Les assauts menés par des hommes non encore identifiés en fin d’après-midi ont ciblé des bâtiments de l’armée burkinabé ainsi que des sites diplomatiques français.

 

La capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, a été hier le théâtre de plusieurs attaques terroristes dont le bilan provisoire en fin de journée était d’une trentaine de morts. Ces attaques ont visé entre autres l’état-major des forces armées du Burkina Faso ainsi que l’ambassade de France et l’institut français. Elles ont débuté dans la matinée et ont pris fin tard dans l’après-midi, selon des sources d’information à Ouagadougou.
En plus des victimes, on déplore également 85 blessés, selon des sources des services de santé dans la capitale du Burkina. Le Service d’information du gouvernement burkinabè a parlé dans un communiqué «d’attaque terroriste perpétrée (…) par des hommes lourdement armés non identifié». Il a donné un bilan provisoire de «six assaillants abattus, sept décès côté Forces de défense et de sécurité, six blessés dont deux civils». Il a condamné des «actes lâches et barbares» et invité «les populations à garder le calme et à collaborer avec les forces de défense et de sécurité».
Ces attaques ont un «relent terroriste très fort», a déclaré, pour sa part, le ministre burkinabè de l’Information Rémis Fulgance Dandjinou à la télévision d’Etat RTB. «Quatre assaillants ont été neutralisés» à l’ambassade de France où la «situation» était «maîtrisée», a indiqué le ministre. A l’état-major, «il y a eu une attaque à l’explosif qui a détruit un pan» du bâtiment. L’explosion a causé «un certain nombre de blessés parmi les gendarmes et militaires en faction», a ajouté Rémis Fulgance Dandjinou. «Deux assaillants ont été neutralisés» par la suite, mais il n’y a «pas de victime civile à ce stade», a-t-il précisé. Il a indiqué que des militaires français sont intervenus contre les assaillants en «collaboration» avec les forces de sécurité burkinabè. Il n’a pas précisé s’il s’agissait des Français chargés de la sécurité de l’ambassade ou de soldats des forces spéciales françaises basées à l’aéroport de Ouagadougou. «Les forces françaises au Burkina sont intervenues en soutien à l’action de l’armée burkinabé, elles n’ont pas pris part directement à l’action», a affirmé de son côté à l’AFP le porte-parole de l’Etat-major de l’armée française, le colonel Patrick Steiger.
Selon des témoins, cinq hommes armés sont sortis d’une voiture et ont ouvert le feu sur des passants avant de se diriger vers l’ambassade de France dans le centre de la capitale du Burkina Faso. Selon une source à l’intérieur de l’ambassade de France, citée par l’AFP, cinq hommes armés auraient essayé de rentrer dans l’ambassade sans y parvenir. Ils ont alors tiré sur l’ambassade. D’autres témoignages recueillis par les agences de presse ont fait état d’une explosion près de l’état-major des armées burkinabè et de l’institut français, à environ un kilomètre de cette première attaque, toujours dans le centre de la capitale burkinabè. Des photos postées par des habitants de la capitale sur Twitter montraient plusieurs épaisses colonnes de fumée noire s’élevant de plusieurs bâtiments, dont celui de l’état-major des forces armées burkinabè.

Un pays ciblé par les groupes djihadistes
Ce n’est pas la première fois que la capitale du Burkina est ciblée par des attaques terroristes alors que les attaques de groupes djihadistes contre des représentants de l’Etat (gendarmeries, écoles notamment) sont régulières dans le nord du pays, frontalier des zones instables du Mali.

Le 13 août dernier, deux assaillants avaient ouvert le feu sur un café-restaurant hallal, le Aziz Istanbul, situé sur la principale avenue de la capitale, faisant 19 morts et 21 blessés. L’attaque n’a pas été revendiquée. Le 15 janvier 2016, trente personnes, dont six Canadiens et cinq Européens, avaient été tuées lors d’un raid jihadiste contre l’hôtel le Splendid et le restaurant Cappuccino dans le centre de Ouagadougou. L’assaut, donné par les forces burkinabè soutenues par des militaires français, avait duré une douzaine d’heures et l’attaque avait été revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islmaique (Aqmi) qui l’attribue au groupe jihadiste Al-Mourabitoune. Le 3 février dernier, un assaillant a été tué lors d’une embuscade tendue par des hommes armés contre une patrouille de policiers à Déou, localité située dans le nord du Burkina Faso, frontalière au Mali. Le nord du Burkina Faso est le théâtre d’attaques djihadistes depuis le premier trimestre 2015, qui ont fait 133 morts en 80 attaques, selon un bilan officiel. Cette nouvelle attaque relance le débat sur le renforcement du dispositif «G5 Sahel» dont le Burkina fait partie. Ce cadre institutionnel de défense, créé en février 2014, par la Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad, encouragé fortement par la France, est en butte à des difficultés de financement importantes. Il vient d’être récemment conforté par l’annonce des Etats-Unis de lui fournir une aide symbolique de 60 millions de dollars. La Turquie, dernier pays à vouloir s’y impliquer, a annoncé à son tour une aide de 5 millions de dollars à cette force de lutte antiterroriste. C’est du moins, la promesse faite par le président turc Recep Tayyip Erdogan, actuellement en tournée en Afrique de l’Ouest. Nous y reviendrons.