La France et les cinq pays du G5 Sahel se sont réunis, hier, dans la ville de Pau pour discuter de la situation sécuritaire dans la bande sahélo-saharienne et de la place de plus en plus contestée des forces déployées par Paris dans le cadre de l’opération Barkhane.

Dans les deux cas, il s’agit pour les parties en réunion de s’entendre sur la présence de la puissance française dans cette partie du continent et de réfléchir aux moyens d’endiguer une montée en puissance de la violence perpétrée par les groupes armés actifs, notamment au Mali et au Niger qui vient de déplorer la mort de plusieurs dizaines de ses soldats, jeudi dernier. Selon l’ONU, plus de 4.000 personnes ont été tuées dans des attaques terroristes en 2019 au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Le nombre des déplacés, lui, a décuplé et il approche le million de personnes. Outre les présidents du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali, Mauritanie), le sommet de Pau dont les travaux ont commencé hier en fin d’après-midi a accueilli le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki et le président du Conseil européen, Charles Michel. Il s’est tenu sur le constat que le déploiement militaire français depuis le lancement de l’opération Barkhane n’a pas apporté les résultats escomptés et que le projet de sécurisation de la sous-région est en train de tourner à l’échec alors que se développe le sentiment anti-français. En particulier au Mali où vendredi dernier un millier de personnes ont encore manifesté à Bamako pour réclamer le départ des troupes françaises et étrangères. Outre son volet politique, le sommet de Pau vise aussi à revoir la stratégie militaire contre les djihadistes dans cette zone aussi vaste que l’Europe et appeler à une participation accrue des alliés internationaux, surtout européens. La France est par ailleurs en train de mettre sur pied une opération baptisée «Tacouba», réunissant des forces spéciales d’une dizaine de pays européens. Paris espère que le sommet de Pau convaincra des Européens réticents, favorables à la lutte contre les djihadistes dans la région mais inquiets de voir la France critiquée. Autre inquiétude, les hésitations des Américains, dont l’appui militaire dans la région est irremplaçable, selon l’Elysée.

Le Pentagone « poursuit » l’examen des forces US
Les Etats-Unis veulent réduire le nombre de leurs militaires déployés à travers l’Afrique au cours des prochaines années et se concentrer davantage sur la réponse aux menaces posées par leurs concurrents russes et surtout chinois, affirment les observateurs. Hier, le chef d’état-major américain a déclaré à Bruxelles que les ressources que le Pentagone consacre à l’Afrique ou au Moyen-Orient « pourraient être réduites et ensuite redirigées, soit pour améliorer la préparation de nos forces aux Etats-Unis soit vers le Pacifique ». Le général Mark Miller, qui s’est exprimé avant une réunion du comité militaire de l’OTAN, aujourd’hui et demain, a ajouté que le Pentagone est entrain « d’élaborer des options pour le ministre américain de la Défense, Mark Esper. Cette réflexion se fait « en coordination avec nos alliés et nos partenaires dans les zones concernées », a-t-il précisé.
L’armée américaine déploie par rotations en Afrique quelque 7.000 soldats des forces spéciales qui mènent des opérations conjointes avec les armées nationales contre les jihadistes, notamment en Somalie. En outre, 2.000 soldats de l’armée de terre mènent des missions de formation dans une quarantaine de pays africains et participent à des opérations de coopération, notamment avec les forces françaises de l’opération Barkhane au Mali, auxquelles ils fournissent une assistance principalement logistique.
M. Esper envisagerait ainsi de fermer une base de drones à Agadez, dans le nord du Niger, dont le coût a été estimé à une centaine de millions de dollars et qui donne aux Etats-Unis une plate-forme de surveillance de premier plan au Sahel. Questionné à ce sujet, le général Milley a assuré que le chef du Pentagone n’avait encore « pris aucune décision ». « Economiser nos forces ne veut pas dire les ramener à zéro », a-t-il assuré. L’examen des forces en Afrique « se poursuit ».n