posture Barkhane qui est politiquement de moins en moins soutenable. Entre les coups d’Etat, les juntes au pouvoir, l’incurie et la mauvaise gouvernance, on ne peut rien construire», s’inquiète Elie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Soucieuse d’éviter l’enlisement après neuf ans de lutte antidjihadiste au Sahel, la France a entrepris cet été une réduction de ses effectifs, de plus de 5.000 hommes l’été dernier à 2.500 ou 3.000 d’ici 2023, et compte réorganiser son dispositif en s’appuyant sur des partenaires européens. Objectif: cesser les vastes opérations de contrôle de zone, menées en première ligne, pour privilégier la formation et l’appui au combat des armées locales. Mais cette réarticulation s’opère sur des sables mouvants. Au Mali, les militaires au pouvoir à Bamako ont franchi l’une après l’autre les lignes rouges fixées par les pays voisins et les partenaires étrangers du Mali: refus d’organiser des élections à brève échéance en vue de rendre le pouvoir aux civils et recours au sulfureux groupe paramilitaire russe Wagner, selon les Occidentaux, ce que démentent les autorités maliennes. Et si Bamako n’a pas formellement demandé aux troupes françaises et européennes de partir, les autorités maliennes multiplient les messages d’hostilité, en demandant notamment à revoir les accords de défense qui les lient à Paris. Le Burkina, lui, accueille sur son sol les forces spéciales françaises de l’opération Sabre, chargées de traquer les chefs djihadistes au Sahel. Quatre de leurs soldats ont été blessés mardi dans l’explosion d’une mine artisanale (IED) au passage de leur véhicule. Cette mission Sabre a vocation à perdurer dans le cadre du futur dispositif militaire français. A condition toutefois que le nouveau pouvoir à Ouagadougou n’en décide pas autrement. Ces dernières années, le gouvernement burkinabè a toujours été réticent à demander de l’aide à la France, l’ancienne puissance coloniale. Un souci d’indépendance hérité de la présidence de Thomas Sankara (1983-1987), père de la révolution burkinabè, anticolonialiste et nationaliste, dont le souvenir est révéré. Cet historique rend le pays facilement perméable au sentiment antifrançais qui grandit dans toute la sous-région, où les populations s’exaspèrent de la progression des violences malgré la présence militaire française. En novembre, un convoi militaire destiné à ravitailler la force Barkhane au Mali a été bloqué et caillassé au Burkina par des manifestants en colère, avant de subir le même sort au Niger voisin. (Source AFP